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Haiti : Le vent a-t-il vraiment viré de bord ? [1ère partie]*

Prolégomènes à une étude sur les temps à venir de la politique du peuple en Haïti
mardi 12 décembre 2006

Débat

Par James Darbouze [1]

Soumis à AlterPresse le 10 novembre 2006

« - Oui, dit le Simidor, c’est comme ça et c’est une injustice. Les malheureux travaillent au soleil et les riches jouissent dans l’ombrage ; les uns plantent, les autres récoltent. En vérité, nous autres le peuple, nous sommes comme la chaudière ; c’est la chaudière qui cuit tout le manger, c’est elle qui connaît la douleur d’être sur le feu, mais quand le manger est prêt, on dit à la chaudière : tu ne peux pas venir à table, tu saliras la nappe. »
Jacques Roumain, Gouverneurs de la Rosée, Éditions Fardin, 2003.

« Tout jan kat la bat
m bourik ak kat las »

Paul Laraque, Do m laj

Depuis deux décennies, envers et contre tous, le combat du peuple haïtien pour son existence comme sujet politique et l’amélioration de ses conditions de vie (pour une vie digne) se fait à son corps défendant. Avec le corps défendant, la lutte devient totale et sans répit. Il n’y a plus de commune mesure. On touche ici le point de non retour où tout compromis est impossible ; où il s’agit impérativement d’avancer. Et le peuple conscient n’en démord pas. D’un certain point de vue, on peut considérer le peuple haïtien (la majorité pauvre) comme l’élément le plus cohérent, le plus consistant et le plus conséquent de la politique haïtienne de ces vingt dernières années. La forme la plus exacerbée qu’a pris cette lutte à travers [la Le leurre] les élections récentes est celle du combat pour l’investissement des lieux du pouvoir étatique, de l’intégration du dispositif policier – autrement dit, la lutte pour la représentation – participation – des pauvres au dispositif de commandement et à l’ordre de domination. Puisqu’il est entendu pour beaucoup – notamment les passionnés de l’inégalité et les héritiers de ce pathos – que le peuple [des pauvres] ne doit pas participer à la gestion de la chose pourtant dite publique [2], on peut donc, dans une large mesure, considérer cette volonté et ce désir de participation eux-mêmes comme un travestissement, un renversement de l’ordre lui-même. Si tant est que l’émancipation lutte toujours, en fin de compte, contre le pouvoir étatique, partage de la domination et investissement des lieux du pouvoir, étrange objet du désir populaire diront certains… mais tout de même. Dans cette lutte, des gens tombent, d’autres se tiennent debout. Parmi tous ceux qui tombent, tous ne se relèvent pas forcément, certains restent à jamais couchés tandis que d’autres se relèvent. C’est le cycle infernal. Tout le problème, c’est qu’avec le renversement on n’est pas moins dans les termes classiques de l’opposition. La musique peut sembler avoir changé mais les notes restent les mêmes, inchangées, les gammes restent intactes et c’est toujours le même refrain que l’on chante à rebours. Des virements et revirements, des rapprochements, des fusions et des interactions restent toujours possibles. Aussi, pour éviter tout « ressac », le cap doit être gardé. Par suite, serait-il sage de ne pas perdre de vue le nécessaire, si l’on ne veut pas s’égarer dans les illusions. Mais est-ce cette tournure que semblent prendre les évènements ?

On voudrait croire, on souhaiterait croire qu’à la fin du quinquennat de M. Préval, il y aura plus de bonheur, plus de paix sociale, plus de stabilité dans ce pays. On voudrait croire – comme le voudrait faire croire la rengaine – que les élections qui se sont déroulées cette année ont tout arrangé ; qu’à leur issue la fracture sociale [3] sera moindre et que tout un chacun pourra avoir droit sinon à ce qu’il y a de meilleur, sinon au bonheur - qui est sans conteste le but de toute vie humaine – tout au moins au minimum décent auquel ont droit tous et toutes en tant que personne humaine d’abord et en tant que citoyens-citoyennes ensuite. N’est-ce pas tout cela que l’on essaie de traduire par le slogan en vogue van vire / le vent tourne ? Que l’on ne s’illusionne pas, la déception sera grande !!!

