Documents

La pratique du journalisme en Haïti


mercredi 11 juin 2008

Extraits de l’intervention de Vario Sérant à l’occasion d’un panel de l’AJH pour marquer la journée latino-américaine de la presse (7 juin 08)

Repris par AlterPresse le 11 juin 2008

Définitions du journalisme

Le journalisme renvoie à l’ « ensemble des activités se rapportant à la rédaction des organes de presse, de tous genres et de toutes périodicités ».

Il se réfère aussi à « cette profession en tant que telle, considérée aussi bien dans ses hommes que dans ses entreprises ».

« Le journalisme est l’activité qui consiste à collecter, rassembler, vérifier et commenter des faits pour les porter à l’attention du public à travers les médias ». « Le journalisme peut être spécialisé dans un domaine particulier, comme le journalisme politique, sportif, scientifique, mondain, etc. ».

Le journalisme correspond à l’activité de celui (ou celle) qui « effectue un travail intellectuel en vue de fournir une information ayant un lien avec l’actualité ».

Pratique du journalisme

Pour baliser notre propos, nous allons faire appel à quelques auteurs qui nous ont fourni quelques pistes intéressantes à propos de la pratique du journalisme. Nous citons tout d’abord Henry H. Schulte et Marcel P. Dufresne qui ont co-écrit justement un ouvrage intitulé « Pratique du journalisme ».

Cet ouvrage s’intéresse au traitement de l’information sous toutes ses formes et se propose d’enseigner aux journalistes comment trouver et présenter une information d’intérêt public.

À partir de cet objectif que s’assignent les auteurs de ce livre, nous pouvons relever deux éléments essentiels dont il convient de tenir compte quand on aborde la question relative à la pratique du journalisme : le traitement de l’information d’une part et la recherche et la présentation d’une information d’intérêt public de l’autre.

Le traitement de l’information nous renvoie aux différentes approches d’écriture, c’est-à-dire les genres journalistiques. Et quand on parle de la façon de traiter l’information, Shulte et Dufresne nous rappellent que cela s’apprend dans une école de journalisme.

Si on n’a pas eu l’occasion de se former à une école de journalisme, on va apprendre le métier sur le tas. Et pour y arriver, il faut alors bénéficier d’un accompagnement continu à l’intérieur de son média, être à l’affût et tirer parti des possibilités de formation continue ou de longue durée dans le domaine. D’ailleurs, même si le journalisme a eu à recevoir un enseignement formel adéquat en journalisme, il doit se considérer comme un éternel apprenant. Là, c’est nous qui ajoutons.

S’agissant du deuxième volet, à savoir la présentation d’une information d’intérêt public, cet aspect suscite les questions suivantes : comment repérer les sujets importants et les acteurs clés ; comment exploiter des idées et trouver des sources fiables ; comment se procurer la documentation et accéder aux archives publiques ; comment assurer le suivi d’une affaire et rendre intéressante au niveau local une nouvelle nationale.

Shulte et Dufresne assurent aussi l’attention sur le classique travail de recherche qui assure la solidité de l’information et la nécessité de recourir à un langage clair et compréhensible pour s’adresser au public.

Le thème en débat aujourd’hui « Pratique du journalisme » nous demande, si je reste dans la perspective de Shulte et Dufresne, d’avoir à l’esprit, non seulement les techniques et savoirs-faire traditionnels et modernes comme la couverture d’un sujet, l’interview, l’observation directe et l’exploitation des archives, mais aussi les nouveaux outils du journalisme, comme les bases de données, les sondages et le journalisme assisté par ordinateur, en passe de révolutionner le métier, sous certains cieux.

À propos de la pratique du journalisme, les deux auteurs explorent la gestion des relations entre les journalistes et leurs sources les plus courantes. De l’avis de Shulte et Dufresne, la manière dont un journaliste gère ces relations détermine bien souvent la qualité et la fiabilité de l’information qu’il obtient.

Les deux auteurs nous disent, je cite : « Chaque époque voit les journalistes affronter de nouveaux problèmes. Ils y réagissent chaque fois différemment. Lorsque les anciennes méthodes semblent ne plus satisfaire les demandes de la société, ils élargissent l’étendue des sujets traditionnels, essaient de nouvelles méthodes de reportage et d’écriture, découvrent des sources d’information inédites et révisent leur conception de l’information ».

Parlant de pratique du journalisme, il n’est pas superflu de s’interroger sur les caractéristiques de ce qu’il convient d’appeler « un grand journaliste ». Shulte et Dufresne rappelle à ce sujet les propos tenus il y a une cinquantaine d’années par les éditeurs d’un manuel américain classique « A treasury of great reporting ».

« Le journaliste doit être capable de rédiger rapidement un article dans les conditions les moins favorables à l’écriture. Et il doit toujours continuer dans cette voie. Il doit se montrer capable d’une régularité monotone et impitoyable, intensifiée par la conscience du délai à respecter. Sa perception doit suivre l’allure rapide qu’il doit toujours conserver. ».

Les deux auteurs de poursuivre : « À l’instar du savant explorateur, du critique d’art, ou du romancier, il doit discerner ce qui est significatif et ce qui singularise l’événement […]. Il doit être constamment en alerte pour questionner, mettre en doute, approfondir. Son sens aigu de l’observation doit s’allier à ce facteur x qu’est l’instinct du détective […] ; le journaliste doit être prêt à prendre des risques, à rester à son poste malgré le danger et, parfois, `a fonctionner sur ces dernières réserves d’adrénaline ».

