HaitiWebdo

HaitiWebdo, Numero 45


jeudi 1er mai 2003

Les autorités haïtiennes reçoivent, ce premier mai à Port-au-Prince, 3 navires de guerre de Taiwan avec 800 militaires et étudiants à bord, pour une visite de 72 heures. Cette visite provoque la trouille dans certains secteurs, en raison de l’épidémie de pneumonie atypique qui touche plusieurs parties du monde, entre autres Taiwan. Attention à la stigmatisation, mettent en même temps en garde certaines voix.

1] PSYCHOSE DE PEUR à€ PORT-AU-PRINCE à€ L’OCCASION DE LA VISITE DE 800 TAIWANAIS

Le gouvernement haïtien reçoit, ce premier mai à Port-au-Prince, 3 navires de guerre de Taiwan avec 800 militaires et étudiants à bord, pour une visite de 72 heures. Cette visite fait partie d’une tournée dans quelques pays de la Caraïbe, dont la République
Dominicaine, ont affirmé des autorités.

L’arrivée des Taiwanais est prévue tôt, avant neuf heures du matin, selon le programme officiel des cérémonies. Une réception sera offerte par le Président Jean Bertrand Aristide et une autre par le Premier Ministre Yvon Neptune.

Des activités officielles et des spectacles sont annoncées, notamment : ouverture des bateaux au public, visites de musée et galerie d’art, spectacle musical et démonstration
public de karaté.

Mais cette visite provoque la trouille dans certains secteurs, en raison de l’épidémie de pneumonie atypique qui touche plusieurs parties du monde, entre autres Taiwan.
Des Haïtiens craignent que les visiteurs soient porteurs du virus de la maladie.

Durant les derniers jours, des autorités du gouvernement et l’ambassade de Taiwan ont tenté de rassurer à la population. "L’équipage ne présente pas de risque pour Haïti",
A déclaré ce 30 avril, dans une entrevue radiophonique, Haendel Carré, membre du cabinet particulier du Chef de l’Etat.

Le 29, le ministre de la santé, Henry Claude Voltaire, avait tenu les mêmes propos, en spécifiant que les militaires de Taiwan ont laissé ce pays avant que le premier cas de pneumonie atypique ait été connu.

Les militaires de Taiwan sont "sains", sans problème, avait assuré la semaine dernière l’ambassadeur de ce pays à Port-au-Prince, Hsieh Hsin Ping. La santé des membres de l’équipage est une question de "sécurité nationale", avait-il expliqué.

Mais des secteurs politiques et sociaux n’ont pas cessé de demander au gouvernement de différer la visite prévue. Des dirigeants de la Convergence Démocratique (opposition), tels que : Evans Paul et Victor Benoît, ont demandé à la population "de rester chez elle ", si le gouvernement n’annonce pas une disposition contraire.

Josué Merilien, Coordinateur de l’Union des Normaliens Haitiens (UNOH), a demandé ce 30 avril aux parents de "garder leurs enfants a la maison" et de bouder l’invitation du gouvernement. Des élèves, de leur coté, estiment qu’aller à la rencontre des visiteurs les expose à "un danger de mort".

Pour Haendel Carré, ces positions ne se justifient pas. Pourquoi ces mêmes attitudes ne se manifestent pas à l’endroit du Canada ou des Etats-Unis, où il y a également des cas de pneumonie atypique, s’est-il interrogé. "Il n’y a aucune raison d’annuler la visite", a dit Carré, en insistant sur "les bonnes relations" de Taiwan avec Haïti.

Le 25 avril dernier, l’ambassadeur de Taiwan avait offert au gouvernement un chèque de 3 millions de Dollars, comme une partie d’une "contribution", a t-il dit, pour un projet d’alphabétisation du gouvernement.

Le même jour, le ministre Voltaire avait annoncé dans la presse une série de mesures pour contrôler les ports et les aéroports afin de protéger la population. Mais les secteurs médicaux ont relevé la faiblesse des mesures adoptées, en attendant des "dispositions plus sérieuses", comme l’a affirmé, ce 30 avril, Gretta Roy, présidente de l’Association Médicale Haïtienne (AMH).

Attention à la stigmatisation, mettent en garde certaines voix. Un animateur d’un programme de ligne ouverte a la radio a rappelé le sort qui était fait aux Haitiens lorsque, vers le milieu des années 80, ils étaient catalogués comme porteurs de SIDA…

2] L’OEA RENVOIE LES SECTEURS POLITIQUES HAITIENS DOS-A-DOS

Le Conseil Permanent de l’Organisation des Etats Américains (OEA) renvoie apparemment dos-à -dos les protagonistes de la crise politique en Haïti.

Lors d’une réunion spéciale ce 30 avril à Washington sur le cas haïtien, le Conseil a estimé que "les réponses insatisfaisantes" de la part du gouvernement, sur certains points des résolutions 806 et 822 sont "les principaux obstacles" à la confiance et à la reprise du processus démocratique.

Parmi les points à satisfaire par le gouvernement, figurent le renouvellement et la professionnalisation de la police en consultation avec la mission permanente de l’OEA, l’arrestation du fugitif Amiot Metayer et des mesures de désarmement.

Le Conseil s’inquiète de ce que "la société civile et la Convergence Démocratique n’ont pas donné l’assurance qu’elles prendrait part au Conseil Electoral Provisoire". Le Conseil a prévenu que "la Communauté Internationale n’appuiera aucun renversement du Président Aristide par la confrontation dans les rues. "Le droit de gouverner doit être gagné à travers des compétitions électorales démocratiques".

3] PREMIER MAI : FàŠTE DU TRAVAIL ET DE L’AGRICULTURE

"Le taux de chômage en Haïti atteint le niveau de 55%. Les cadres moyens et la main-d’œuvre active sont réputés de faible qualification. Les emplois déguisés et les emplois précaires représentent une bonne partie des 45% de travail estimés en l’absence de données statistiques sures. Le secteur agricole fait de petites exploitations familiales marchandes travaillant pour leur propre compte dans des activités agricoles, d’élevage ou commerciales, le secteur informel urbain s’adonnant au petit commerce de friperie, de produits alimentaires, de vêtements neufs et chaussures, les employés domestiques (femmes de ménage, gardes d’enfants et de vieillards, cuisinières etc) représentent au total plus de 95% des 2,700,000 emplois existants. Les emplois structurés représentent une très faible part du total".

(Source : "Emplois et revenus en Haiti en 1999 : un diagnostic", document du Programme des Nations Unies pour le Développement - PNUD)