D’ailleurs, M. Préval qui ne paie pas pour attendre a déjà annoncé les couleurs en déclarant qu’il ne s’inscrira nullement en rupture à ses prédécesseurs de la transition bicentenaire (qui n’en finit pas) sur un grand nombre de points. Le fameux principe de la continuité et on connaît tout le baratin… En clair, le vent ne tournera pas d’une coudée. Il envisage de privatiser et de renforcer la fracture sociale conformément aux diktats du FMI, de la Banque Mondiale, de la Bourgeoisie haïtienne et de ses alliés actuels au sein des différentes chambres de commerce. Et eux-elles déjà de jubiler !!! Ainsi la question qui se pose : comment M. Préval se situe-t-il par rapport au peuple (entendons par là le peuple pauvre des bidonvilles et de la paysannerie) et par rapport à ses revendications ? Le peuple est-il à l’intérieur ou à l’extérieur ? En partant des signes, de plus en plus clairs, envoyés par M. le Président, il s’évidente que la réponse à ces questions ne saurait être positive. Et les scènes de grande exaltation et de liesse populaire (ouvè le kò) auxquelles nous avons assisté dans les premiers temps – notamment à l’occasion de la proclamation de la victoire de M. Préval par le CEP – ne doivent pas nous obnubiler et oblitérer certains éléments-clés, essentiels, pour comprendre les conflits de l’avenir qui se dessine.
Et par ailleurs, même s’il est clair que la victoire de M. Préval représente un symbole [4], il s’agit de se questionner pour savoir par delà le symbole, qu’est-ce qui a changé ? Ou qu’est-ce qui va vraiment changer avec M. Préval ? Autrement dit, à quoi le peuple doit-il s’attendre de bon ? Que lui est-il permis d’espérer de l’élection de M. Préval ? Et quelles seront sous ce gouvernement ses marges réelles de manœuvre en vue de son émancipation et son indépendance réelle ? Il s’agit toujours et encore de rester lucide et vigilant… Tel est le projet de ce texte qui voudrait jeter une lumière sur l’actualité politique la plus immédiate en Haïti. Et ici, la politique réelle – celle du peuple qui lutte dans son opposition à l’atonie des tractations politiciennes pour la distribution des os – aura beaucoup à dire dans les tapages actuels sur la stabilité, la paix, la concorde et la réconciliation nationale, le développement durable et autres slogans du genre. Le réel politique haitien est aujourd’hui en impasse de toute reprise formalisante dans les termes classiques. On aura beau faire, les grilles du FMI n’y pourront rien. C’est des termes spécifiques de ce réel-là (antagonismes) que cet article voudrait rendre compte. Il s’agit donc de faire un essai avec la pensée en la confrontant au réel politique nouveau. D’essayer de développer dans le concert monotone une tonalité différente. Devons nous cesser de penser pour faciliter une gestion de l’urgence du quotidien ? Devons nous cesser de soulever des problèmes, de faire poindre les incohérences et les contradictions du système ? Autrement dit, devons-nous consentir à devenir complices ou collaborateurs [c’est selon] ou pire fonctionnaires en sourdine de l’actuel gouvernement par une mise en veilleuse de notre pensée ? D’aucuns le pensent et le souhaitent ! Pour notre part, il nous semble que face au réel complexe que nous vivons aujourd’hui, la pensée autant que l’action directe et planifiée est un devoir. S’en abstenir est une faute grave que nous risquons de payer tôt ou tard.

A.- Reflexions autour d’un slogan à tonalité variable

Van vire… littéralement le vent tourne. Ce slogan qui a fait les beaux jours de la campagne électorale de la plateforme politique LESPWA. Pendant un certain temps on l’a cru radical, si bien que certains-certaines avaient commencé à prendre froid. On a vite déchanté. La première chose à remarquer, c’est que jamais formule faisant pareille unanimité n’a eue tant de succès dans le pays. Du vent qui tourne, tout le monde en parle. La formule a ses beaux jours. Elle est aujourd’hui l’organisateur principal du consensus. Tout le monde s’accorde à dire Van vire [5]. Et beaucoup ont pris les dispositifs pour suivre le vent et tourner avec lui en gardant, bien entendu, le même cap, les mêmes positions, la même situation. Quel est le sens d’un tel slogan et que peut-il vouloir dire dans le dispositif de la machinerie politique haïtienne actuelle ? Que cache en réalité ce slogan ? Ou que veut-il cacher ? Se peut-il que, dans cette unanimité, le vent tourne réellement et radicalement ? Et à supposer qu’un pareil cas de figure puisse effectivement se produire – quoique nous en doutions –, autrement dit, que le vent puisse tourner réellement, qu’est-ce que ça peut changer dans le fond s’il s’agit du même vent ? Le même vent peut-il semer à la fois l’espoir et le désespoir ? Et si l’on considère que comme le dit le dicton « l’habitude est une seconde nature », comment faire pour que le vent qui d’habitude portait le désespoir ne soit tenté, même en tournant, de continuer à semer le désespoir ?

