Développement durable

Haïti/Environnement : Exposition-débat sur la dégradation de Port-au-Prince


vendredi 22 juin 2007

P-au-P, 22 juin 07 [AlterPresse] --- A proximité du palais présidentiel d’Haïti, au Champ de Mars, la place Catherine Flon, du nom d’une héroïne de la guerre de l’Indépendance haïtienne, a été le théâtre, du 13 au 21 juin 2007, d’une importante exposition de photos du photographe et sociologue Kesler Bien-Aimé, a constaté l’agence en ligne AlterPresse.

Réalisée autour de la thématique de l’ « environnement urbain », cette exposition offrait l’occasion à tout un chacun de constater l’état de dégradation du milieu ambiant de la ville de Port-au-Prince qui célèbre cette année son 258e anniversaire de fondation.

« Ma démarche consiste à poser la problématique de l’espace avec toutes ses composantes », explique le photographe interrogé par AlterPresse.

Kesler Bien-Aimé expose une collection de 60 photos récentes, de dimension 20 par 24, qui présente une ville de Port-au-Prince folle, où « sa folie habite toutes les dimensions humaines de ses habitants ».

L’exposition est baptisée « Kay Madan Kolo » par le réalisateur lui-même. Dans l’esprit des résidents de Port-au-Prince, Madan Kolo, un personnage symbolique qui habitait le quartier du Bel-Air, aurait été la première habitante de la capitale.

Bien-Aimé voit « Kay Madan Kolo » comme un lieu de décharge regorgeant de détritus, emportés par les eaux quand il pleut sur l’aire métropolitaine de Port-au-Prince.

« Tous les fatras, qui viennent de Pétionville et d’autres zones surplombant le centre de Port-au-Prince, s’amoncellent à Madan Kolo », indique Kesler Bien-Aimé.

Selon le sociologue/photographe, ce qui se passe dans les hauteurs de Pétionville (à l’est de la capitale), à Carrefour et à Martissant (banlieue sud), a des répercussions sur le centre-ville de Port-au-Prince. A titre d’exemple, l’une des photos de l’exposition, prise au marché de Pétionville, montre de petites commerçantes installant leurs marchandises sur des tas d’immondices.

Cette exposition devrait interpeller la conscience citoyenne en vue de donner un nouveau visage à la capitale haïtienne, estiment Bien-Aimé et de nombreux visiteurs.

« C’est une exposition qui détruit l’image de Port-au-Prince, je ne l’ai pas appréciée », dit un jeune visiteur.

« Au contraire, il est bon de présenter les images telles qu’elles sont, pour que nous arrivions un jour à prendre conscience, à assumer notre responsabilité citoyenne », rétorque un autre, regardant, d’un air angoissé, un fou abandonné au centre de la capitale.

Port-au-Prince au cours des ans

Dans cette exposition, Kesler Bien-Aimé n’a pas pu reconstituer la ville de Port-au-Prince des années 1940, une période de grande architecture, une période où les gingerbread étaient en vogue en Haïti.

Malgré tout, le photographe a pu faire découvrir des photos d’anciennes maisons tombées en ruine aujourd’hui et qui sont sur le point de disparaître. Ces gingerbread sont pour la plupart abandonnés et se trouvent dans des conditions lamentables.

Les images du « Marché Hyppolite », du nom du président Florvil Hyppolite (fin du XIX e siècle), sont aussi dévoilées au public. Situé au boulevard Jean-Jacques Dessalines, (Grand-rue), ce marché conserve aujourd’hui encore son architecture.

Les photographies de gens nus, sales, de portefaix, de gens qui pissent dans la rue, sont également montrées.

Une ville folle

Les photographies de « gens fous », de personnes qui ont perdu la raison, sont également exposées.

Kesler Bien-Aimé affirme avoir pris soin de protéger l’intégrité de ces personnes qui ont accepté volontiers de se faire photographier.

Katiana est le nom d’une femme folle qui, malgré sa folie, protège l’environnement. Avec son balai, elle prend le soin de faire des nettoyages dans des rues de la capitale haïtienne.

« Katiana n’a rien fait de mal. Elle se lance dans une démarche, dans une dynamique qui est de protéger l’environnement, d’assainir les rues », pense Kesler Bien-Aimé.

« Nous sommes tous complices de leur folie. Il faut des êtres vivants pour assainir notre environnement. Nous pensons que, si nous n’assumons pas notre responsabilité, les fous le feront à notre place », estime-t-il.

C’est la troisième exposition du genre réalisée par Kesler Bien-Aimé sur la problématique de l’environnement urbain.

La première baptisée « Débats aux murs » a eu lieu durant les élections présidentielles et législatives 2006. Une deuxième s’était déroulée au Canada autour du thème « Pòtoprens fou » (Port-au-Prince folle, en Français).

Dans toutes ces expositions, le concept de « fou » entre en ligne de compte.

Kesler Bien-Aimé utilise ce concept pour montrer que la ville n’est pas habitée seulement de gens raisonnables ; il y a, selon lui, tout un ensemble d’éléments qui constituent l’environnement.

L’exposition « Kay Madan Kolo » a été organisée sous le patronage de la Mairie de Port-au-Prince pour marquer le 258e anniversaire de la ville de Port-au-Prince fondée le 13 juin 1749 sur l’habitation Randot au Bel-Air.

La superficie de Port-au-Prince, privée des zones environnantes, est de 28 kilomètres carrés.

A cette exposition, sont associés des écrits d’intellectuels haïtiens de plusieurs générations, tels Jacques Stephen Alexis, Georges Castera, Jean Euphèle Milcé, Lyonel Trouillot, Gary Augustin, Bonel Auguste, Willems Édouard, Frankétienne. [do rc apr 22/06/2007 14 :40]