HaitiWebdo

HaitiWebdo, Numero 50


mercredi 8 octobre 2003

De nouveau, des démarches sont entreprises au niveau de la communauté internationale pour faciliter le dialogue entre les acteurs politiques haïtiens. Mais, l’opposition, qui parait gagner de plus en plus la confiance d’une partie de la population du nord du pays, semble préférer la voie de la mobilisation anti-Aristide. Des difficultés pour le gouvernement également aux Gonaives (Centre-ouest) où la colère gronde depuis plus de 2 semaines, suite au meurtre de Amiot Métayer, qui fut un partisan zélé du pouvoir. A ce moment difficile, le pouvoir doit gérer, avec des risques de répercussions politiques, la catastrophe causée par des pluies, dans la nuit du 5 octobre dans des bidonvilles de Port-au-Prince, faisant plus de 15 morts.

1] MOBILISATIONS ANTI-ARISTIDE ET DEMARCHES DE DIALOGUES POLITIQUES

Par Vario Sérant

Un mot d’ordre de grève générale de quarante-huit heures, lancé par l’opposition, a partiellement paralysé, les 6 et 7 octobre, les principaux secteurs d’activités
au Cap-Haïtien (nord d’Haïti).

Le grand commerce et les transports en commun n’ont pas fonctionné. Les quelques écoles ayant ouvert leurs portes ont été obligés de renvoyer les élèves face à l’absence des enseignants.

Cette grève fait suite au report d’une manifestation anti-Aristide que prévoyait d’organiser le Front Nord de l’Opposition, dans la deuxième ville du pays, le 5 octobre.

Les organisateurs ont justifié cet ajournement par des informations selon lesquelles les autorités lavalas auraient envisagé de disperser brutalement la marche et provoquer un carnage.

L’annonce de ce report n’a pas empêché de nombreux militants de l’opposition de descendre quand même dans la rue le 5 octobre, aux cris de « A bas Aristide ». Les manifestants ont également fustigé l’Organisation des Etats Américains (OEA) qu’ils ont accusée d’être de connivence avec le régime lavalas.

Les partisans de l’opposition ont notamment dénoncé l’obstination de l’organisation hémisphérique à vouloir remettre à l’ordre du jour le dossier des élections, alors que le pouvoir lavalas installe, ont-ils précisé, un climat de terreur dans le pays.

Des manifestations anti-Aristide, non annoncées cette fois, se sont encore déroulées le 6 octobre, à l’occasion de la première journée de grève décrétée par le « Front Nord de l’Opposition ». Des concerts de casseroles ont eu lieu à deux reprises, le 6 et le 7.

Le 5 octobre, des partisans du président Jean Bertrand Aristide ont également gagné les rues du Cap-Haïtien pour réaffirmer leur soutien au leader lavalas et à son maintien au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat, le 7 février 2006.

La Police Nationale a assuré la sécurité des deux manifestations et les a empêché de suivre le même itinéraire. On n’a déploré aucune victime.

Le 14 septembre dernier, une quinzaine de personnes ont été blessés lors d’incidents enregistrés suite à la rencontre d’une manifestation de l’opposition et d’une contre-manifestation des partisans du président Aristide. L’un des blessés, Gracia Dorcin, un militant lavalas, allait succomber à ses blessures.

Ces fréquentes manifestations pro et anti-Aristide traduisent la détérioration des rapports entre les principaux protagonistes de la crise politique. Une réunion prévue entre ces derniers, le 5 octobre à Port-au-Prince, sous les auspices de l’OEA, a été reportée.

Un des membres du directoire de la Convergence Démocratique, Evans Paul, a évoqué des raisons d’ordre moral pour justifier l’absence de sa coalition à cette réunion. L’ancien maire de Port-au-Prince fait ici allusion aux incidents violents survenus aux Gonaïves, après l’assassinat suspect du dirigeant de « l’armée cannibale », Amio Métayer.