Comme le souligne l’auteur, ce tableau peut paraître quelque peu mélodramatique, « mais il décrit fort bien les qualités indispensables et les talents que doivent posséder les prétendants à la profession ».

Nous avons pris notre temps pour survoler l’œuvre de Schulte et Dufresne, non pas pour faire de la parade intellectuelle, mais pour baliser, comme nous l’avions dit au départ, notre propos et pourquoi pas, c’est une bien grande prétention, baliser le débat sur la pratique du journalisme en Haïti.

On pourrait évoquer divers autres écrits comme « La fabrication de l’information (Les journalistes et l’idéologie de la communication) » de Florence Aubenas et Miguel Benasayag, « Du journalisme en démocratie » de Géraldine Muhlmann, « L’invention du journalisme en France » de Thomas Ferenczy, « Manuel du journalisme » de Yves Agnès, et j’en passe.

À titre d’exemple, j’aimerais citer ces phrases de Géraldine Muhlmann que j’ai relayées à la page 3 de mon livre « Sauver l’information en Haïti ».

« ... il est apparu nécessaire de penser plus clairement le journalisme comme un mouvement double : celui d’injecter du conflit et de tisser du commun. C’est ainsi que nous avons abouti à un idéal critique que nous avons appelé le rassemblement conflictuel de la communauté démocratique. C’est vers lui, en réalité, que conduit la défense, toute kantienne, de la liberté d’expression, l’apologie du spectateur ; c’est lui, déjà, que réalisait à sa façon la presse libre naissante, celle de la Révolution française. Idéalement, le journalisme est, dans les démocraties modernes, ce qui permet de jouer à la fois le conflit et l’unité, c’est-à-dire l’énigme même de la démocratie. Il reste à savoir comment, exactement … ».

Je ne vais pas poursuivre à l’infini cet exercice. Je vous ai mis l’eau à bouche. Le plus important est de bien comprendre la dynamique de la pratique du journalisme, à travers l’espace et le temps, et de tirer parti des repères théoriques pour améliorer cette pratique du journalisme.

La pratique du journalisme en Haïti

Le débat sur la pratique du journalisme en Haïti restera creux et stérile s’il ne se fait pas de manière holistique, en tenant compte à la fois des spécificités haïtiennes (réalités locales extérieures aux médias et contraintes structurelles internes des médias) et du long cheminement de la profession depuis l’époque où celle-ci semblait faire corps avec la politique et la littérature jusqu’à sa phase de transformation en un corps de métier autonome régi par des techniques, des principes spécifiques et une déontologie précise.

Dans son fonctionnement au quotidien, le journaliste haïtien se doit d’avoir comme point de mire ce background, ce fond théorique et pratique, qui lui sert de fil d’Ariane pour garder un standard professionnel et répondre convenablement aux attentes du public. Comme je l’ai écrit dans mon livre « Sauver l’information en Haïti », la réflexion sur la pratique du journalisme doit s’articuler autour de matériaux concrets communs aux journalistes et Salles des nouvelles, savoir les genres journalistiques, les thématiques et le champ de couverture informationnelle.

Malheureusement, on n’en est pas encore là en Haïti. Là, je ne vais pas redire tout ce que j’ai déjà écrit. Il vous suffit d’aller à conclusion de mon livre (de la page 109 à la page 116) pour prendre connaissance d’un ensemble d’éléments que j’ai relevés à propos de la pratique du journalisme en Haïti, et plus particulièrement du contenu informationnel des médias.

Conclusion

Nous aimerions clore cette série de considérations sur la pratique du journalisme avec Jean Charron qui évoque les mutations paradigmatiques du journalisme. Il insiste sur le fait que le journalisme est une pratique discursive régulée, une pratique médiatisée et enfin une pratique contingente.

Pratique régulée : cela signifie, du point de vue de Charon, que le « journalisme n’est pas laissé à la discrétion des individus qui le pratiquent » ; il est plutôt régi par des règles.

Pratique médiatisée : Cela veut dire que « le journalisme est une pratique de communication qui requiert un cadre socio-technique : un support matériel, une infrastructure de production et de diffusion ; bref une organisation médiatique qui rend possible cette pratique discursive, en même temps qu’elle la contraint ».

Pratique contingente, enfin : Jean Charron fait ici allusion au style journalistique qui évolue pour épouser l’esprit du temps. Selon lui, « les frontières entre les genres journalistiques se déplacent imperceptiblement ; des thèmes hier encore à la mode tombent aujourd’hui en désuétude ».

Références

AGNES, Yves : Manuel de journalisme (Ecrire pour le journal), Ed. La Découverte, Paris 2002

AUBENAS, Florence et BENASAYAG, Miguel : La fabrication de l’information (Les journalistes et l’idéologie de la communication), Ed. La Découverte, Paris, 1999

FERENCZI, Thomas : L’invention du journalisme en France, Ed. Payot et Rivages, Paris, 1993

MUHLMANN, Géraldine : Du journalisme en démocratie, Ed. Payot et Rivages, Paris, 2004

ROBERT, Prot : Dictionnaire de la radio, Presses Universitaires de Grenoble et Institut National de l’Audiovisuel (INA), Fév. 1998

SCHULTE, Henry H. et DUFRESNE, Marcel P : Pratique du journalisme, Coll. Nouveaux Paris, Sept. 1999

http://www.surlejournalisme.com/wp-...

http://www.clemi.org/formation/conf...