HaitiWebdo

HaitiWebdo, Numero 47


mercredi 17 septembre 2003

Rien ne change au niveau du climat socio-politique haïtien au moment ou le pouvoir fonce tout droit vers des élections annoncées pour la fin de cette année. La situation oscille entre discours de paix, raidissement, refus, violenceÂ… Et aussi une perspective d’amendement constitutionnel qu’on soupçonne de cacher " un plan macabre " .

1] HAITI/POLITIQUE : RIEN NE CHANGE

Des élections coûte que coûte : voilà en substance les propos tenus le 15 septembre dernier par le président Jean Bertrand Aristide qui intervenait à la Caisse d’Assistance Sociale, face à une foule de déshérités.

Il y a, a dit le président, un complot pour empêcher les prochaines élections. Mais elles auront lieu, a-t-il affirmé, invitant la population a aller voter en masse. Il a également convié tous les secteurs à prendre le chemin du dialogue.

D’aucuns s’interrogent sur le sens de ce discours, intervenu au lendemain des récentes violences au Cap-Haitien, ou une manifestation lancée par le Front de l’Opposition du Nord (FRON) pour demander la démission d’Aristide et une contre manifestation des secteurs du pouvoir se sont soldés par 1 mort et une quinzaine blessés.

La police anti-émeute avait lancé des gaz lacrymogènes pour disperser plusieurs centaines de partisans lavalas et des milliers de personnes répondant à l’appel de l’opposition, lors de manifestations séparées. Les policiers, qui faisaient écran entre les deux groupes de manifestants, avaient molesté et appréhendé plusieurs personnes.

La police avait pourtant rejeté quatre propositions faites par les dirigeants de l’opposition, au cours de pourparlers tenus durant la nuit du 13 au 14 septembre, pour éviter tout affrontement.

Les récentes violences ne finissent pas de faire couler de l’encre en Haiti, d’autant que, 15 jours auparavant, une autre manifestation du FRON a été violemment dispersée par la police, faisant de nombreux blessés. Au moment de cette action, des policiers ont également été blessés.

Evans Paul, dirigeants du principal regroupement d’opposition dénommé Convergence Démocratique a stigmatisé le comportement de la police et l’attitude « de complaisance vis-à -vis du régime », affichée à l’occasion par les représentants de l’Organisation des Etats Américains (OEA).

Mais David Lee, chef de la Mission de l’OEA en Haïti, a plutôt rejeté la responsabilité des incidents sur le parti au pouvoir. Il a fait savoir le 16 septembre que Fanmi Lavalas avait un plan pour bloquer la manifestation de l’opposition et a déploré que la police n’ait pas empêché que les deux manifestations empruntent le même itinéraire.

Après les événements du 14 septembre 2003, le député contesté Nahoum Marcellus a annoncé que « nous allons occuper les rues jusqu’à la tenue des prochaines élections pour empêcher toute manifestation contre notre président constitutionnel ».

Ces genres de déclaration et l’atmosphère générale renforcent le camp d’en face dans sa position exprimée de ne prendre part à aucune élection tant qu’un climat serein et des conditions de sécurité ne seront établis.

2] LES DEMARCHES D’AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION HAà TIENNE « CACHENT UN PLAN MACABRE »

C’est fait. Le processus d’amendement de la constitution haïtienne de 1987 est lancée, en dépit des critiques formulées par divers secteurs sur le processus, considéré « vicié », suivi par les parlementaires lavalas.

Les sénateurs contestés ont voté le 8 septembre une résolution demandant à la prochaine législature (48e) de considérer les signatures de 17 sénateurs en lieu et place d’une approbation de 18 sénateurs prévue par la Constitution, en vue de conserver la proposition d’amendement de la constitution.

Les élus du 21 mai 2000 se basent sur le fait que la chambre haute n’avait pu fonctionner avec 27 sénateurs en raison de la démission précédente de 7 sénateurs.

Jusqu’à présent, seuls les secteurs gouvernementaux approuvent ces démarches d’amendement constitutionnel, dont le premier pas a été franchi par les députés le 3 septembre. Les propositions d’amendement concernent, entre autres, les questions de nationalité, de l’armée et de la structure des pouvoirs locaux.

Les secteurs politiques d’opposition, des anciens parlementaires et des juristes se sont interrogés sur l’empressement du pouvoir à entrer dans ce processus jugé biaisé. Au sein même de Lavalas il y a des voix discordantes, dont notamment celles des sénateurs Prince Pierre Sonson et Dany Toussaint. Une proposition venue du « ciel », ont-ils fait remarquer.

« Quel intérêt politique cache cet empressement », s’est interrogé le juriste et ancien sénateur Samuel Madistin, lors d’un débat organisé par Radio Kiskeya. Se basant sur l’histoire politique du pays, l’ancien parlementaire a fait savoir que ces démarches « cachent un plan macabre ».

Madistin a insisté sur le fait que contrairement aux prescrits constitutionnels, les amendements prévus devraient entrer en vigueur immédiatement. Ce qui laisse supposer que l’administration actuellement en place en bénéficierait. Il a affirmé qu’il faut attendre les dispositions provisoires qui vont être adoptées avec ses amendements pour savoir « les vrais motifs » de l’opération.

En général, dans l’histoire politique d’Haïti, les amendements vont « au profit du président en exercice », a laissé tombé Samuel Madistin.