HaitiWebdo

HaitiWebdo - Numéro 16


lundi 17 juin 2002

1] Négociations politiques : aborder les véritables problèmes

2] Violence et désarmement : les mesures concrètes se font attendre

3] Une statue de Toussaint Louverture en cadeau à la France

1] NEGOCIATIONS POLITIQUES : ABORDER LES VERITABLES PROBLàˆMES

Le face-à -face entre le président Jean-Bertrand Aristide et les responsables de l’opposition a finalement eu lieu. C’était le 15 juin, à la résidence du nonce apostolique à Port-au-Prince, Luigi Bonazzi. Grâce à la médiation de la Conférence Episcopale d’Haïti, deux délégations du parti au pouvoir, Fanmi Lavalas, et de la Convergence Démocratique se sont assises autour d’une table.

Les deux parties se sont penchées sur les conditions de reprise des négociations politiques pour une sortie de crise. Les membres de la Convergence, dont Gérard Pierre-Charles, Micha Gaillard, Luc Mésadieu et Hubert Deronceray, ont fait valoir à Aristide les revendications de leur plate-forme politique, concernant les questions de sécurité, désarmement et justice, qui doivent être prises en compte avant le démarrage des discussions.

Les responsables de l’opposition déclarent avoir obtenu de la part du Chef de l’Etat l’assurance que leurs revendications ont été entendues. La délégation de Fanmi Lavalas, qui comptait entre autres, le Premier Ministre Yvon Neptune et le Représentant National du parti, Jonas Petit, a fait savoir que des mesures étaient déjà en cours pour répondre aux desiderata de la Convergence.

La plate-forme Initiative de la Société Civile (ISC), qui a déjà tenté de jouer le rôle de médiateur dans la crise, a applaudi a la rencontre du 15 juin. Elle a souhaité que d’autres secteurs soient intégrés au processus.

La rencontre s’est déroulée en présence de la délégation conjointe de l’Organisation des Etats Américains (OEA) et la Communauté Economique de la Caraïbe (CARICOM). Le Secrétaire Adjoint de l’OEA était en Haïti depuis une semaine, accompagné du ministre des Affaires Etrangères de Ste-Lucie, Julian Hunt. Ils ont laissé le pays ce 17 juin, pour une prochaine mission le 7 juillet, en vue de la relance des négociations.

Réagissant au dernier développement de la situation politique, le Père Jan Hanssens, Directeur du Secrétariat National de Justice et Paix assimilé à "un échec", le fait que les Haïtiens n’arrivent pas à résoudre leurs problèmes entre eux. Il n’a pas voulu cependant considéré comme négative la présence de représentants de la communauté internationale sur le terrain.

A première vue, la crise apparaît comme un conflit d’origine électorale, mais le problème est beaucoup plus profond, estime le Père Hanssens. Selon le Directeur de Justice et Paix, le fossé entre riches et pauvres, l’exclusion, l’injustice, la dépendance du pays vis-a-vis de l’étranger sont au nombre des véritables problèmes à régler et qui conditionnent les élections.

Voilà pourquoi, estime le prêtre, ces questions fondamentales doivent aussi être mises sur la table des négociations, pour pouvoir envisager des solutions réelles à la situation de crise qui secoue la société haïtienne.

2] VIOLENCE ET DESARMEMENT : DES MESURES CONCRàˆTES SE FONT ATTENDRE

Une nouvelle épisode a marqué, la semaine écoulée, le processus de violence qui, sporadiquement, secoue les bidonvilles de Port-au-Prince. Le quartier de Drouillard, près de Cité Soleil, au nord de la Capitale a été touché. Comme dans les autres cas, la population se retrouve prise en sandwich entre des bandes rivales qui règlent leurs comptes.

Les victimes et parents de victimes ont lancé un cri d’alarme le 13 juin. Assassinats, viols et vols : tel est leur lot quotidien. Aucun bilan n’a pu être établi. Cependant, la presse a constaté un véritable exode de la population vers d’autres quartiers, pour fuir la zone de turbulence.

La même situation a, une nouvelle fois, été enregistrée à Cite Soleil ou les nuits sont ponctuées de tirs a l’arme automatique.

La population continue d’en appeler à la police, mais les méthodes ou démarches de l’institution policière tardent a apporter des fruits. Le processus de désarmement, annoncé il y a quelques temps, a jusqu’à présent été un échec.

Le délai du 15 juin accordé a ceux qui possèdent des armes illégales pour les remettre au commissariat le plus proche, contre une valeur égale au double de leur prix, n’a pas été observé. D’autres mesures seront prises en vue de récupérer les armes illégales en circulation a travers le pays, a tenté d’assurer le Premier Ministre Yvon Neptune.

3] UNE STATUE DE TOUSSAINT LOUVERTURE EN CADEAU à€ LA FRANCE

Le gouvernement haïtien a fait don à l’Etat francais d’une statue de Toussaint Louverture qui se trouvait au Palais National. La statue de bronze a laissé le pays le 12 juin à destination du Fort de Joux, Est de la France, où est décédé en 1803, le général de l’armée indigène.

C’est la-bas que Toussaint a été incarcéré durant 10 mois, suite à son arrestation à St-Domingue, nom donné à Haïti durant la période coloniale.

Le gouvernement haïtien a fait savoir que son geste est un hommage à Toussaint Louverture, dans le cadre d’un programme de réhabilitation du Fort de Joux en tant que monument historique.

Le professeur et historien Michel Hector, qui préside le Comité du Bi-Centenaire de la mort de Toussaint Louverture, a désapprouvé le geste du président Aristide, qui, a l’insu de la population, a décidé de donner en cadeau à un autre Etat une pièce du patrimoine culturel haïtien.

Il ne s’agit pas simplement de rendre hommage à la mémoire de Toussaint, mais il faut expliquer à la jeune génération la politique de Toussaint Louverture et s’interroger sur ce que nous avons fait de cette terre qu’il nous a léguée, a déclaré le professeur Hector.