Et en définitive, ne faudrait-il pas tout simplement que le changement s’effectue au niveau du vent lui-même ? Ne vaudrait-il pas mieux à l’ancien vent substituer un vent nouveau ? Au vent d’en haut qui a toujours dominé, opposer dans sa radicalité le vent d’en bas qui déconstruit, qui détruit et par là même produit la passion toujours renouvelée de la création nouvelle, la passion de la liberté ? Ne vaudrait-il pas mieux, au vent d’en haut qui, nous dit-on, voudrait enfin tourner opposer le vent d’en bas qui a toujours résisté et qui, par la résistance, a toujours pris le parti de la liberté, de l’émancipation face au pouvoir du vent d’en haut oppresseur ? Autant d’interrogations !

Si l’on ne voulait s’en tenir qu’au slogan, il semblerait évident que le peuple des pauvres, le peuple des rien du tout du pays d’Haïti ne sera pas mieux barré ni mieux loti aujourd’hui qu’hier … Et à la sortie de ce mandat, il semblerait également qu’il ne sera pas mieux émancipé qu’avant. Ici et maintenant, je voudrais attirer l’attention sur un certain nombre de repères supplémentaires et beaucoup plus significatifs que le slogan qui - me semble-t-il – ne sauraient tromper. Car si tant est que l’on peut bluffer sur les grands principes, dans les grandes déclarations, il est rare que l’on ne se trahisse dans les petites choses. Voyons donc Lespwa dans les petites choses du début !!!

B.- Éléments essentiels pour comprendre la stratégie LESPWA

1.- Produit scissipare d’une fragmentation de lavalas, la plateforme LESPWA, malgré son caractère unitaire, est une nébuleuse, une constellation qui réunit des gens divers, à intérêts divergents dont le seul souci [6], le seul, l’unique, le vrai, est de trouver une formule qui marche afin de reprendre le pouvoir : « Eskamp-Korega, Konpa, Kozepèp, PLB » et qui, en vue de cet objectif, sont prêts à tous les compromis et compromissions. De la frange traditionnelle de la Bourgeoisie (Mevs, Behrmann, Bigio etc…) aux soldats des ghettos en passant par des anti-néolibéraux (anciens parlementaires lors du premier mandat de Préval), ses amis personnels dont les fameux Fred Joseph, Jacques Edouard Alexis, Robert Manuel, Paul Antoine Bien Aimé, Frantz Verella et autres laquais au service du néo-libéralisme dominant… des membres des cellules de base du Parti Fanmi Lavalas d’Aristide en désespoir de cause et des anciens dignitaires du régime déchu d’Aristide – notamment les opportunistes qui avaient rejoint au dernier moment le mouvement Lavalas. On n’insistera jamais assez sur le fait que le peuple des bidonvilles de l’Ouest en particulier, n’a choisi Lespwa qu’en désespoir de cause. Fortement acquis au projet politique de lavalas, il reste majoritairement attaché à M. Aristide et à son parti. Si les bases ont, en ultime instance, opté pour M. Préval et la plateforme Lespwa c’est par calcul stratégique notamment devant l’évidence de l’échec du candidat du parti [7] Lafanmi lavalas en l’occurrence M. Marc Louis Bazin. Par suite, M. Préval n’est que le bénéficiaire par défaut d’une légitimité populaire qui a voulu cristalliser son désir de sanctionner un système bicentenaire d’exclusion en un vote. En ce sens, le candidat de la Plateforme Lespwa a bénéficié d’un vote sanction. Et toutes les implications d’une telle démarche sont à mesurer.

A propos de Lespwa, il convient également de distinguer le centre de cette Plateforme – qui définit ses grandes orientations et fixe ses grandes lignes – de sa périphérie constituée de sympathisants populaires. Le centre – qui donne le ton, fait battre la mesure donc l’élément majeur de la plateforme – ce sont les bourgeois, petits ou grands, réels ou aspirants, de la condition de M. le Président et quelques bureaucrates paysans, ouvriers et des courtiers. Mis à part une petite histoire commune et une même appartenance à la petite bourgeoisie, le lieu commun majeur entre ces différents éléments - venus même des horizons réactionnaires - c’est leur volonté de reprendre le pouvoir. Il y en a qui ont la haine des pauvres... leur haine du peuple... et leur amour des discours et pratiques visant à l’augmentation de la misère la plus abjecte dans le pays. Parmi eux, certains voudraient la constitution d’un camp du peuple, d’un pouvoir du peuple sans le peuple. Que cette nébuleuse se soit constituée uniquement dans une perspective de réinvestissement de l’appareil d’État en l’absence de toute perspective programmatique populaire réelle est un élément que l’on ne doit jamais oublier. A quelle fin ? Nul ne sait ! Du moins, elle n’est pas encore tout-à-fait évidente. Peut-être afin de jouer le rôle de pompier, autrement dit d’empêcher la radicalisation politique et l’aboutissement du mouvement entamé dans le pays depuis maintenant presqu’un quart de siècle. En clair de ramener la stabilité… nous y voilà… le projet : on retourne au statu quo ante…

