Développement durable

Haiti : Conséquences de la violence chez les jeunes à Port-au-Prince


mercredi 6 septembre 2006

P-au-P, 6 sept. 06 [AlterPresse]--- Plusieurs dizaines de personnes ont visité, du samedi 2 au mardi 5 septembre 2006 au Musée d’Art haïtien du Collège épiscopal Saint-Pierre à Port-au-Prince, une exposition de photos sur les conséquences de la violence, réalisées par 23 jeunes gens, dont 6 filles, a constaté l’agence en ligne AlterPresse.

Ces reportages photos constituent des travaux pratiques à un atelier de formation en photographie et en vidéographie de 20 jours, mis en œuvre par l’association pour la promotion de la santé intégrale de la famille (APROSIFA) qui intervient depuis plusieurs années dans le quartier de Carrefour Feuilles, au sud-est de Port-au-Prince. Un petit documentaire vidéo, œuvre également de ces 23 jeunes, a été également projeté pour le public à l’occasion de l’exposition.

« Nous avons pris cette initiative dans le but de porter ces jeunes à fraterniser entre eux. Les résultats obtenus dans cet atelier, d’une durée quotidienne de 7 heures par jour, révèlent les potentialités immenses de notre jeunesse », se félicite Rose Anne Auguste, une des dirigeantes de l’APROSIFA, dans des déclarations faites à AlterPresse.

La responsable de l’APROSIFA loue le comportement affiché, pendant les 20 jours de l’atelier, par les 23 jeunes, provenant toutes et tous de zones difficiles de Carrefour Feuilles. Dans la perspective de l’atelier, l’association a opéré une sélection parmi plusieurs postulantes et postulants.

« Aucun matériel n’a été ni détruit ni endommagé par les jeunes ayant pris part à la formation. Certains ont parfois laissé tôt leurs maisons sans manger, pour venir à l’atelier. Ce qui indique clairement que la faim ou la misère ne saurait être un facteur encourageant les jeunes à devenir délinquants en utilisant les armes à feu », tient à souligner Rose Anne Auguste.

L’atelier de formation avait aussi pour objectif de stimuler la prévention de problèmes de santé chez ces jeunes, affectés par la douleur et la violence dans les quartiers de la capitale où ils vivent.

Le patrimoine architectural en péril, les ruines du marché public Tête Bœuf (au nord de Port-au-Prince, détruit dans un incendie criminel en 2005), les conditions d’existence des marchandes (petites commerçantes) au bas de la capitale et l’environnement insalubre où sont placés les étalages de marchandises, le contraste avec le local abritant le ministère haïtien du commerce et de l’industrie, les petits artisans qui font merveille au Champ de Mars (principale place publique de la capitale), le mode d’existence des cireurs de chaussures, de portefaix et de jeunes « casuels » (ceux qui vivent parfois d’expédients ou essuient les voitures pour avoir un gagne-pain quotidien), les effets de l’opération Bagdad (la violence de gangs armés initiée en septembre 2004) sur les familles, les entreprises et les écoles, les risques pris par les mécaniciens soudeurs travaillant sans protection à la rue du Champ de Mars (quartier général de pièces automobiles et de tout type de réparations de véhicules à Port-au-Prince), des enfants jouant aux billes, l’importance de l’eau dans la vie quotidienne, le gaspillage d’une source d’eau à Miwon (Bizoton 51, banlieue sud de la capitale) : les sujets choisis par les 23 jeunes sont révélateurs.

« Je ne connaissais rien en photographie. En choisissant un thème sur l’enfance, j’ai voulu attirer l’attention sur les réalités vécues par cette tranche d’âge : la façon dont elles et ils sont traités par la société, celles et ceux qui s’efforcent d’étudier à la lueur de bougies ou de lampes de fortune, celles et ceux qui sont méprisés, les enfants des rues…, de manière à ce que les réalités montrées provoquent le changement », confie à AlterPresse Guerline Charles, 20 ans, l’une des participantes à l’atelier de formation conduit par l’APROSIFA, avec le support de Oxfam Angleterre et de Action Aid.

La jeune Guerline ne cache pas avoir éprouvé des difficultés dans la prise de photos dans des quartiers sensibles. Mais, toutes et tous ont été encouragés à user de la détermination.

« L’atelier s’est déroulé presque comme un camp d’été. Chacune et chacun ont beaucoup appris, notamment sur le comportement en groupe. A partir de ces photos, je compte produire un document de référence à soumettre aux organismes oeuvrant dans le domaine de l’enfance », espère Guerline Charles.

L’association pour la santé intégrale de la famille souhaite que l’exposition de photos sur les conséquences de la violence contribue à stimuler un itinéraire en faveur de la vie sans violence en Haïti.

« Vyolans pote soufrans se vre. Men, fè foto konsekans vyolans sou tout fòm ka ride nou pran wout lavi san vyolans†.

Parallèlement, il convient de promouvoir l’émancipation des jeunes filles “un peu trop timides†, conseille l’APROSIFA qui dispose d’un atelier de sculpture comportant 3 jeunes filles et 5 jeunes hommes comme participants.

L’atelier de formation en photographie et vidéographie a été animé par la ressortissante haïtienne Claudette Coulanges (cousine du musicien Amos Coulanges), accompagnée de son mari Rolf Coulanges (un professeur de cinéma), les deux venus spécialement de l’Allemagne pour assurer les sessions. [rc apr 06/09/2006 10:30]