HaitiWebdo

HaitiWebdo - Numéro 11


lundi 6 mai 2002

1] Poursuite des actes de violence a La Saline

2] Les journalistes haïtiens disent non à l’impunité

3] Les avocats haïtiens s’élèvent contre les entraves a l’exercice de leur profession

4] Premier mai : célébration et revendications

5] Sept adolescents haïtiens au forum des enfants aux Nations-Unies

1] POURSUITE DES ACTES DE VIOLENCE A LA SALINE

La violence demeure une plaie béante dans le quartier de La Saline, au nord-ouest de la Capitale ou 2 personnes ont été tuées par balles le 4 mai lors de l’intervention d’une bande armée. La situation s’est encore dégénérée le 6 mai, causant plusieurs blessés, alors que des jeunes du quartier avaient annoncé une manifestation pour la paix.

Une équipe de reportage de la télévision par câble Télé-Haïti a été prise à partie. Le cameraman et le journaliste ont essuyé des jets de pierres puis poursuivis par les belligérants.

Les mêmes accusations reviennent sur les lèvres des habitants du quartier qui pointent du doigt les frères Camille, surnommés Cadavre, proches du pouvoir. L’un d’entre eux, Ronald, est gardé en prison depuis mars dernier pour meurtre.

L’enjeu demeurerait le contrôle du marché de la zone qui génère d’importants flux monétaires.

Une opération de désarmement annoncée par la police depuis quelques semaines n’a jamais eu lieu.

2] LES JOURNALISTES HAà TIENS DISENT NON A L’IMPUNITE

Ils étaient plusieurs dizaines à descendre dans les rues de Port-au-Prince le 3 mai écoulé, à l’occasion de la 12ème journée internationale de la liberté de la presse et répondant à l’appel de l’Association des Journalistes Haitiens (AJH). Les journalistes ont, une fois de plus, réclamé justice en faveur des confrères Jean Dominique et Brignol Lindor, assassinés respectivement en avril 2000 et en décembre 2001.

Le défilé a observé plusieurs arrêts devant des bâtiments publics, notamment le Palais de Justice et le Parlement. Devant le Parlement, les journalistes ont réclamé la réouverture du dossier du Sénateur Dany Toussaint, principal inculpé dans le cadre de l’enquête autour de l’assassinat de Jean Dominique.

Une commission du sénat avait étudié la demande de levée de l’immunité de Dany Toussaint et l’avait rejetée. Depuis lors, au niveau du senat de dossier est au point mort.

Les journalistes ont également appelé le juge Claudy Gassant, qui a instruit l’affaire jusqu’en janvier dernier, à prendre une décision définitive quant à la reprise du dossier. Le mandat du juge a été renouvelé le 2 avril, à la veille de la deuxième anniversaire du meurtre, sous la pression d’une mobilisation nationale et internationale.

Le juge, dont le mandat avait pris fin en janvier, s’était réfugié aux Etats-Unis, après avoir dénoncé de multiples menaces, pressions subies ainsi que les obstacles dissimulés sur son parcours dans le cadre de la conduite de l’enquête.

L’organisation de défense des journalistes, Reporters Sans Frontières (RSF), qui a inscrit le nom du Chef de l’Etat haïtien Jean-Bertrand Aristide parmi les 38 prédateurs de la liberté de la presse a travers le monde, a fait savoir que "toutes les institutions de l’Etat font obstacle à l’enquête". "Au mieux le Président protège les assassins, au pire, il est lui-même impliqué dans le crime", a encore indiqué RSF.

A propos de la décision de RSF de faire figurer le nom d’Aristide sur la liste des ennemis de la liberté de la presse, le Président a parlé le 3 mai d’un "vent de racisme". Il a fait part de sa "solidarité" avec les membres de la corporation qui "luttent pour la liberté de la presse" et a renouvelé sa volonté de "marcher main dans la main avec la presse".

Jean Lherisson, Coordonnateur de l’organisme Haïti Solidarité Internationale (HSI) a estimé qu’il était "facile" d’évoquer dans ce cas le racisme. Selon lui, Aristide devait plutot s’interroger sur les raisons qui lui ont valu d’être cité au nombre des ennemis de la liberté de la presse et s’enquérir, à 6 ce propos, de l’opinion de la population haïtienne.

A l’occasion de la journée internationale de la liberté de la presse, Marc-Orel Garcia dit Marcus, Directeur de Radio Mélodie et de l’Hebdomadaire Haïti en Marche et Nancy Roc, animatrice d’un magazine d’information sur radio Métropole ont été récompensés du "Prix Jean Dominique de la liberté de la presse", créé cette année par le bureau de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education la Science et la Culture (UNESCO) en Haïti.

Lors de la cérémonie de remise des prix le 2 mai, le Président du jury, le célèbre écrivain Frankétienne, a présenté la presse comme un "repère démocratique, garantissant les libertés publiques et les droits fondamentaux des citoyens". Il a souligné que "la presse n’a besoin de se ranger ni du coté du pouvoir, ni du coté de l’opposition".

