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Pour une révolution agricole en Haïti

« Nous voulons que les dirigeants fassent de l’agriculture haïtienne l’élément clef de la croissance économique »
mercredi 16 avril 2008

Par Guy-Robert Saint-Cyr [1]

Soumis à AlterPresse le 15 avril 2008

« Quand d’immenses populations qui vivent aujourd’hui au bord de la famine et de la misère prendront conscience de leur situation et de la nôtre, alors j’ai peur de ce qui peut arriver. » Robert Oppenheimer

Les émeutes de la faim qui ont secoué Port-au-Prince et les villes de province du 7 au 9 avril dernier ont ramené la problématique de la production nationale au premier rang de l’actualité. Ces violentes émeutes ont provoqué la destitution du Premier ministre Jacques-Edouard Alexis par le Sénat pour cause d’inertie de son gouvernement à répondre aux besoins les plus pressants de la population. Sans nier la responsabilité de l’ancien chef de gouvernement dans ce marasme socioéconomique que vit Haiti, il importe d’aller au-delà de la simple conjoncture en réfléchissant sérieusement sur le rôle à accorder à l’agriculture comme moteur de développement. D’ailleurs a-t-on vraiment le choix ? En fait, il s’agit d’un impératif de survie à l’heure où les grandes puissances ont tendance à réduire considérablement les surfaces cultivables destinées à l’agriculture au profit des biocarburants. Sur cette base une réflexion économique approfondie sur une nouvelle politique agricole s’avère indispensable si l’on veut réellement recouvrer notre souveraineté alimentaire tant souhaitée.

Résoudre le problème agraire haïtien, on s’en doute, n’est pas chose facile. Cependant, il faut un peu de volonté de la part des autorités pour au moins l’améliorer. En effet, la réforme agraire et même l’animation des communautés et l’éducation de base seront impuissantes si le pouvoir politique ne donne pas effectivement, et pas seulement en paroles, la première priorité à l’agriculture dans l’édification d’une économie moderne. Pour commencer on doit utiliser de matériels agricoles à haut rendement : on doit progressivement mécaniser l’agriculture. Le tracteur est généralement pris comme élément de référence en matière de mécanisation de l’agriculture. A cet égard, le nombre de tracteurs par hectare pourrait constituer un indice important de l’agriculture. Cependant, cette mécanisation de l’agriculture doit être considérée avec prudence là où la force de travail est abondante. L’introduction de moyens mécaniques destinés à élever la production du travail ne fait souvent que renforcer un contingent de chômeurs déjà élevé (étant donné le rapide accroissement des populations), et qui ne trouve pas d’alternative dans l’industrie. Toujours est-il, la mécanisation des tâches agricoles telles que semis, fertilisation, fumigation, récolte, ne présente donc de véritables avantages sociaux que si elle est accompagnée de mesures économiques (investissement) permettant d’occuper la main-d’oeuvre déplacée. C’est en ce sens qu’un développement endogène est une alternative intéressante. Le développement endogène, contrairement à ce que l’on a pu souvent écrire, est une véritable réhabilitation de l’agriculture et du monde rural qui pose la nécessité d’un pouvoir d’achat dans les compagnes, pour l’élargissement, pour la poursuite du développement et pour résoudre les inégalités.

Presque tout le monde serait d’accord de juger inacceptable les inégalités qui existent actuellement en Haïti et qui se manifestent, entre autres, dans le domaine de l’alimentation. Mais il faut être réaliste. Les économistes savent qu’il est plus facile de réduire les inégalités en période de croissance qu’en période de stagnation. Dans le premier cas, on peut donner plus aux uns sans retirer aux autres. La réduction des inégalités n’est d’alors pas ressentie par les titulaires de revenus élevés. Elle l’est au contraire s’il faut leur enlever quelque chose pour arriver au même résultat. Améliorer la situation alimentaire des pauvres grâces à des ressources globales plus importantes constitue dons un objectif plus facilement acceptable par tous. Et sa réalisation représenterait en même temps une réduction des inégalités.

