HaitiWebdo

HaitiWebdo, Numero 53


mercredi 29 octobre 2003

Des responsables d’organismes de défense de droits humains affirment leur préoccupation face à la situation de violence qui se développe dans plusieurs villes d’Haïti, particulièrement Gonaives (Centre-ouest), où, durant ces derniers jours, Â… personnes ont été tuées, dont un bébé d’un mois, et plusieurs autres blessés, dont un commissaire de police.

LES SECTEURS DE DROITS HUMAINS PREOCCUPES PAR LA SITUATION DE VIOLENCE EN HAà TI

"Nous commençons à tomber dans une violence incontrôlable", s’inquiète Jean-Claude Bajeux, Directeur du Centre Oecuménique des Droits Humains (CEDH).

La tension s’est accrue aux Gonaives depuis le début de cette semaine avec plusieurs interventions musclées de la police dans le quartier populaire de Raboteau, fief des dirigeants du mouvement anti-gouvernemental qui persiste dans cette ville depuis plus d’un mois.

Ce 28 octobre, la police, accompagnée de civils armés, a investi le quartier de Raboteau pour une opération dite de désarmement. Environ 10 résidences ont été incendiées par la police. Un bébé d’un mois est mort calciné dans l’une des maisons incendiées, dont celles de Buter Métayer, frère de Amiot Métayer, chef de l’ancienne « Armée Cannibale », assassiné a la fin du mois de septembre dernier.

De même, la veille, dans le cadre d’une intervention appuyée par des unités aériennes et maritimes, une personne a été tuée par balles et la police a mis le feu à plusieurs résidences et véhicules, au lendemain d’accrochages avec des manifestants qui avaient fait un mort et plusieurs blessés, dont le Commissaire départemental, Camille Marcellus. Parmi les maisons incendiées le 27 octobre il y a eu celle du défunt Amiot Métayer.

Ces brutales interventions de la police à Raboteau ont été jugées "inqualifiables" par Jean-Claude Bajeux. Il a critiqué « l’utilisation des armes à feu contre une population civile », estimant que « la police se transforme en une bande de bandits ».

Ces interventions de la police ont, bien sur, été approuvées par le gouvernement qui a pointé du droit « un bras armé de l’opposition ». Le 27 octobre, le Premier Ministre Yvon Neptuno a qualifié les agitations aux Gonaives de « terrorisme ». Il a annoncé que la police et la justice allaient utiliser « toutes les forces du droit et de la loi contre tous les terroristes ».

Réagissant à ces déclarations, Jean-Claude Bajeux a affirmé que le Premier Ministre a « oublié que c’est le gouvernement qui a armé Métayer ». Le pouvoir est « puni par où il a péché », a ajouté le responsable du CEDH.

Pierre Espérance de la Coalition Nationale pour les Droits des Haitiens (NCHR) a également condamné le climat de violence observé dans plusieurs villes du pays. « La force ne va pas résoudre la situation aux Gonaives », a-t-il déclaré, estimant que « c’est un problème politique qui nécessite une solution politique ».

Selon Pierre Espérance, une précédente intervention brutale de la police aux Gonaives le 2 octobre dernier (qui avait fait, selon des chiffres collectés de diverses sources, entre 4 et 8 morts) a compliqué la situation. Depuis cette date, a-t-il souligné, la violence s’est accrue. A ce jour, au moins une quinzaine de personnes ont été tuées et 34 autres blessées dans le cadre des évènements des Gonaives.

Pierre Espérance a fait savoir que « le devoir de la police est d’assurer la sécurité des manifestants ». Il a ajouté que « c’est une situation dangereuse, lorsque la police se sent concernée par les slogans scandés par les manifestants ».

Le mouvement des Gonaives cible en particulier le président Jean Bertrand Aristide, accusé d’être responsable de l’assassinat de Métayer. En plus de demander justice, les manifestants réclament quotidiennement le départ du pouvoir de l’actuel Chef de l’Etat.

Les agitations aux Gonaives handicapent considérablement la préparation d’activités officielles aux Gonaives, pour célébrer le bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, le 1er janvier 2004. C’est aux Gonaives que fut proclamée l’indépendance du pays en 1804.

Dans la situation actuelle, comment le pouvoir va-t-il s’y prendre pour célébrer cet anniversaire aux Gonaives, s’est interrogé Jean-Claude Bajeux. Il s’est posé la même question a propos de Vertières (Cap-Haitien - Nord), où eut lieu, le 18 novembre 1803, la dernière grande bataille conduisant à l’indépendance.

Lors des 200 ans de la bataille de Vertières le 18 novembre prochain, « je ne sais pas si le président pourra s’y rendre », a souligné Jean-Claude Bajeux, faisant allusion a la situation tendue qui prévaut au Cap-Haitien.

Depuis plusieurs semaines, les initiatives du Front Nord de l’opposition pour organiser des manifestations anti-gouvernementales ont suscité des réactions violentes de la part des partisans du gouvernement. A plusieurs reprises, la ville a été paralysée. Ces derniers jours, plusieurs partisans de l’opposition ont été blessés, dont un par balles le 25 octobre, et la maison d’un dirigeant du Front a été saccagée.

Il y a quelques semaines, les partisans du gouvernement ont lancé une opération baptisée « étau », visant a empêché toute manifestation anti-gouvernementale. Ce mot d’ordre a été appliqué dans plusieurs villes du pays, dont Saint-Marc (Centre-ouest) et Port-au-Prince.

Dans ce contexte de violence, la presse n’est pas épargnée. La station privée Radio Caraïbes, à Port-au-Prince, a essuyé des tirs d’origine inconnue dans la soirée du 28 octobre. Des dégâts matériels ont été enregistrés et la station a suspendu ses émissions d’information en attendant d’évaluer la situation.

Le 28 octobre, le Secrétaire d’Etat à la Communication, Mario Dupuy a accusé les journalistes de partialité dans le traitement des évènements. Aux Gonaives comme aux Cap-Haitien, les confrères se plaignent de menaces et persécutions de la part de la police. Le 25 octobre, des inconnus ont tiré sur le local de la station capoise Radio Maxima.