HaitiWebdo

HaitiWebdo - Numéro 12


lundi 13 mai 2002

1] Un Conseil Consultatif sur les réparations pour les victimes des incidents du 17 décembre 2001

2] 12 clandestins haïtiens périssent dans une nouvelle tragédie au large des Bahamas

3] Cayes-Jacmel : des secteurs lavalas face à face

4] Pas de renversement de la logique de la violence dans les quartiers populaires

5] Haïti au sommet de l’ONU sur les enfants

6] Un budget... enfin !

7] Mot d’ordre de méditation et prière "pour sauver Haïti" : quel bilan ?

1] UN CONSEIL CONSULTATIF SUR LES REPARATIONS POUR LES VICTIMES DES INCIDENTS DU 17 DECEMBRE 2001

Le Secrétaire Général adjoint de l’Organisation des Etats Américains (OEA), Luigi Einaudi est de nouveau à Port-au-Prince, où il est arrivé le 12 mai, en vue de lancer un Conseil Consultatif sur les réparations pour les victimes des incidents du 17 décembre 2001 en Haïti, lorsque le palais présidentiel a été attaqué et des représailles enregistrées contre l’opposition.

A l’issue d’un entretien avec Luigi Einaudi et Julian Hunt de la Communauté Economique de la Caraibe (CARICOM), le Président Aristide a exprimé son soutient à la mise sur pied de ce Conseil Consultaif, mais a soutenu qu’il revient à l’Etat haïtien de dédommager les victimes.

Aristide a aussi renouvelé ses bonnes intentions vis-a-vis de la Convergence Démocratique, qui elle aussi s’est entretenue avec la délégation. Selon Micha Gaillard, porte-parole de la Convergence, l’opposition a insisté sur les efforts à consentir par le pouvoir en vue des conditions nécessaires sur le plan de la justice et de la sécurité, pour la reprise des négociations.

2] 12 CLANDESTINS HAà TIENS PERISSENT DANS UNE NOUVELLE TRAGEDIE AU LARGE DES BAHAMAS

Port-au-Prince attend avec émotion le rapatriement ce 14 mai des corps d’une douzaine d’Haitiens qui ont péri le 10 mai dans le naufrage d’un voilier au large des Bahamas. Une dizaine d’autres personnes sont portées disparues et 70 autres ont été secourues par les garde-côtes américains.

Le Chef de l’Etat, Jean Bertrand Aristide, et le Premier Ministre Yvon Neptune ont présenté leurs sympathies aux familles des victimes et expliqué la répétition de ces tragédies par la situation catastrophique créée en Haïti par "l’embargo économique" imposé au pays depuis environ 3 ans.

Une aide d’environ 500 millions de Dollars destinée a Haïti est retenue par la communauté internationale depuis les élections contestées de l’année 2000. Mais les liens commerciaux sont maintenus avec le pays.

Récemment, le Secrétaire d’Etat américain Collin Powell avait exprimé de vives critiques vis-a-vis du régime lavalas en soulignant que la situation socio-politique et économique n’avait pas changé huit ans après le rétablissement du régime lavalas. Neptune avait réagi en déclarant que M. Powell pouvait avoir sa lecture sur la situation en Haïti, mais que le peuple haitien était le seul juge.

3] CAYES-JACMEL : DES SECTEURS LAVALAS FACE à€ FACE

De graves incidents se sont produits à Cayes-Jacmel, dans le Sud-Est du pays, le 7 mai écoulé. Le sénateur Prince Sonson Pierre a failli être blessé par balles, lors d’une tentative de réouvrir la mairie mise sous scellée. C’est un garde du corps du sénateur, Robert Blémur, qui a été grièvement touché à l’œil gauche, et est par la suite décédé, après plusieurs jours dans un état comateux.

De plus, la résidence des parents du sénateur Sonson Pierre à Cayes-Jacmel a été incendiée dans la nuit du 12 mai.

On a beaucoup de difficultés à voir clair en ce qui concerne les circonstances de ces incidents, car les versions recueillies jusqu’à présent sont contradictoires et alimentent la zizanie au sein du parti Fanmi Lavalas.

Prince Sonson Pierre a indiqué avoir été attaqué par un groupe d’individus, commandité par des secteurs de son parti agissant dans l’ombre depuis Port-au-Prince. Deux ex-militaires devenus sénateurs, Fourel Célestin et Dany Toussaint, ont été nommément accusés.

Fourel Célestin qui est le président de l’Assemblée Nationale a pour sa part désapprouvé le comportement de Sonson Pierre qui tenait à réouvrir à une heure indue le local d’une mairie fermée par la justice. Il a qualifié l’attitude de son collègue de mauvais exemple.