On, peut se demander, dans une certaine mesure, si l’on ne fait pas une confusion en prônant une moins grande inégalité. Ce que l’on vise, en tant patriote consciencieux, ce sont des conditions de vie satisfaisantes pour tous, situation qui peut coexister avec des inégalités importantes, si les ressources globales sont élevées (il ne faut surtout pas oublier l’aspect psychologique : des conditions de vie satisfaisantes ne signifient pas la même chose dans un pays riche et dans un pays pauvre).

En insistant sur la nécessité d’augmenter la production alimentaire, on ne veut nullement dire qu’une production plus abondante suffirait à régler le problème. Plus précisément, elle le réglerait dans un cas ; celui du paysan pauvre dont la famille est mal nourrie parce que sa récolte est insuffisante. S’il pouvait produire plus, sa situation serait améliorée. Sur les marchés des villes, comme Port-au-Prince, par exemple, une augmentation de la demande, grâce à des revenus plus élevés, est une condition indispensable pour qu’une offre plus importante puisse être absorbée.

Tout bien considéré, si l’on considère que tous les hommes ont, parmi leurs droits élémentaires, celui d’être nourris convenablement, il faut voir plus loin que les seuls besoins physiologiques. Un régime alimentaire peut être considéré comme satisfaisant s’il répond aux critères suivants : il couvre tous les besoins physiologiques, ce qui implique entre autres une alimentation variée, il apporte les satisfactions que droit procurer le fait de manger et comprend donc, entre autres, des produits animaux en quantités appréciables : il ne risque pas de compromettre la santé par des excès en calories, notamment celles qui sont fournies par des matières grasses. Cette façon de poser le problème parait utopique pour un pays comme Haïti, il reste que tout patriote conséquent, tout patriote ayant à cœur le développement du pays doit tout faire pour atteindre ces résultats.

En début de ce troisième millénaire, l’alimentation satisfaisante doit être un droit pour tous les Haïtiens. C’est vrai qu’il y aura toujours des inégalités, des hommes très riches et d’autres très pauvres. Mais, à l’ère de la technique triomphante, on a le droit de se fixer une alimentation satisfaisante pour tous, même les plus pauvres. Et cela ne doit pas être, il va sans dire, le seul objectif, il y en a d’autres, comme l’eau potable pour tous pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres. Couvrir les besoins physiologiques doit être considéré seulement comme l’objectif d’une première base.

Le problème à l’ordre du jour, on s’en rend compte, est celui de la révolution agricole et du développement rural. Précisons que la révolution agricole n’est que la transition qui met fin à une situation où des crises agricoles et alimentaires peuvent se produire en raison de l’insuffisance des moyens matériels et organisationnels mis à la disposition du secteur. La sécurité est alors assurée par la maîtrise technique et financière que la nation exerce sur son systèmes agro-alimentaire. Cette révolution concerne, il faut y insister, toute l’agriculture et en particulier les cultures des produits de base.

Comment accroître la production agricole ?

L’objectif général d’une vraie politique agricole est de promouvoir le développement. Pour cela, il s’agit d’assurer la croissance de la production agricole, ce qui doit avoir le double effet de répondre aux exigences du développement et d’augmenter les ressources des agriculteurs. Pour y arriver, il faut commencer par travailler. Car si l’on se fie a ce que nous apprend Jacques Barros « L’insuffisance de la production agricole se traduit à la fois par une baisse des exportations et par un gonflement des importations : les importations de denrées alimentaires ont augmenté de 20% par an, en valeur constante, de 1970 à 1976, et elles représentent aujourd’hui 38% du total des importations (non compris celles des fournitures pour les industries de montage). Dans le même temps, les exportations agricoles qui ont complété en moyenne pour 58% des exportations totales nettes pendant la période 1970-1977, ont diminué de 2,4% par an en valeur constante. Le taux de couverture des importations n’a été que de 0,69 en 1977 ». Inutile de dire que la situation s’est singulièrement empirée avec l’instabilité politique des dernières années.

