Perspectives

Haïti/Santé : La médecine moderne, premier recours pour traiter le diabète et l’hypertension artérielle à Port-au-Prince, selon une étude


jeudi 25 juin 2009

P-au-P, 25 juin 09 [AlterPresse] --- Les habitants de plusieurs quartiers défavorisés dans la zone métropolitaine de la capitale Port-au-Prince, affectés par le diabète et / ou l’hypertension artérielle, recourent en premier lieu aux dispensaires pour faire face à cette maladie, révèle une étude de l’Université d’Etat d’Haïti (Ueh), menée conjointement avec la Fondation haïtienne de diabète et des maladies cardio-vasculaires (Fhadimac), dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

La forte densité de la population, le déficit chronique des services sociaux de base offerts (notamment dans le domaine de la santé) et le niveau d’insalubrité ont été les critères retenus pour déterminer 300 blocs à visiter dans différents quartiers dans la zone métropolitaine de la capitale, en relation avec l’étude intitulée « traitements traditionnels familiaux du diabète et de l’hypertension artérielle dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince ».

L’étude, dont les résultats ont été rendus publics devant la presse le mercredi 24 juin 2009, fait suite à une enquête réalisée en 2003 par la Fhadimac et à une autre conduite en 2006-2007 sur vingt maladies courantes, sur lesquelles « la population de l’aire métropolitaine possédait un savoir et un savoir-faire en matière de soins traditionnels, qui l’aidaient grandement dans la gestion de ses problèmes de santé ».

« Au niveau de chaque bloc, un logement a été choisi au hasard, et dans ce logement la personne la plus âgée ou le chef de ménage a été invité à remplir le questionnaire d’enquête. Si, dans ce logement, les personnes interviewées n’avaient pas de réponse aux questions posées, un autre logement dans le même bloc a été visité jusqu’à un maximum de 5 logements par bloc », soulignent les enquêteurs.

75% de la population interrogée disent s’adresser à la médecine conventionnelle (dispensaires) en premier recours, près de 23% font appel à la médecine familiale (médicaments connus dans le patrimoine comme bons pour le diabète), tandis que moins de 1% s’adresse aux médecins traditionnels (docteurs feuilles) pour soigner le diabète.

 

Près de la moitié des personnes interrogées affirment avoir des diabétiques dans leur entourage et 92% d’entre elles considèrent le diabète comme une maladie très dangereuse, selon les résultats de cette enquête dirigée par la Biologiste Marilise N. Rouzier et la docteure Nancy Charles Larco.
 
 

La docteure Nancy Charles Larco, qui a présenté une partie des résultats de la recherche, explique les tabous entourant cette maladie et les facteurs de risques y relatifs.
 

Certains patients gouttent régulièrement de leurs urines pour savoir si leur diabète est bien contrôlé, tandis que d’autres parlent d’inflammation des pieds et du corps.
 

Certains enquêtés qualifient même le diabète de « maladi grannèg » (maladie des bourgeois), ajoute la docteure Nancy Larco.
 

L’hérédité, le stress, l’émotion, la colère, l’abus de trop de sucre ainsi que la sédentarité sont quelques-uns des facteurs de risques signalés par les enquêtés, fait ressortir la diabétologue.
 

Estimant que les enquêtés n’étaient pas trop loin de la réalité, la docteure Nancy Larco considère l’hérédité comme le facteur principal incriminé dans la survenue du diabète chez les grandes personnes, alors que le stress et les émotions sont plutôt vus comme des facteurs déclenchant.
 

Le fait de manger trop de sucre ne rend pas diabétique, mais plutôt prédispose à l’obésité, selon l’étude.
 

L’aloès (Aloe vera), l’assorosi (momordica) et le mabi (colubrina) sont les 3 plantes les plus utilisées par la population, sur les 35 généralement connues, en termes de médications traditionnelles contre le diabète.
 

Le petit mil (Sorgho vulgare), le pois congo (Cajanus cajan), le blé et la banane sont les quatre aliments les plus recommandés par les enquêtés, en cas de diabète.
 

Les aliments les plus décriés sont le riz (60.7%), mets sucrés (22.4%), le sucre (22.1%), la farine blanche (11.0%).

Approche quasi similaire pour l’hypertension artérielle, suivant les enquêtés de quartiers défavorisés de Port-au-Prince
 

Au sujet de l’hypertension artérielle, près de 77% des enquêtés la considèrent comme une maladie très dangereuse et seulement 1% comme n’étant pas néfaste.
 

Très peu de gens disent recourir aux thérapeutes traditionnels pour l’hypertension artérielle. Le stress et ses corollaires seraient le premier facteur de risques, affirment les personnes interrogées.
 

L’hérédité, qui est un facteur de risque important, n’est invoquée que faiblement, alors que le facteur « chaleur », mentionné par certains enquêtés, n’a aucun rapport avec les causes réelles de l’affection, d’après les résultats de l’étude.
 

Les médications traditionnelles, utilisées contre l’hypertension, sont au nombre de 21 contre 2 remèdes de la médecine conventionnelle.

L’amandier (terminalia catappa), l’ail (allium sativum) et le lougawou (kalanchoe pinnata) sont les 3 plantes les plus utilisées.
 

En cas d’hypertension artérielle, les enquêtés recommandent de consommer le petit mil, les fruits et les légumes. L’excès de sel, le café, la viande de bœuf, le hareng saur, le pois rouge, les épices, piment, chocolat, trop de graisse, liane panier, maïs, pois noir, le riz, sont à éviter.

Quelques recommandations
 

La consommation du café diminuerait le risque d’attraper du diabète, indique la Biologiste Marilise Rouzier.

Par contre, la consommation du beurre d’arachide (manba), qui fait monter très lentement le taux de sucre, est riche en vitamine B1, serait déconseillée explique-t-elle.
 

Impressionné par la rigueur scientifique de la recherche de l’Ueh/Fhadimac, le docteur René N. Charles de la Fhadimac partage l’idée selon laquelle l’utilisation du café diminuerait l’incidence du diabète. Le principal responsable de la Fhadimac dit avoir lu, il y a vingt ans, un article sur l’effet bénéfique du café sur le pancréas.
 

Le docteur René Charles parle de la nécessité de trouver de l’aide pour « doter le pays de laboratoires efficients, capables de réaliser l’extraction et le dosage des principes actifs de nos plantes indigènes ».
 

Conduite dans le cadre du « programme de validation et de valorisation des savoirs locaux », l’étude de l’Ueh/Fhadimac avait pour objectif de « répertorier et d’analyser les connaissances en matière de médecine familiale pour le diabète et l’hypertension artérielle par l’usage des plantes et autres produits dans les quartiers défavorisés de la zone métropolitaine de Port-au-Prince », précise le professeur Fritz Deshommes, vice-recteur à la recherche à l’Ueh.
 

Fritz Deshommes estime nécessaire de « tourner les yeux vers nous-mêmes, de regarder en nous-mêmes et de chercher à identifier, à reconnaître et à valider les connaissances, les ressources, les savoirs, les pratiques qui ont fait leurs preuves et qui ne demandent qu’à être pris en compte pour nous livrer leurs secrets ».
 

Le diabète et l’hypertension artérielle constituent deux affections chroniques devenues fréquentes en Haït, confirme l’étude de l’Ueh/Fhadimac qui a ciblé différents quartiers défavorisés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, comme Savane Pistache (morne l’Hopital, sud-est de Port-au-Prince), Cité l’Eternel (bord de mer de la capitale, banlieue sud), Baillergeau et Jalouzi (périphérie est), Delmas 32 (nord-est). [do rc apr 25/06/2009 11 :40]