Perspectives

Haïti : Manger et boire « représentent un luxe » pour la plus grande partie de la population


lundi 16 octobre 2006

P-au-P, 16 Oct. 06 [AlterPresse] --- Le « manger et le boire » constituent un luxe pour une bonne partie de la population haïtienne croupissant dans la misère la plus abjecte, constate avec amertume la Plate-forme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (POHDH).

Une enquête menée par l’organisme, en prélude à la journée mondiale de l’alimentation du 16 octobre (et à la veille de la journée mondiale contre la misère du 17 octobre), révèle que les Haïtiens font face à un sérieux problème d’alimentation.

« On constate un déficit quantitatif et qualitatif dans l’alimentation de la plupart des individus. La majorité des produits de consommation tels le maïs, le riz, l’haricot, le sucre, les légumes, le fromage, les fruits, la viande de bœuf ou de chèvre, le poisson, le lait, ne sont pas accessibles aux petites bourses en raison de leur coût élevé sur le marché », souligne la POHDH dans ce document transmis à AlterPresse.

« Manger et boire qui sont des besoins primordiaux sont devenus aujourd’hui un luxe pour la plus grande partie de la population, seuls les gens issus des couches aisées peuvent manger à leur faim », lit-on dans ce rapport d’enquête.

Tout en estimant que la population haïtienne doit intégralement pouvoir jouir de tous ses droits, la POHDH suggère aux autorités compétentes de travailler à l’augmentation des recettes publiques et d’en faire un usage rationnel et efficient, d’éliminer les franchises douanières accordées à certains commerçants par le gouvernement de transition et de mettre de côté toute politique tendant à décourager les producteurs nationaux, en particulier les petits paysans.

La plate-forme somme également les autorités de contrôler le prix des produits sur le marché, en particulier ceux de première nécessité et les produits pétroliers en fixant la marge de profit des commerçants ; de mettre en place des Services Généraux d’Approvisionnement en vue de permettre aux gens défavorisés de s’approvisionner en produits alimentaires à un coût moins élevé.

« Le droit à l’alimentation constitue l’un des droits fondamentaux de la personne. La vie de tout être humain est liée à la jouissance de ce droit (…) La malnutrition touche toutes les tranches d’âge, mêmes les femmes enceintes, les enfants et les vieillards n’en sont pas exempts », indique la POHDH.

« Investir dans l’agriculture pour la sécurité alimentaire », c’est le thème retenu en 2006 pour la Journée mondiale de l’Alimentation. Selon l’agence des Nations Unies pour l’Alimentation (FAO), l’agriculture doit jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale si l’on veut que la faim ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

Pourtant, poursuit-elle, l’aide extérieure à l’agriculture et au développement rural diminue depuis des décennies ; elle est passée d’un total de plus de 9 milliards de dollars américains par an au début des années 80 à moins de 5 milliards de dollars américains à la fin des années 90.

Parallèlement, selon les estimations, 854 millions de personnes continuent de souffrir de sous-alimentation dans le monde.

Selon Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, il est impératif d’augmenter le volume des investissements publics dans le secteur de l’agriculture, mais également de faire en sorte que ces investissements soient plus efficaces.

« Le principal défi auquel nous sommes aujourd’hui confrontés est d’atteindre les objectifs fixés lors du Sommet mondial de l’alimentation et le premier Objectif du Millénaire pour le développement (OMD), à savoir réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim et de la pauvreté dans le monde avant 2015 », a déclaré Jacques Diouf à l’occasion de cette journée.

La FAO estime que le marché du travail, la sécurité des droits de propriété et la sécurité sanitaire des aliments relèvent des gouvernements et sont des facteurs incontournables dont tiennent compte les investisseurs potentiels, qu’ils soient nationaux ou internationaux. [do gp apr 16/10/2006 18 :00]