Concrètement, nous voulons que les dirigeants fassent de l’agriculture haïtienne l’élément clef de la croissance économique. En somme, considérer l’agriculture comme le secteur de lancement ne signifie nullement que l’on se résigne à promouvoir une économie exclusivement agricole. Il s’agit seulement à travers un gonflement des flux agricoles de parvenir à une institution d’une économie complexe dans laquelle l’agriculture ne sera plus qu’une branche d’activité semblable aux autres.

Le passage des agricultures de substance à une économie où le secteur agricole participe à une croissance auto-entretenue s’opère en trois phases. La première est celle de la stagnation séculaire à une expression qui n’est pas synonyme d’absence de changement mais signifie seulement que ceux-ci aussi révolutionnaires soient-ils ne débouchent pas sur l’instauration d’un type de société autorisant la croissance continue. Les agricultures de substance prédominent, en Haïti, au cours de cette phase. Le secteur agricole constitué de sociétés accolées les unes aux autres dans un ensemble territorial, est numériquement prépondérant. Mais sa fonction, du point de vue de la croissance est inexistante puisqu’il ne dégage pas au-delà de ce qui est nécessaire à la satisfaction des besoins des producteurs agricoles, les surplus requis pour l’alimentation d’une population occupée à d’autres activités.

Au cours d’une seconde phase, identifiable à celle de l’accession au développement, le secteur agricole, grâce à l’amélioration de ses performances, suscite la création d’autres types activités. Sa place, en valeur relative, décroît avec l’extension des secteurs non agricoles. Mais sa fonction est essentielle, car c’est de lui que viennent les impulsions au développement. En l’absence de celles-ci la croissance s’étiole.

A cette seconde phase, au cours de laquelle l’importance statistique de l’agriculture décline tandis que son rôle dans le développement est fondamentale, fait suite une troisième période correspondant à une croissance auto-entretenue. L’agriculture poursuit son déclin relatif et cesse d’être le secteur moteur du développement. Elle rentre dans le rang. La croissance est liée à l’indépendance de secteurs qui, nés des impulsions créatrices de l’agriculture, ont noué suffisamment d’interrelations pour ne plus être dépendants, pour leur extension, de la seule agriculture. A des rapports d’entraînement dans lesquels l’agriculture avait un rôle déterminant, succède une situation caractérisée par une influence de l’agriculture devenue, sinon mineure, du moins comparable à celles émanant des autres branches d’activités.

La grande question est comment se manifestent-elles donc les impulsions créatrices en provenance de l’agriculture ? Trois séries d’effets peuvent être distinguées. En premier lieu, un effet lié au volume même de la production agricole. L’accroissement de la production peut dégager un surplus commercialisable. Cette commercialisation nécessite l’existence d’un certain nombre d’activités, de transport, de stockage, de fractionnement, de conditionnement. Une activité commerciale prend naissance dans le prolongement de l’activité agricole.

Il importe de noter que l’existence d’un excédent par rapport à la consommation des produits agricoles est favorable à la construction d’une industrie de transformation. La transformation réalisée sur le mode familial et artisanal peut se révéler insuffisant surtout si les produits qui en sont issus ne correspondent pas aux goûts de la clientèle disposant d’un pouvoir d’achat. Remarquons que tout ceci est possible dans la mesure où l’on a des patriotes capables pour les mettre en pratique.

Toujours est-il, à un moment donné du processus, l’industrie agro-alimentaire pourrait prendre le relais de la production agricole. A des activités commerciales s’ajouterait un secteur industriel de transformation de produits agricoles. Toutefois, il convient de préciser que l’implantation d’une industrie, en domaine, est plus malaisée à réaliser, surtout lorsqu’il s’agit d’un petit pays comme Haïti. Les investissements sont plus onéreux. L’activité industrielle est plus spécialisée et possède donc moins de souplesse. En cas de mauvaise récolte d’un produit, un commerçant peut réorienter son activité vers d’autres productions. Il bénéficie alors d’une plus grande mobilité.