Cet assassinat a, par ailleurs, fait basculer « l’armée cannibale » dans une série de mouvements anti-gouvernementaux. Durant plus de deux semaines, la tension a régné dans la ville et des manifestations quotidiennes ont appelé à la démission du président Aristide, accusé par les proches de Métayer d’être responsable du meurtre. Ces mouvements se sont soldés par plus d’une douzaine de morts, lors d’interventions brutales de la police, selon des chiffres collectées de diverses sources.

Au sein de la Convergence, certains dirigeants assimileent l’initiative du Secrétaire Général de l’OEA, Cesar Gaviria, à une opération visant à faire capituler l’opposition et offrir par ainsi à lavalas la légitimité qu’il recherche.

Dans un communiqué parvenu à la presse le 3 octobre, l’organisation hémisphérique informe qu’une session spéciale de travail aura lieu à Port-au-Prince dans deux à trois semaines.

Le président Jean Bertrand Aristide et les représentants du gouvernement, les partis politiques, d’autres organisations de la société et le doyen du corps diplomatique
ont été invités à prendre part à cette session spéciale de travail.

Le facilitateur à cette rencontre sera le secrétaire général adjoint de l’OEA, Luigi Einaudi, qui a déjà conduit plus d’une vingtaine de missions infructueuses en Haïti, depuis les élections contestées de l’année2000.

Selon le numéro 1 de l’OEA, la prochaine session vise entre autres à contribuer à la création d’un Conseil Electoral Provisoire (CEP) crédible, neutre et indépendant devant organiser les élection législatives et locales dans un délai qui sera décidé par le dit CEP.

La session spéciale de travail vise également, selon Cesar Gaviria, l’adoption de mesures destinées à renforcer la sécurité en Haïti en vue d’un « débat politique pacifique ».

2] QUAND LA NATURE DEMANDE DES COMPTES !

Au moins une quinzaine de morts dans des inondations et glissements de terrain provoqués par des averses de la nuit du 5 au 6 octobre 2003, à Port-au-Prince.

Quand, aux premières gouttes de pluie, ils se sont abrités sous des maisonnettes de fortune au flan des pentes ou au fond de ravins, ces hommes, femmes et enfants ne pouvaient soupçonner le sort qui leur était réservé. La catastrophe survint brusquement peu avant minuit. Un craquement, et la terre, gorgée d’eau, cédait. En un rien de temps, ils se retrouvaient sous les décombres. Ensevelis.

Dans les quartiers populeux de Djobel, à Bourdon (périphérie est), et Tunnel, à Carrefour Feuilles (Périphérie sud-est), les parents et voisins n’avaient plus de larmes à verser au moment où des employés des Travaux Publics s’activaient a déterrer des corps enfuis.

Situation terrible que d’avoir à témoigner dans ces circonstances. Compter les absents. Ici et là des drames plus poignants que d’autres. Les familles sinistrées font état de plusieurs autres disparus.

Une délégation gouvernementale conduite par le Premier ministre Yvon Neptune constate les dégâts le 6 octobre et promet des réponses immédiates appropriées. Les membres de la délégation annoncent pour fin octobre 2003 la publication d’un plan de protection de diverses zones à risque de l’aire métropolitaine. Pourquoi pas avant ?, se demande-t-on.

Ironie du sort, le 6 octobre est journée mondiale de l’habitat. « Un devoir civique et moral pour nous d’agir avec fermeté et sans délai » afin de « corriger une situation alarmante en Haïti », rappelle la Fondation Haïtienne pour l’Habitat et l’Intégration des Sans-abri (FONDHABISA).

Depuis quelques temps, les alertes ne manquent pas en ce qui concerne la situation environnementale en Haïti. « La capitale d’Haïti représente une cuvette sans protection, tant les montagnes qui l’entourent sont déboisées au profit de l’aménagement de bidonvilles en extension de jour en jour », soulignait AlterPresse en mai 2002, lors de pluies torrentielles qui avaient causé de nombreux dégâts à la Capitale.

A cette époque, des maisons érigées sur des terres argileuses dans l’agglomération dénommée Vivy Michel (est de la capitale) s’étaient fissurées ou effondrées. Un mois auparavant 4 personnes avaient été tuées à Port-au-Prince et environ 200 maisonnettes détruites lors d’inondations causées par des pluies.