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Haïti-Afrique : Pour saluer la victoire de Barack Obama


mercredi 5 novembre 2008

Débat

Par Muller Anselme

Soumis à AlterPresse le 5 novembre 2008

1804-2008, après 204 ans de la création de la Première République Noire du monde, les Etats-Unis d’Amérique ont élu le premier président noir le plus puissant du monde.

Le 1er janvier 1804, La République d’Haïti a écrit la plus belle page d’histoire du monde en devenant la première république noire Indépendante du monde.

Aujourd’hui, la première puissance du monde, les Etats-Unis d’Amérique ont emboîté le pas en élisant son premier président noir de toute son histoire. C’est la première fois qu’un pays occidental, pas le moindre, les Etats-Unis d’Amérique, ont brisé le rideau de fer du racisme, doctrine selon laquelle il existe une hiérarchie des races humaines, c’est à dire : la race blanche serait supérieure par rapport aux autres races et surtout par rapport à la race noire.

Au XIX e siècle, Joseph Arthur, Comte de Gobineau, écrivain et diplomate français, dans son livre à caractère raciste « Essai sur l’inégalité des races humaines », écrit ce qui suit : « Les civilisations se sont développées en fonction de leur appartenance à une race. Il y a trois races humaines de base : la noire, la jaune et la blanche. Les races humaines sont inégales. La noire est la plus humble et gît au bas de l’échelle. La jaune est dotée de raison pratique, mais se dénote par un penchant naturel à la médiocrité. La blanche a le sens de l’honneur et possède une aptitude civilisatrice supérieure. En Europe, il n’existe nulle part de véritable civilisation, sauf chez les nations où la race aryenne a dominé ».

Heureusement, il y avait un grand anthropologue Haïtien du nom de Joseph-Anténor Firmin pour contredire la thèse machiavélique de Gobineau.

En 1885, Firmin publia son traité « De l’égalité des races humaines. Anthropologie positive », dans laquelle il règle ses comptes avec les doctrinaires de l’inégalité des races dans le monde scientifique de la deuxième moitié du XIX e siècle, lesquels pratiquaient principalement une anthropologie physique.

Contre ces pseudo-scientifiques, l’auteur définit une anthropologie critique, sociale et culturelle, laquelle entend prouver scientifiquement, par une démarche positiviste, l’égalité de toutes les races humaines et leur perfectibilité. L’auteur réévalue ici le rôle essentiel des cultures africaines dans l’histoire de la civilisation, des Egyptiens à la première République noire d’Haïti.

Firmin le disait fort bien :

« A toute cette phalange hautaine qui proclame que l’homme noir est destiné à servir d’étrier à la puissance de l’homme blanc, à cette anthropologie menteuse, j’aurai le droit de dire : Non, tu n’es pas une science ! » (Publié par Harmattan, 2003 / ISBN 2747553027, 9782747553025 / 407 pages).

Aujourd’hui 4 Novembre 2008 :

204 ans après la création de la Première République Noire du monde ;

123 ans après la réplique de Firmin contre le racisme de Gobineau ;

63 ans après l’abolition de la ségrégation raciale par le Congrès des Etats-Unis en 1945 ;

48 ans après le démantèlement du Ku Klux Klan par le FBI pendant les années 1960 ;

45 ans après l’organisation, par Martin Luther King, apôtre de la non-violence, de la Marche sur Washington en 1963, tandis que Malcolm X milite pour un État noir Indépendant ;

43 ans après le « Voting Rights Act » d’ août 1965 par le Congrès et la mise en place, par le président Johnson et le Congrès, de la discrimination positive dans les universités ;

les Américains élirent leur premier président noir de leur histoire.

Quel jour historique pour l’Amérique et pour le monde ! Quelle fierté pour nous autres les Noirs à travers le monde !

Cette victoire n’appartient pas seulement au peuple Américain - qui a tourné une page sombre de sa politique ségrégationniste -, mais c’est aussi une victoire pour nous autres Haïtiens qui avaient tracé le chemin de la liberté et d’égalité de toutes les races.

Aujourd’hui, j’invite mes compatriotes Haïtiens et mes frères Africains à regarder vers l’avenir.

A croire dans notre capacité en tant que peuple noir. A unir toutes nos forces pour changer la condition de vie des plus faibles, les plus marginalisés, les laissés-pour-compte, afin que nous puissions réduire la pauvreté en Haïti et dans le monde.

« Yes we can ! », Oui nous pouvons !

Le peuple Américain nous a montré qu’il était prêt à élire un noir pour le gouverner. Nous devons être capables à mettre de côté nos divergences, nos différences pour construire une autre Haïti.

Plus question de noirs et de mulâtres. Plus question de riches et de pauvres. Plus question de lettrés et d’illettrés. Plus question de lavalas et de convergence. Plus question de citadins et de campagnards. Plus question de « GNB » et de « Rat pa kaka », parce que nous sommes tous des Haïtiens.

Je dis bravo au peuple Américain et je souhaite succès à Barack Obama.

Nous espérons et nous croyons qu’il va continuer à faire notre fierté. La tâche ne lui sera pas facile, mais, avec l’aide du Tout Puissant, il réussira son pari.

Vive l’Amérique, vive Haïti, vive l’Afrique, que la paix règne dans le monde !

Muller Anselme

En prévision de la victoire de Barack Obama

Boston, 3 Novembre 2008, 1 :40 PM