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Triple faute de lavalas contre la liberté de la Presse : Des journalistes de l’Ouest, de la Grand’Anse et du Plateau Central en danger


lundi 14 juillet 2003

Communique du GRALIP

Port-au-Prince, le 14 juillet 2003

Le Groupe de Réflexion et d’Action pour la Liberté de la Presse (GRALIP)
condamne avec la dernière rigueur les actes de barbarie perpétrés à visière
levée par des partisans du président Jean Bertrand Aristide contre une
cinquantaine de citoyens dont six journalistes, à Cité Soleil, le samedi 12
juillet 2003.

Le Groupe de Réflexion et d’Action pour la Liberté de la Presse adresse ses
sincères sympathies et souhaite un prompt rétablissement aux blessés, en
particulier aux confrères. Il faut préciser que ces journalistes qui avaient
exhibé leurs cartes de presse et magnétophones ont été agressés par des
individus qui ont même menacé d’incendier l’autobus qui les transportait.

Le Groupe de Réflexion et d’Action pour la Liberté de la Presse estime ces
violences d’autant plus graves qu’elles ont été, dans une certaine mesure,
annoncées, sur les ondes de la « Télévision d’Etat », par le deuxième maire
lavalas de Cité Soleil, Noà« lsaint Eliphète, et des chefs de groupe lavalas
connus de ce bidonville. Le maire lavalas avait en effet avancé, le vendredi
11 juillet 2003, que Cité Soleil appartenait à Jean Bertrand Aristide et
qu’une activité pacifique prévue par un regroupement d’associations et
d’institutions de la société civile n’y allait pas être tolérée.

Ces propos du maire adjoint de Cité Soleil ressemblent étrangement à la « 
Fatwa » décrétée, en décembre 2001, par le maire de Petit Goâve, Dumay Boni,
contre le journaliste Brignol Lindor. Monsieur Boni avait appelé à 
l’application de la formule Zéro Tolérence, pronée par le chef de l’Etat,
contre le directeur de l’information de Radio Echos 2000. Trois jours après,
le groupe lavalas « Dòmi Nan Bwa » avait exécuté la « fatwa ».

Tout en dénonçant vivement l’impunité dont continue de jouir l’auteur
intellectuel du meurtre de Lindor, le Groupe de Réflexion et d’Action pour
la Liberté de la Presse espère que le manteau officiel de l’impunité ne va
pas cette fois-ci couvrir le deuxième maire de Cité Soleil et ses « ouailles
 ».

Le Groupe de Réflexion et d’Action pour la Liberté de la Presse est sidéré
face à la passivité complice dont ont fait montre des agents de la Police
Nationale présents lors des incidents. Le GRALIP estime que la nouvelle
directrice générale de la PNH, Jocelyne Pierre, a raté l’occasion de faire
mentir ceux et celles qui pensent qu’elle a été parachutée à ce poste en
raison de sa soumission dévotionnelle à l’égard du chef de l’Etat.

Par ailleurs, le Groupe de Réflexion et d’Action pour la Liberté de la
Presse condamne avec véhémence les graves incidents au cours desquels deux
journalistes, Frankel Maginaire, correspondant de Radio Caraïbes et
Guillaume Gérald de Radio Tèt Ansanm, ont été sévèrement molestés, par des
policiers ; lors d’une assemblée politique de Fanmi Lavalas, au Foyer
Culturel de Jérémie, le mardi 8 juillet 2003.

Selon des témoignages concordants, Frankèl Maginaire a été tabassé, son
matériel de travail détruit et ses vêtements déchirés ; tandis que Guillaume
Gérald a été pris à partie par des hommes en uniforme, lancés comme des
fauves, aux trousses des confrères ; sous prétexte qu’ils enregistrent
indûment, dans un espace public, des discussions confidentielles ; alors
qu’elles avaient ouvertement dégénéré en vociférations, guerre d’invectives
et batailles rangées, au sein d’une famille politique habituée à faire des
siennes.

Le GRALIP estime que ces incidents sont d’autant plus scandaleux et
appellent des sanctions exemplaires qu’ils ont été provoqués par des membres
de la Sécurité Rapprochée d’un Conseiller présidentiel, Jean Claude Jean
Baptiste, par ailleurs Secrétaire d’Etat au Travail.

Monsieur Jean Baptiste, ex-directeur général de la PNH, a jusqu’ici fait le
mort ; alors que les forfaits de ses gorilles qui relèvent du néomacoutisme,
ont créé l’émoi dans une bonne partie de l’opinion publique et du Secteur
Démocratique.

Le Groupe de Réflexion et d’Action pour la Liberté de la Presse compatit à 
la situation des deux malheureux confrères et accueille favorablement la
décision des journalistes de la Grand’Anse d’imposer un embargo temporaire
sur toutes les informations relatives à Lavalas, tout en appelant à une
concertation plus large autour de la question.

Le GRALIP dénonce également les menaces incendiaires proférées contre les
journalistes de la Radio-télédiffusion Mirebalaisienne, par des individus
ayant avoué leur allégence politique à la Député contestée Lavalas Olide
Bruno.

Certes, madame Bruno s’est publiquement dissociée des pyromanes. Mais, les
confrères de la RTM, encore sous le choc, après avoir dû passer la nuit du
lundi 7 juillet 2003, à l’extérieur de la Station, sous protection
policière, sont toujours exposés à la capacité de nuisance de leurs
persécuteurs, en quête de domination politique dans la région du Bas-Plateau
Central.

Observateur attentif du déplacement à intervalles réguliers du centre de
gravité de l’arbitraire et de la répression, le GRALIP attend des autorités
judiciaires et policières des actes concrets capables de rétablir et de
garantir l’exercice de la liberté d’expression et de l’information, partout
sur le territoire national.

Dans cette conjoncture de turbulences politiques, où au gré des intérêts de
pouvoir, la liberté de la presse est souvent mise à malle, il convient plus
que jamais de lutter contre la parole prisonnière dont Radio Haïti Inter,
fermée depuis février 2003, est aujourd’hui le symbôle le plus
représentatif, conclut le GRALIP.

D’autre part, le GRALIP s’incline devant la dépouille du confrère Roger
Milscent, l’un des plus anciens membres de la rédaction du Quotidien Le
Nouvelliste, décédé le jeudi 10 juillet 2003, des suites d’une maladie du
foi. Le GRALIP adresse ses sympathies à la famille du journaliste et à ses
collègues du Journal Le Nouvelliste.

Pour le GRALIP :

Vario Sérant, Coordonnateur Principal

Stéphane Pierre Paul,
Assistant-Coordonnateur

Ronald Colbert,
Administrateur