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Discours de violence et violence en action : le CEDH réclame des enquêtes indépendantes


jeudi 31 juillet 2003

Communique du CEDH

29 juillet 2003

Le Centre œcuménique des Droits Humains a constaté que, malgré des échéances internationales, spécialement au niveau de l’OEA, demandant l’application des mesures définies par la Résolution 822, le pouvoir Lavalas n’a rien changé dans sa conduite pendant le mois de juillet qui vient de s’écouler.

1- UN DISCOURS INCOHERENT DE VIOLENCE

Sous l’égide du « dialogue » et de « la paix », les citoyens de ce pays ont droit à une batterie de déclarations caractérisées par une agressivité aveugle et des accusations répétées sans que la moindre preuve soit apportée. Même les discours sur le thème de la paix sont assortis de violence. Il est temps que le gouvernement mette de l’ordre dans les déclarations incohérentes de ses différents porte-paroles, dans les accusations lancées à la légère, chaque fois que survient un incident, avant même toute enquête concernant les faits.

Il est temps qu’on cesse de proférer des accusations qui mettent tout le monde sous la même étiquette,, utilisant des amalgames absurdes. Pendant ce temps aucune explication sérieuse n’est donnée, aucune enquête sérieuse n’est faite. Tout cela aboutit finalement à causer une impression d’incohérence et d’impuissance.

Il est inacceptable que des menaces directes assorties de bordées d’insultes soient proférées contre des personnalités religieuses comme Mgr Guire Poulard, évêque de Jacmel.

Il est étrange qu’aucune autorité n’ait parlé du cocktail Molotov qui a brûlé la voiture du Père Arthur Volel.

Il est consternant qu’une entrevue, filmée et enregistrée par la TNH, entre un ministre et une prisonnière qui venait de passer huit jours de cauchemar, ayant été battue à l’Ecole de police et piétinée au commissariat de Delmas 33, ait été « corrigée » par la TNH pour supprimer les passages concernant les tortures subies et pour faire dire à la victime qu’elle n’avait pas été maltraitée. Mme Roi a écrit une lettre datée du 26 juillet pour dénoncer cette affaire.

Cette manipulation de l ’information, cette escroquerie, l’un des délits les plus graves de la profession, s’est faite dans le mépris le plus total des droits élémentaires de Mme Judie C. Roi.

2-LA VIOLENCE EN ACTION

Les citoyens de ce pays ont eu droit, pendant ce mois de juillet, à trois actions de violence spectaculaires et singulièrement inquiétantes.

- Il s’agit de l’agression subie par une délégation du groupe des 184 à Cité Soleil, le 12 juillet 2003. Un groupe de personnes a attaqué à coups de pierres une réunion de citoyens qui avait lieu à l’intérieur de l’école Sainte Thérèse de Cité Soleil. Les photos sont disponibles sur plusieurs sites de l’internet. Il y a eu 35 blessés dont 5 journalistes et 12 véhicules endommagés. Aucune arrestation n’a été effectuée. Cette agression a aussi comporté l’incendie d’une voiture par cocktail Molotov. Immédiatement après, a eu lieu l’incendie du marché « MacDonald ».

- Il s’agit deuxièmement de l’embuscade de Pernal dans le Plateau Central, le 28 juillet 2003, qui a coûté la vie de 4 membres d’une délégation officielle du gouvernement : M.Chériel Célestin, M.Jean-Marie Dépeignes, M.Wilfrid Thomas, M.Adrien Célestin Une cinquième personne , M.Mayenne Félix a été blessé. Jusqu’à maintenant, même les circonstances exactes de cette tragédie ne sont pas établies.

- Il s’agit, troisièmement, du traitement inqualifiable infligé à Mme Judie C. Roi, 39 ans, 6 enfants, militante d’un mouvement dénommé REPAREN, arrêtée le 14 juillet 2003, ainsi que 3 autres personnes détenues au Commissariat de Delmas 33 : Jeantel Joseph, Chavannes Joseph et Adeler Reveau . Ces séances de torture, l’illégalité totale des procédures, le pillage de la maison et le vol des véhicules, démontrent le désordre et l’absence de leadership existant actuellement au sein des services de justice et de la police et du gouvernement en général, sans parler du mépris total des droits de la personne.

LE CEDH DEMANDE :

1.-Qu’un conseil de citoyens enquête sur les programmes de la TNH et de la Radio Nationale pour vérifier comment les normes d’impartialité sont observées dans la programmation quotidienne de ces deux institutions de Service Public.

2.-Qu’une enquête, appuyée par l’Office du Protecteur du Citoyen, soit menée par l’Inspecteur Général de la Police sur le comportement des agents de la Police Nationale impliqués dans les séances de torture à Frères et à Delmas 33. Des résponsabilités doivent être établies. Des sanctions doivent être prises..

Le CEDH insiste, d’autre part, pour qu’une visite soit effectuée par la presse et des organisations humanitaires, dont la Croix Rouge, pour inspecter les locaux du Commissariat de Delmas 33.

3.-Qu’une enquête, appuyée par la Mission spéciale de l’OEA, selon les normes définies par les accords signés récemment, soit effectuée sur les événements de Pernal.

Centre œcuménique des Droits Humains, 29 juillet 2003