Développement durable

Haïti-Cavaillon : La 4 e édition du festival de la rivière, une manifestation de sensibilisation

sur un patrimoine écotouristique et historique
mercredi 13 août 2008

De notre envoyée spéciale, Marie Visart

Cavaillon, 13 août 08 [AlterPresse] --- La quatrième édition du festival de la rivière, qui s’est tenue du 8 au 10 août 2008 à Cavaillon (à plus de 150 kilomètres au sud de la capitale), a réuni, chaque jour, près de 3 mille festivalières et festivaliers en provenance de Cavaillon, des Cayes, de Port-au-Prince et des communes avoisinantes du département du Sud, a noté l’agence en ligne AlterPresse.

Organisée par l’association des étudiants et des professeurs de Cavaillon, en partenariat avec la mairie, le ministère de la culture, la fondation Connaissance et Liberté (Fokal) et diverses autres institutions et associations, ce festival culturel a été l’occasion de sensibiliser la population, les autorités locales ainsi que centrales sur les questions portant sur le patrimoine naturel et historique de Cavaillon et des communes aux alentours.

Peuplée d’environ 60 mille habitants, la ville de Cavaillon est traversée par une rivière faisant la fierté de la population qui, malgré le manque d’infrastructures de ramassage d’ordures, par exemple, maintient, tant bien que mal, un état salubre dans leur patrimoine.

Urgence d’une intervention institutionnelle sur la route Cavaillon - Baradères

La route étroite bordant la rivière, qui relie Cavaillon à Baradères, en traversant Maniche, et par où passent de nombreux camions et voitures, met la population en danger.

Par ce festival, les membres de l’association comptaient sensibiliser les autorités à une prise en charge, en vue d’une intervention effective sur cette route menaçant de s’effondrer à tout moment.

La situation est urgente, souligne un des membres organisateurs.

« Si on veut éviter de telles catastrophes, comme celles à Fonds Verrettes (mai 2004) ou aux Gonaïves (septembre 2004), où les crues des rivières ont surpris les gens, emportant avec elles de nombreuses victimes sur leur passage, il faut que les autorités prennent au sérieux ce qui se passe dans la zone de Cavaillon », alerte Jean Yxon André, coordonnateur général de l’association.

La population est à la merci de la rivière de Cavaillon, prête à déborder à tout moment sur la route en question qui traverse plusieurs communes dans cette zone.

Depuis quelques années, le cours de la rivière a été modifié à la suite d’importants glissements de terrain.

Pour subvenir à leurs besoins, certains n’hésitent pas à piller les roches de cette rivière, revendues sur le marché pour la construction de maisons, ce qui participe à la dégradation du site, déplorent les membres de l’association.

Sensibiliser sur l’existence d’un patrimoine écotouristique et historique

Située à une dizaine de kilomètres de Cavaillon, la localité de Custine abrite les vestiges de l’ancien palais du général Jérôme Maximilien Borgella, qui a lutté auprès du vénézuélien Simon Bolivar pour la liberté des pays de l’Amérique Latine.

En état de délabrement, ce vestige du passé représente une part fondamentale de l’histoire d’Haïti.

Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une pierre tombale - sur laquelle est inscrit « ci-gît Marguerite Ninon Chevalier Dame Borgella » - et des restes de passages souterrains, uniques, marque de ce glorieux passé avec, pour seules archives, la mémoire des anciens de la commune.

« Il faudrait donner aux jeunes un appui pour contribuer à leur développement et leur permettre de se sensibiliser aux intérêts de ce site, car ils sont attentifs à la question de la sauvegarde du patrimoine culturel », souligne Wilna Vital, habitante de la zone et mère de famille de 7 enfants.

Et un autre membre, de la communauté de Custine, d’ajouter : « cette propriété de plusieurs carreaux appartient à l’Etat, c’est aux autorités de prendre les mesures pour la sauvegarder ».

L’association des étudiants et des professeurs de Cavaillon interpelle les autorités haïtiennes et vénézuéliennes afin d’aménager, de concert, un plan d’actions en vue de restaurer ce site “pour qu’il ne sombre pas dans les oubliettes de l’histoire”.

Pour ce faire, l’association préconise « la construction d’un musée et d’une université de langues”, devant “renforcer les échanges culturels et œuvrer dans la sauvegarde de la mémoire historique de nos deux nations ».

A l’heure actuelle, l’association des étudiants et des professeurs de Cavaillon réfléchit sur les modalités de mise en place d’une cellule de plaidoyer, pour travailler sur cette question et permettre à ce site de bénéficier des mêmes égards que ceux accordés à la Citadelle du Cap-Haïtien (Nord d’Haïti). [mv rc apr 13/08/2008 0:20]