3] LES AVOCATS HAà TIENS S’ELàˆVENT CONTRE LES ENTRAVES A L’EXERCICE DE LEUR PROFESSION

Le Conseil de l’Ordre des Avocats et l’Amicale des Juristes projettent un arrêt de travail ce 7 mai afin de protester contre les conditions dans lesquelles s’exerce la justice en Haïti. Ce sera, disent les organisations, une occasion pour les juristes de reflechir sur la pratique de leur profession dans le contexte haïtien.

Cette décision est intervenue au lendemain du scandale qui a éclaboussé l’Exécutif et certains de ses proches, lorsqu’on a appris le 29 avril la fuite aux Etats-Unis du Juge d’Instruction Henri Kesner Noà« l, chargé du dossier de l’ancien Général-président Prosper Avril. Le juge avait dénoncé les pressions subies, a-t-il dit, au bureau du Secrétaire d’Etat à la Sécurité Publique Gérard Dubreuil.

Gérard Dubreuil avait rejeté les accusations du juge Noel, expliquant qu’il avait reçu le juge instructeur à son bureau afin d’étudier avec lui des questions d’ordre logistique liées à la conduite de l’enquête.

Le Chef de l’Etat qui remettait le 2 mai des véhicules à quelques juges d’instruction en charge de dossiers épineux, a effleuré la question de l’indépendance de la justice.

4] PREMIER MAI : CELEBRATION ET REVENDICATIONS

La fête de l’agriculture et du travail, le premier mai, a eu un faible écho en Haïti. Les activités etaient plutôt centralisées à Port-au-Prince où le gouvernement a organisé, comme cela se fait depuis plusieurs années, une foire gastronomique et artisanale, avec la participation de milliers de visiteurs. La célébration a été placée sous le thème de l’alphabétisation.

Aristide a profité de l’occasion pour affirmer son engagement vis-à -vis du processus de reforme agraire entamé par son prédécesseur René Préval. Depuis la prise de fonction d’Aristide en février dernier, la reforme agraire ne paraît pas faire partie des priorités du pouvoir. Dans les discours officiels on n’y fait presque plus référence.

Des secteurs paysans s’interrogent d’autant plus que la fertile plaine de Marie-Bahoux, dans le Nord-Est a été récemment consacrée a un projet de zone franche. Une activité de solidarité avec les paysans de la région a été perturbée, par suite de diverses manœuvres des autorités départementales et locales, qui ont annoncé une opération de distribution d’outils aux paysans à l’heure et au lieu mêmes de la rencontre de solidarité.

Le Mouvement Intersyndical d’Haïti a critiqué le projet de Zone Franche dans le Nord-Est, considéré contraire aux intérêts des travailleurs. Il a en même temps dénoncé le chômage endémique, l’insécurité, l’inflation et la faim dans le pays.

A Port-au-Prince, plusieurs centaines de personnes dont des paysans venus de plusieurs départements ont défilé dans les rues pour condamner les pratiques du pouvoir actuel qui méprisent, selon eux, les revendications populaires. La manifestation était conduite par le Parti Populaire National (PPN), qui se propose comme alternative à Lavalas. Non loin du palais national, des groupes de partisans du pouvoir ont tenté en vain de perturber la manifestation.

Les syndicats d’enseignants et de transporteurs ont fait savoir qu’ils n’étaient pas en condition de prendre part à la célébration officielle du premier mai, à cause de leurs mauvaises conditions de travail et du non-respect des accords passés avec le gouvernement.

Le premier mai, les médecins résidents affectés à la section orthopédie de l’hôpital général, principal centre hospitalier de la capitale, poursuivaient une grève entamée depuis le 23 avril pour exiger des matériels de travail.

5] SEPT ADOLESCENTS HAITIENS AU FORUM DES ENFANTS AUX NATIONS-UNIES

Sept filles et garçons representent Haïti au Forum des Enfants aux Nations Unies du 5 au 7 mai 2002. Ces jeunes affirment leur détermination à plaider en faveur d’un monde plus juste et respectueux des droits des Enfants, selon une note de l’Institut Panos, membre du Mouvement Mondial en faveur des Enfants (MME).

"Construire un monde où les enfants ne seront plus traités comme esclaves", telle est l’idée défendue par Dieunald Mingot, 17 ans, originaire de Bainet dans le Sud-Est d’Haïti, qui s’exprimait dans une conférence de presse en compagnie des 6 autres enfants délégués.

Pointant du doigt la pauvreté comme " l’obstacle majeur au développement d’Haïti avec ses conséquences sur le niveau de scolarisation des enfants", le jeune Jerry Wolf Jean-Louis, 15 ans, note que 75 % des enfants du pays n’ont pas accès à la nourriture, l’éducation et la santé.

Les enfants ont aussi abordé le thème du SIDA. Jennyka Plantin, 11 ans, préconise des dispositions sécuritaires à adopter par les parents pour faire en sorte que " moins de fœtus soient attaqués par le virus du SIDA dans le ventre des mères ".

Issus des 10 points de ralliement en faveur des enfants, les thèmes Education, SIDA et Pauvreté ont été retenus comme prioritaires pour Haïti par 162,000 personnes qui ont répondu à un questionnaire distribué en 2001 dans le cadre des activités du Mouvement Mondial en faveur des Enfants (MME).

Une quinzaine d’institutions oeuvrant en Haïti font partie du Mouvement Mondial en faveur des Enfants.