2.- Ce caractère nébuleux - qui est à appréhender fondamentalement en rapport à la composition sociale de la plateforme - c’est en partant de là qu’il faut comprendre le choix du président Préval et de son gouvernement (majoritairement issu de la plateforme) de faire le grand écart entre les intérêts prioritaires du peuple des pauvres – qui les a portés au pouvoir – et ceux de la bourgeoisie. C’est dans cette même perspective qu’il faut placer la volonté - chimérique évidemment – de réunir virtuellement (par le biais du discours azimuté de la réconciliation nationale) dans un même panier les antipodes. Zénith et nadir. Le peuple des pauvres et ses ennemis de toujours. Les misérables et ceux qui s’enrichissent depuis toujours sur le compte de la misère. Ceux qui souffrent et tous ceux-là qui tissent leur bonheur à même la misère et la souffrance du monde. Sur le compte aussi de cette composition sociale, on peut mettre en fin de compte la confusion patente de l’ancien et du nouveau – tant au niveau des discours qu’au niveau des pratiques politiques – qui brouille toutes les pistes et rend méconnaisable les uns et les autres. Alors que M. Préval était perçu – au début – en haut et en bas comme un élément de rupture… un perturbateur qui allait secouer l’ordre des gens et des choses, ce qui lui donnait une allure dangereuse aux yeux d’en haut et une allure d’attirant pour ceux d’en bas ; il semble… Alors qu’il soutient ne pas croire dans la réconciliation de classes mais pense possible une collaboration de classes. Collaboration pourquoi faire ? Dans quel intérêt ?

En dernier lieu, on peut mettre également sur le compte de cette composition sociale brumeuse, l’angélisme du discours consensuel de la paix, de la concorde nationale et de la réconciliation nationale qui semble le seul programme politique de cette palteforme. Ce discours qui vient attester comme toujours que quelqu’un se prépare à désarmer le peuple (au propre comme au figuré) et à le livrer pieds et poings liés à la bourgeoisie.

3.- Par ailleurs, même si le mandat de M. Préval n’a pas encore été véritablement entamé, déjà les signaux qu’il lance ne manquent pas d’équivoque. Comme on dit ici, se depi nan samdi pou ou konnen si dimanch ou ap bèl. Les débuts de M. Préval ne laissent augurer rien de bon. M. Préval marche armé car il est en train de préparer le grand assaut pendant lequel le peuple sera mortellement poignardé au dos. Depuis la proclamation de sa victoire, M. Préval ne cesse de multiplier les signes et signaux – les uns plus clairs que les autres – à destination des secteurs traditionnels de la société notamment en direction du secteur des affaires, du patronat et de la bourgeoisie. L’objectif est clair, M. Préval veut se faire bien voir et pour cela, il donne des garanties. Il multiplie rencontre [au Karibe Convention Center – remarquons que le peuple n’a pas été invité] et invitation à faire partie des délégations présidentielles qui doivent visiter les pays étrangers [et le fait qu’il se soit fait accompagner pour sa visite en République Dominicaine de René Monplaisir et de quelques délégués paysans ne change rien à l’affaire… ceci n’est pas une preuve du contraire] Tout cela au nom de quel agenda ? Nul ne le sait…

(A suivre)

2e partie à l’adresse suivante : http://www.alterpresse.org/spip.php?article5474

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* Depuis la fin des années 1990, « Oganizasyon van vire / Organisation le vent tourne » est le nom d’une plateforme d’organisations populaires de bases localisées (et évoluant) dans la région de Delmas 2/4 – Carrefour Aviation – Pont-rouge – Chancerelles. Reprise et popularisée par la méringue carnavalesque de de Black Alex et Wyclef Jean, cette expression [van vire / le vent tourne] a servi de leitmotiv pendant la période de campagne électorale à la plateforme politique LESPWA. Au départ ce texte n’était pas destiné à la publication. La réflexion dont il est le produit a été entamée depuis le mois de février. La décision de le rendre public a été prise suite aux déclarations du premier ministre Jacques E. Alexis (relayées par les ondes de radio métropole) lors d’une rencontre chez l’ambassadeur canadien en Haiti. (Quelles déclarations et date ?)