Remarquons que les périodes de production insuffisantes atteignent différemment commerçants et industriels ; les premiers peuvent récupérer sur les marges commerciales, les pertes dues à des qualités plus réduites ; pour l’industriel, l’élévation du prix représente une évaluation du coût, qui, joint à un moindre volume de produit transformé, peut compromettre la rentabilité de l’opération. La saisonnabilité est également plus contraignante pour l’industriel que pour le commerçant.

L’agriculture comme moteur de la croissance ?

On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, de l’existence d’un délai séparant l’apparition des activités commerciales et industrielles. De nombreuses industries de transformation des produits agricoles ont connu des difficultés de fonctionnement dues à un approvisionnement défectueux. La création de complexes agro-industriels supprimant la dissociation entre production agricole et transformation industrielle a pu constituer, dans nombre de pays, une parade efficace aux déboires antérieurement ressentis. Mais l’effet lié aux quantités disponibles, s’il se traduit plus rapidement par la création de commerces que d’industries est cependant indéniable.

Le second effet peut-être qualifé d’effet revenu en ce sens qu’il résulte de l’accroissement des revenus dont bénéficient les agriculteurs qui transitent d’une agriculture de pure subsistance à une agriculture en parie orientée vers la commercialisation. Selon l’état des marchés, l’accroissement des revenus peut-être plus ou moins proportionnel à l’augmentation du volume de la production. C’est l’affectation d’un revenu en croissance plus ou moins régulière qui est à l’origine d’un certain nombre d’impulsions créatrices en provenance de l’agriculture.

Tout agriculteur effectue, dans des proportions variables, deux séries de dépenses : celles qui correspondent à des besoins du ménage et de la famille, celles nécessités par l’exploitation.

Les premiers concernent des biens industriels de consommation. On peut, en effet, estimer dans des sociétés proches des agricultures de subsistances, comme c’est d’ailleurs le cas en Haïti, les familles ont, pour l’essentiel, recours à l’auto-approvisionnement pour assurer leur alimentation. Les revenus sont donc affectés à des achats de bien d’origine industrielle tels que nécessaires à l’habillement, au logement et à l’équipement, sans oublier le transport. L’ensemble de ces activités se trouve stimulé par l’élévation de revenus agricoles. Dans une première phase, les débouchés de chacun des produits s’avèrent trop faibles pour remettre l’installation d’une unité de production fonctionnant dans des conditions satisfaisantes. Le recours à l’importation est alors la seule manière d’assurer une offre correspondant aux besoins. Ce sont encore les activités commerciales qui, les premières, sont encouragées par l’accroissement des revenus agricoles. Par la suite, si la demande atteint un volume suffisant, la fabrication sur place remplace le recours à l’importation.

Précisons que la plus ou moins grande rapidité avec laquelle s’opère le passage de la phase industrielle dépend d’un certain nombre de facteurs. De la nature des biens tout d’abord : le volume correspondant à une production s’effectuant dans des conditions satisfaisantes varie d’un produit à l’autre, une usine d’automobiles, par exemple, a de tout autres exigences qu’un unité de fabrications de pneus. De la concentration ou de la dispersion de l’augmentation des revenus agricoles : une concentration de l’accroissement des revenus aboutit à étendre la gamme des produits demandés et à maintenir à un niveau relativement bas les débouchés de chacun d’eux ; au contraire, une diffusion concentre la demande sur un petit nombre de produits dont la demande s’accroît rapidement. Du comportement de certains agents économiques en troisième lieu, si ceux qui s’adonnent à l’importation estiment que la production locale est une menace, ils pratiquent des manœuvres de retardement tandis que s’ils pensent inévitable un tel changement ils seront enclins à en prendre l’initiative ou à modifier leur assortiment de produits importés. Du comportement des débouchés que la production considérée peut espérer trouver sur les marchés extérieurs ; si la production est compétitive, les débouchés extérieurs viendront épauler plus aisément la demande interne que si les coûts de production réduisent leur pouvoir concurrentiel.

