Perspectives

En hommage à la poétesse chilienne Gabriela Mistral

Haïti - Chili : Célébrer la poésie en terre caribéenne autour de thèmes évocateurs, comme l’exil…


vendredi 19 janvier 2007

Comme des adeptes, en quête de bénédiction, ils étaient nombreux, ce soir-là, à se rassembler dans les jardins de l’Institut français d’Haïti (IFH), à l’écoute du poète haïtien Claude Pierre et de son homologue chilien Luis Del Rio Donoso.

P-au-P, 19 Janv. 07 [AlterPresse] --- Attablés côte-à-côte, comme deux complices, sur la petite tribune de l’Institut français, les deux poètes, Claude Pierre (Haïti) et Luis Del Rio Donoso (Chili), étaient entourés, en ce soir du jeudi 18 janvier 2007, de quatre autres personnes, dont l’Ambassadeur chilien accrédité dans la république caribéenne, Marcel Young, et le directeur de l’institut Paul-Élie Lévy, dans le cadre de ce « Dialogue poétique ».

Amants des belles Lettres, jeunes poètes haïtiens, chacun prenait place dans l’assistance pour écouter ces deux vétérans de la poésie latino-américaine, invités à partager leurs « itinérances » avec le public haïtien.

« Je suis très surpris ce soir, parce que, en général, la poésie ne fait toujours pas bonne recette », s’étonne, d’entrée de jeu, le Poète et Linguiste haïtien Claude Pierre.

Cette soirée était considérée comme un hommage à la poétesse, pédagogue et activiste chilienne Gabriela Mistral, de son vrai nom Lucila Godoy y Alcayaga, Prix Nobel de Littérature en 1945. C’était donc le premier Prix Nobel de littérature décerné à une écrivaine hispano-américaine.

Ce Dialogue poétique, qui a reçu le soutien de l’Ambassade du Chilien en Haïti est dédié « en mémoire d’une femme, Gabriela Mistral, qui nous a laissés, mais qui est toujours parmi nous » à travers ses œuvres, a déclaré le diplomate chilien Marcel Young, assis à côté de l’artiste chilienne, Évelyne Mozalez.

Des poèmes, du premier Prix Nobel hispano-américain de Littérature, ont été lus en Espagnol, en Créole et en Français.

A Port-au-Prince, une exposition baptisée « América es mi Victoria », en hommage à la poétesse Gabriela Mistral, est ouverte à la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL) depuis le mardi 16 janvier 2007.

Selon l’Ambassadeur Young, Gabriela Mistral était la voix des personnes sans voix, des femmes, des hommes de la terre, des ouvriers.

Les deux poètes invités en cette soirée n’ont pas pris du temps pour répliquer.

Donoso et Pierre ont commencé leur « Dialogue » en mettant l’accent sur des mots, comme l’Exil, l’Absence, la Générosité, la Tolérance, la Vertu, qui mènent, selon eux, à la réflexion.

Pour le Poète chilien résidant en France, la poésie n’est ni le texte ni les mots. C’est tout simplement ce que vous ressentez.

A chaque bout de phrase de Luis Del Rio Donoso, il y avait toujours une réplique poétique de Claude Pierre, tantôt avec des textes extraits de son recueil « Le Voyage Inventé », tantôt avec des expressions métaphoriques qui incitent tout un chacun à se plonger dans l’univers poétique pour le meilleur et pour le pire.

Le thème « Exil » apparaît dans les principaux textes dits par ces grands poètes qui, tous deux, ont connu l’exil pour échapper aux régimes dictatoriaux qui ont sévi dans leur pays d’origine.

Luis Del Rio Donoso a été contraint à laisser illico le Chili, en 1977, à destination du Venezuela, après le coup d’Etat de feu Général Augusto Pinochet en septembre 1973. Le poète, qui a grandi dans l’univers des quartiers populaires de Santiago dans les années mille neuf cent cinquante (1950), réside jusqu’à aujourd’hui en France. Sa poésie est nourrie de ses voyages et de ses souvenirs d’enfance.

Claude Pierre, quant à lui, est parti au Canada en 1970 sous la dictature de François Duvalier où il fait des études en littérature et linguistique, d’abord à l’Université Laval à Québec et, par la suite, jusqu’au niveau du doctorat à l’université d’Ottawa. De retour au pays, en 1986, à la chute de la dictature trentenaire, Claude Pierre a été nommé professeur de littérature contemporaine à l’Université d’État d’Haïti, enseignant la méthodologie et la sémiotique. Sa poésie a pour thème majeur la générosité, sans céder pour autant au misérabilisme ni réduire ses enjeux à la seule question identitaire.

Né à Corail (Grande Anse, Sud-Ouest d’Haïti) le 28 février 1941, Claude Pierre se distingue par une poésie, écrite en Français et en Créole, qui tend la main sans distinction de frontières, de couleurs ni de condition sociale. [do rc apr 19/01/2007 10 :50]