[1Militant, chercheur en philosophie, collaborateur à la revue Recherches Haitiano-Antillaises.

[2Pour un certain nombre de raisons qu’il n’est pas nécessaire d’énumérer. Ici, le peuple est fait pour être dirigé nous dit-on et non l’inverse. La « démocratie » ne peut être que formelle.

[3Autant que la fracture ontologique qui couve le problème de la dignité (la vie digne) et du bonheur.

[4Et l’on connaît le pouvoir et la force des symboles … l’on sait combien comptent les symboles pour l’être humain en général et pour les peuples en particulier… Une victoire peut emmener une autre… On ne saurait le contester. Par contre, on peut soutenir que même si le symbole peut être au fondement de bien des choses mais qu’en tant que tel c’est-à-dire pris pour lui seul, le symbole ne suffit pas.

[5Il faut mentionner au passage l’article de Gotson Pierre qui tente une analyse lucide – même s’il elle reste inachevée – des perspectives du gouvernement Préval / Alexis, dans HaitiWebdo, qui se présente comme un hebdomadaire « Hebdomadaire electronique d’actualité haitienne et de perspective democratique et populaire ». cf. Gotson Pierre, Haïti : Le vent va-t-il tourner ?, HaïtiWebdo, numéro 73, 5 mai 2006.

[6Uniquement puisqu’il apparaît de plus en plus clair que cette volonté d’investir les lieux du pouvoir d’État ne s’enracine nullement dans une volonté de rupture avec les pratiques (politiques, sociales, économiques) traditionnelles. Au programme, même pas du vent. Les parades de M. Préval - qui, d’ailleurs, avait pris le soin de rester silencieux tout le temps de la campagne électorale – sont loin d’être destinées au peuple des pauvres supposément atrium de son dispositif gouvernemental.

[7Même si les chiffres le plus souvent ne prouvent pas grand chose mais ils peuvent au moins servir d’indices. Le fait que lafanmi lavalas a obtenu aux sénatoriales deux des trois sièges disponibles dans le département de l’Ouest n’est pas un signe dénué de sens. Selon les estimations de 1999, sur les 7,8 millions d’habitants qui vivent dans le pays, 2,5 millions soit le 1/3 de la population globale du pays vit dans l’agglomération de Port-au-Prince.

 

 

Débat autour de cet article

Haiti : Le vent a-t-il vraiment viré de bord ? [1ère partie]*

Eh bien, pour un chercheur c’est plutot nébuleux comme article, on a du mal a comprendre la démonstration, si tant est qu’il y en ait une, et ce que veut l’auteur a part nous asséner des vérités toutes faites sur le pouvoir du peuple et l’ignominie des dirigeants vendu à la bourgeoisie. le peuple a forcement raison si je comprends bien et les autres sont tous des exploiteurs. facile, vieille théorie usée jusqu’à la corde qui ne sert même plus les intérêts des dictateurs populistes comme aristide qui ont prouvé à quel point eux aussi méprisaient le peuple. On aurait attendu un peu plus d’esprit critique de la part d’un chercheur.

[Posté par , le 12 décembre 2006]

Ayibobo pour James !
On peut ne pas être d’accord à la la réflexion de James, mais il importe de dire que, méthodiquement, sa pensée ne constitue pas une nébuleuse. Ce jeune philosophe, outre sa relative propension à ne pas recontextualiser ou re-penser les thèses marxistes, est très lucide.
j’estime que la réflexion de James est d’une grande justesse. D’ailleurs, j’ai récemment publié un article dans Haiti-Progrès qui dit presque la même chose que son papier.
Je suis un homme de gauche, mais je ne suis pas marxiste. Et, sans dire naïvement que le peuple est ontologiquement innocent ou qu’il a inconditionnellement raison, il est juste de dire qu’il a été sauvagement exploité par les élites haitiennes.
Rappeler ces 200 ans d’exploitation et d’humiliation n’est nullement une manière d’idéaliser les masses populaires.
Il n’y a peut-être pas les bons, d’une part, et les méchants, d’autre part ; mais il exite les exploités, d’un coté, et les exploiteurs, de l’autre coté.
Ce que les jeunes penseurs de gauche haitiens, comme James, veulent,ce n’est sans doute pas la fabrication mécanique d’une société égalitaire, mais c’est la production d’une société basée sur l’égalité des chances.
Le peuple doit avoir, au départ, la chance de réaliser de manière autonome et réflexive don destin. D’où la nécessité de l’éducation, de l’emploi, etc. pour tous.
Fritz DORVILIER, Sociologue haitien, Doctorant en Sciences sociales (UCL).

[Posté le 14 décembre 2006, par F. DORVILIER]