Le directeur départemental de la police du Sud-Est, Jean Neslie Elie, n’a pas exclu que la victime, Robert Blémur, ait été touché par un projectile parti de l’arme de l’un de ses collègues qui, selon le responsable de la police, tiraient dans toutes les directions.

Dans un communiqué, le Premier Ministre Yvon Neptune a condamné la violence d’où qu’elle vienne et sous toutes ses formes. Il a fait savoir que les conflits doivent être réglés à la lumière de la loi.

Prince Sonson Pierre a reçu l’appui de ses collègues Lans Clonès et Gerard Gilles qui ont demandé l’ouverture d’une enquête.

Les récents incidents surviennent à une période ou le Président Aristide a évoqué, à plusieurs reprises, la perspective d’élections législatives a la fin de l’année en cours ou au début de l’année prochaine.

4] PAS DE RENVERSEMENT DE LA LOGIQUE DE LA VIOLENCE DANS LES QUARTIERS POPULAIRES

Les groupes armés de La Saline ne chôment pas. Des échauffourées ont encore fait 2 morts par balles dans le quartier ce 13 mai. La semaine dernière 2 personnes avaient également été tuées et plusieurs autres blessées.

Les parents éplorés ainsi que leurs proches ont condamné le fait que tous ces actes soient restes impunis, voyant en cela un éventuel soutien de la présidence aux agresseurs, maintes fois dénoncés. Certains des proches des victimes ont même crié "A bas Aristide".

Même scénario également dans les quartiers populaires de Gonaives, au centre du pays, ou plusieurs maisonnettes ont été incendiées ce 13 mai.

5] HAà TI AU SOMMET DE L’ONU SUR LES ENFANTS

Le Président Jean Bertrand Aristide a pris part au sommet des chefs d’état sur le droit des enfants du 8 au 10 mai aux Nations-Unies à New-York. Nous devons promouvoir une politique d’ouverture et un nouveau partenariat mondial en faveur des enfants afin d’éradiquer la pauvreté et ses effets sur les enfants, a lance Aristide a la tribune de l’ONU.

Aristide s’est félicité d’avoir promulgué la loi interdisant les châtiments corporels en attendant l’éradication de la domesticité à travers le pays. Avant de laisser le Chef de l’Etat avait appeler les adultes à ne plus infliger de châtiments corporels aux enfants et demandé à ces derniers d’honorer leurs parents.

Sept filles et garçons, qui avaient représenté Haïti au Forum des Enfants aux Nations Unies du 5 au 7 mai 2002, sont revenus au pays le 11 mai. Ces jeunes ont affirmé avoir fait une bonne prestation à New-York où ils ont, entre autres, dénoncé la pauvreté "avec ses conséquences sur le niveau de scolarisation des enfants". Ils ont plaidé en faveur d’un engagement réel et non de simples promesses en faveur des enfants.

6] UN BUDGET... ENFIN !

Après plusieurs années de suite de fonctionnement du gouvernement haïtien sans budget, le vide est finalement en train d’être comblé. Le budget de la République, d’un montant de 13 milliards de gourdes, a été voté la semaine écoulée à la Chambre des députés. Avant son entrée en application il devra être examiné par le sénat.

D’autre part, le parlement réuni en Assemblée Nationale a ratifié ce 13 mai le traité de Chaguaramas, qui consacre l’entrée définitive d’Haïti à la Communauté Economique de la Caraibe (CARICOM). Cette ratification intervient 5 ans après la signature du document fondateur de la CARICOM par le gouvernement haïtien.

7] MOT D’ORDRE DE MEDITATION ET PRIàˆRE "POUR SAUVER HAà TI" : QUEL BILAN ?

Le mot d’ordre de méditation et prière "pour sauver Haïti", lancé par les églises catholiques et protestantes les 11 et 12 mai dernier a été suivi par quelques milliers de personnes à travers le pays, selon ce qu’ont constate des journalistes. Aucun bilan n’a été dressé par les organisateurs.

L’appel avait reçu un écho favorable de la part de plusieurs secteurs, dont les associations d’industriels et de commerçants, l’Initiative de la Société Civile (ISC) certains secteurs des droits humains et ceux de l’opposition. Le parti au pouvoir, Fanmi Lavalas, avait également appuyé le mot d’ordre mais avait en même temps appellé à la vigilance. Au parlement, certains députés avaient cependant totalement désapprouvé l’initiative.

Auparavant, les activités judiciaires ont été profondément perturbées par un arrêt de travail des avocats et huissiers, afin de protester contre les entraves a l’administration régulière de la justice.