HaitiWebdo

HaitiWebdo - Numéro 20


mardi 23 juillet 2002

1] Impasse politique : retour à la case départ ?

2] Économie : Surchauffe

3] Jacky Cantave...dans le maquis

Le 23 juillet 2002 marque le 15ème anniversaire du massacre des paysans de Jean-Rabel, au Nord-Ouset d’Haïti. Des dizaines de paysans sans terres ont été massacrées par l’armée alliée aux Grandons de la région. Les paysans voulaient travailler à l’autosuffisance alimentaire et rêvaient d’un pays maître de son destin. Depuis 15 ans, la justice haïtienne semblent vouloir faire croire que les morts ont torts.

1] IMPASSE POLITIQUE : RETOUR à€ LA CASE DEPART ?

Les choses se compliquent au niveau de l’impasse politique en Haïti. Au moment où l’Organisation des Etats Américains (OEA) prépare pour ce 24 juillet une réunion informelle sur le dossier haïtien, de nouvelles données se présentent sur le terrain. Parmi les dernières conditions fixées par la Convergence Démocratique pour signer un accord de sortie de crise avec le pouvoir, cette coalition d’opposition réclame le poste de Premier Ministre.

Aussitôt rendue publique, avec le 6ème rapport du Secrétaire Général de l’OEA, Cesar Gaviria, diffusé sur le web le 22 juillet, cette proposition a soulevé de véhémentes réactions de la part de Fanmi Lavalas. La constitution indique comment on devient Premier Minstre, a déclaré le Représentant National du parti, Jonas Petit. Il faut être issu du parti majoritaire au parlement, a-t-il ajouté.

En plus de l’irritation causée dans les milieux du pouvoir, la nouvelle proposition de la Convergence ne trouve pas l’adhésion de tous les partis de la coalition. La Confédération Unité Démocratique, dirigée par l’ancien maire Evans Paul, a fait savoir qu’elle n’était pas au courrant de cette nouvelle proposition et qu’il n’était pas question pour elle de partager le pouvoir occupé par Lavalas.

En même temps, on a appris que le Parti Démocrate Haïtien (PADEM), dirigé par l’ancien maire de Pétion-Ville, Claire Lydie Parent, a tourné le dos à la Convergence pour question de désaccord stratégique. C’est le troisième parti qui abandonne cette coalition, après le Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP) et Génération 2004.

Les propositions que le pouvoir et l’opposition ont communiqué à l’OEA montrent que les deux parties campent sur leurs positions. Elles ont des divergences de taille par exemple sur la manière dont il faut traiter les parlementaires actuellement en poste. La Convergence souhaiterait le départ de ces élus contestés dès la signature d’un accord. Avis contraire de Fanmi Lavalas, qui voudrait qu’ils restent en place jusqu’à l’entrée en fonction de nouveaux sénateurs et députés, qui sortiraient des prochaines élections.

2] ECONOMIE : SURCHAUFFE

Les "bonnes nouvelles" rapportées de Taiwan par le président Jean Bertrand Aristide n’ont pas calmé la tension au niveau de l’économie haïtienne. Rentrant le 21 juillet d’une visite d’une semaine à Taiwan, Aristide a annoncé la signature d’accords pour un montant de 55 millions de Dollars entre les deux pays.

40 millions concernent des projets de coopération déjà en cours pour la plupart et le montant restant, 15 millions, concerne des prêts. Aristide s’est gardé de dévoiler la teneur du protocole d’accord signé avec son homologue taiwanais. Il a référé les journalistes à ses ministres.

Aristide a retrouvé un pays où la monnaie nationale s’est fortement dépréciée ces derniers jours par rapport à la devise américaine, atteignant durant le week-end écoulé le seuil fatidique de trente Gourdes pour un dollar. Une dégringolade qui a des répercussions néfastes sur tous les secteurs d’activités. Augmentation du coût des produits de consommation et érosion du pouvoir d’achat.

Au même moment des milliers de pères et mères de famille ruinés tentent encore de s’accrocher à l’espoir de pouvoir récupérer les fortes sommes investies dans des coopératives en faillite. Alors que des manifestations de sociétaires se poursuivent, environ 10.000 d’entre eux ont déjà rempli un dossier au Conseil National des Coopératives (CNC), chargé d’analyser les demandes de remboursement.

L’Etat haïtien s’est engagé formellement le 19 juillet à aider le mouvement coopératif haïtien à surmonter ses difficultés financières et à rembourser les sociétaires aux abois. Les dépôts placés dans ces coopératives en faillite sont estimés à 200 millions de dollars américains.

3] JACKY CANTAVE...DANS LE MAQUIS

Les menaces se poursuivent contre le journaliste de Radio Caraïbes, Israel Jacky Cantave, enlevé puis libéré la semaine dernière. Dans des déclarations faites à Radio Kiskeya, Cantave a déclaré que des individus armés harcèlent systématiquement ses proches et ses amis depuis sa libération le 16 juillet. Les pressions sont si fortes, a-t-il expliqué, qu’il a du se mettre en lieu sur, accompagné de des proches parents.

La police et les autorités gouvernementales avaient laissé entendre que toutes les mesures seraient prises pour assurer la sécurité du journaliste et de Radio Caraibes, qui continue de recevoir, elle aussi, des menaces anonymes.

D’autre part, le rapport d’enquête de la police n’est toujours pas communiqué au Commissaire du Gouvernement pour les suites judiciaires nécessaires. La police indique n’avoir pas encore conclu son investigation. La police avait annoncé ce 17 juillet avoir appréhendé deux individus en relation avec l’enlèvement de Jacky Cantave. Un d’entre eux a été libéré pour insuffisance de preuves, a fait savoir l’institution policière.

Enlevés dans la soirée du 15 juillet dans le quartier de Delmas, au Sud-Est de la capitale, par 4 individus armés et cagoulés, Israel Jacky Cantave et son cousin Frantz Ambroise ont été abandonnés, ligotés et les yeux bandés, à Petite Place Cazeau, périphérie Est de Port-au-Prince. Cantave a indiqué que lui et son cousin ont été sévèrement battus par leurs ravisseurs. Il a rapporté que les ravisseurs ont déclaré avoir renoncé à les exécuter "pour ne pas causer plus de tort au gouvernement".

L’enlèvement de Jacky Cantave et Frantz Ambroise avait provoqué une forte mobilisation au sein de la société haïtienne.