HaitiWebdo

HaitiWebdo - Numéro 17


lundi 24 juin 2002

1] Négociations : principe accepté, mais...

2] Les médecins et résidents toujours en grève

3] Coopératives : la colère continue de gronder

4] Les autorités haïtiennes satisfaites du blocage des fonds de Jean-Claude Duvalier en Suisse

5] Trafic de drogue : un ancien haut responsable de la police critique l’entourage d’Aristide

6] Fièvre du mondial, affaires et propagande

1] NEGOCIATIONS : PRINCIPE ACCEPTE, MAIS...

L’évolution du processus de négociations entre le pouvoir et l’opposition pour aboutir à une solution de l’impasse politique en Haïti est suivi du coin de l’œil, les esprits étant fixes sur la coupe du monde de foot-ball. La date du 7 juillet est quand même attendue. Le Secrétaire adjoint de l’Organisation des Etats Américains (OEA), Luigi Einaudi, doit conduire en Haïti une autre mission afin de faciliter la reprise des négociations.

Le principe est accepté par les deux parties. Les autorités promettent de prendre en considération les préoccupations de sécurité et justice soulevées par l’opposition, en vue d’un climat propice pour renouer le dialogue.

Mais, la branche sud de la Convergence Démocratique a menacé de se retirer de la coalition si le dialogue avec le pouvoir ne tient pas compte de la résolution 806 de l’OEA. Cette résolution prévoit une série de dispositions, notamment la conduite d’une enquête sur les violences du 17 décembre 2001 dans le pays. L’opposition avait subi des représailles de la part des partisans du pouvoir, suite à l’annonce d’une "tentative de coup d’Etat".

A propos des évènements du 17 décembre, l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), membre de la Convergence Démocratique, a assigné le gouvernement pour 42 millions de Gourdes de dommages et intérêts, tandis que le gouvernement a sommé l’OPL de verser 60 millions de Gourdes pour diffamation.

Enfin, les centrales syndicales revendiquent leur participation aux discussions. Patrick Numa de l’Organisation Générale Indépendante des Travailleurs (OGIT) a dénoncé le fait que les secteurs sociaux soient absents du processus de négociations.

2] LES MEDECINS ET RESIDENTS TOUJOURS EN GRàˆVE

Après plus de deux semaines d’arrêt de travail, la grève des médecins résidents et internes de l’Hôpital de l’Université d’état d’Haïti se poursuit. Une cellule a cependant été constituée pour intervenir en cas d’urgence. Les grévistes exigent le maintien de la Directrice de formation troisième cycle, Dr Evelyne Moise, et de meilleures conditions de travail.

Les médecins et résidents sont entrés en grève suite à la décision du Ministre de la Santé, Dr Henry Claude Voltaire, de remplacer Dr Moise à la Direction de la formation troisième cycle.

Les hôpitaux publics de la capitale sont sévèrement touchés par ce mouvement. Les conséquences sont importantes. On parle de plus d’une dizaine de morts. Le Ministre voltaire a qualifié la grève des médecins et résidents de "violence" exercée contre la population. Un avis de recrutement de nouveaux médecins a été publié.

Les conditions sanitaires dans les centres hospitaliers de la capitale demeurent extrêmement précaires. Les médecins déplorent l’absence d’accessoires élémentaires, ce qui les empêche de remplir convenablement leur rôle et qui les transforme plutôt en témoins impuissants de multiples cas de décès.

3] COOPERATIVES : LA COLàˆRE CONTINUE DE GRONDER

Les sociétaires de coopératives en faillite sont toujours en colère. Ils envisagent de bloquer en ce début de semaine le secteur sud de la capitale pour exiger une prise en main de la situation par le gouvernement.

Après les déclarations du Chef de l’état, il y a quelques semaines, pour inviter au calme et au dialogue, en vue de surmonter la crise des coopératives, c’est le silence complet sur le dossier.

Le 20 juin, le Sénat a voté avec des modifications une loi déposée devant le parlement par l’Executif pour réglementer le secteur. Cette loi a déjà été sanctionnée par la Chambre des députés qui devra se pencher à nouveau sur le document.

4] LES AUTORITES HAà TIENNES SATISFAITES DU BLOCAGE DES FONDS DE JEAN-CLAUDE DUVALIER EN SUISSE

Les autorités haïtiennes applaudissent à la récente décision de la Suisse de bloquer les comptes de l’ancien dictateur Jean Claude Duvalier (1971-1986) et de son entourage. "C’est un premier pas", a brièvement déclaré à la presse en fin de semaine dernière le ministre des Affaires Etrangères, Joseph Philippe Antonio. "Si on peut récupérer cet argent, ce sera extraordinaire pour nous", a-t-il dit.

Les démarches entreprises auprès de la Suisse par les autorités haïtiennes à la chute de Jean-Claude Duvalier n’ont apporté aucun résultat. Voulant empêcher que Duvalier et ses proches puissent avoir bientôt accès a ces fonds, le Conseil Fédéral Suisse a décidé le blocage des comptes.

En 1986, a la demande des autorités haïtiennes, la Suisse avait gelé 5,1 millions de Dollars transférés par l’ancien dictateur dans les Cantons de Zurich, Genève et de Vaud.

5] TRAFIC DE DROGUE : UN ANCIEN HAUT RESPONSABLE DE LA POLICE CRITIQUE L’ENTOURAGE D’ARISTIDE

Un ancien haut responsable de la police, Mario Andrésol, dénonce l’entourage du président Jean-Bertrand Aristide, qui est, selon lui fortement impliqué dans le trafic de la drogue. Ce que dément le Palais National.

Dans une interview au quotidien américain Wall Street Journal, l’ancien Commissaire divisionnaire a indique que les membres de la police impliqués dans le trafic de la drogue, travaillent pour le président.

Le gouvernement américain devrait prendre ces déclarations au sérieux, opine le Wall Street Journal, en raison du fait qu’Andrésol a été un haut responsable de la police.

Un des porte-parole du président a rejeté les accusations de l’ancien directeur de la police judiciaire. Jacques Maurice a fait savoir au contraire que le président Aristide combat le trafic de la drogue. Il a en ce sens cité une disposition prise récemment par le Chef de l’Etat pour mettre sur pied une commission nationale de lutte contre le trafic de la drogue.

7] FIàˆVRE DU MONDIAL, AFFAIRES ET PROPAGANDE

C’est l’euphorie en Haïti, particulièrement dans les quartiers populaires, après la qualification du Brésil en demi-finale. Comme toujours, malgré l’absence de l’équipe haïtienne à la coupe du monde de foot-ball, les Haitiens suivent avec beaucoup de passion les diverses phases du tournoi.

Des voitures et résidences sont décorées aux couleurs du Brésil, jaune et vert. Les commerçants n’ont pas tardé à y trouver un filon d’affaires. Les supers marchés et étalages informels offrent de multiples objets décoratifs symbolisant le Brésil.

Même le président Aristide n’a pas caché sa préférence pour l’équipe brésilienne. Il est vrai aussi que la présidence profite de cette ambiance pour marteler ses messages de propagande. Des propos d’Aristide sous forme de petites phrases sont repris en boucle lors des retransmissions télévisées. Et, "courtoisie" du président, des écrans géants sont placés sur des places publiques vers lesquelles convergent les masses haïtiennes.

Les médias en général offrent une programmation spéciale et Port-au-Prince reste éveillée jusqu’au petites heures de la matinée, quitte à somnoler au cours de la journée.