Des considérations analogues peuvent être présentées pour les produits nécessaires à l’agriculture. Les industries chimiques (engrais) et les industries mécaniques (outils, machines, etc.) enregistrent l’influence de l’élévation des revenus agricoles. Dans ce domaine encore, les débouchés n’atteindront pas, d’emblée, un volume suffisant pour justifier la création d’une unité de fabrication sur le territoire national. Le commerce d’importation se trouve stimulé avant de céder la place à des activités industrielles.

Il est somme toute clair que la stratégie de développement confiant à l’agriculture le rôle de la croissance n’est pas praticable dans n’importe quelle économie. D’où l’importance pour les autorités haïtiennes de mettre sur pied une vraie structure agraire. L’économie doit posséder un potentiel agricole important. Entre les agricultures de subsistance d’opulence et celles de précarité la différence est grande. Les première peuvent utiliser celles des ressources existantes et non intégralement utilisées.

L’existence d’aptitudes agronomiques est d’autant plus nécessaire que les exportations agricoles vont engendrer une injection de revenus, générateurs d’une demande domestique de produits agricoles. L’agriculture devra faire face pendant toute la phase d’accession au développement, à la base à un accroissement des exportations agricoles nécessaires à la poursuite et à la constitution de marchés internes. La production doit être en mesure de croître dans des proportions notables.

En second lieu, l’économie doit pouvoir trouver à l’extérieur les débouchés assurant l’écoulement de sa production. L’importance relative des productions nationales et des courants d’échanges internationaux intéressant les divers produits concernés est, en l’occurrence, décisive. Des volumes de productions significatifs pour la croissance nationale peuvent ne représenter qu’un faible part du commerce international et s’insérer facilement dans l’ensemble des transactions. Dans l’hypothèse inverse, les difficultés sont à craindre ainsi qu’une tendance à l’affaiblissement des prix.

Si l’on veut être honnête, on doit avouer que la stratégie qui consiste à confier à l’agriculture haïtienne le rôle de secteur de lancement de la croissance possède aussi certaines caractéristiques. En effet, au cours de la phase initiale de l’accession au développement l’impact de l’agriculture ne peut être suffisant que si l’accroissement du volume de la production est appréciable. Or, comme les débouchés nationaux sont faibles, l’essentielle de la production additionnelle est nécessairement orientée vers l’extérieur. En ce qui concerne la fraction commercialisée de la production agricole, l’économie est, selon le terme généralement admis. « Extravertie ». Par la suite, des débouchés internes apparaissent. Leur volume s’amplifie et les transactions internes s’ajoutent aux échanges internationaux. La phase d’accession au développement une fois terminée, l’expansion des exportations agricoles peut sans dommage pour la croissance se trouver ralentie.

Les exigences d’une accession à la croissance à partir d’un rôle moteur de l’agriculture sont telles qu’elles ne se trouvent pas réunies dans toutes les économies haïtiennes. Néanmoins, le patriote haïtien qui veut réellement sortir le pays du bourbier du sous-développement et de la misère doit tout faire pour atteindre cet objectif combien difficile, mais combien nécessaire. C’est difficile mais ce n’est pas impossible. Il nous faut de la patience et du courage. Le courage, a dit Mandela, n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre. Ainsi donc, on doit commencer par sensibiliser d’abord les paysans haïtiens. Il faut vulgariser les bonnes intentions, les nouvelles techniques en agriculture. En fait, la vulgarisation consiste à diffuser auprès des agriculteurs des techniques, des produits, des méthodes dont ils ignorent l’existence ou le mode d’emploi. L’insertion de ces innovations dans le systèmes productif doit permettre d’accroître son efficacité. On met ainsi à la disposition des agriculteurs un ensemble de connaissances utiles et non encore utilisées.

Si dans certaines économies, les agriculteurs sont friands d’innovations et sollicitent les organismes compétents, dans un pays comme Haïti, il faut entrer en contact avec les cultivateurs pour les inciter à innover. Le rôle de la vulgarisation apparaît donc fondamental si l’on considère qu’une fraction non négligeable du stock des connaissances n’est que très imparfaitement utilisée. L’insertion des innovations dans le système productif n’est donc pas toujours aisée à réaliser.

[1Professeur
Université Quisqueya