Haiti
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Haïti : Forger le devenir par l’engagement citoyen


jeudi 6 avril 2006

Débat

Soumis à AlterPresse le 5 avril 2006

Par Camille Loty Malebranche

Je m’engage et nous renaissons, je m’implique, donc nous devenons !

En créant cet énoncé en exergue, je me suis rendu compte combien la vie est question d’engagement et d’implication à l’échelle de l’homme ou de la société. Le refus, ou l’évitement de tout engagement ou implication, est déjà un abandon au vide, glissement morbide et létal vers le néant.

J’aurais pu également écrire mon exergue comme ce qui suit : s’engager et s’impliquer est, de l’individu socialisé, la contribution au devenir et à la vie de la société !

Or, vivre, c’est faire échec à la loi de l’échec, c’est vaincre toutes formes pernicieuses et subreptices du néant masqué, auquel des forces obscures assignent notre destin de peuple. C’est surmonter victorieusement le faix de l’histoire déviée que nous infligent les dei ex machina, contempteurs de nous et de notre vocation d’une société souveraine et pleinement humaine.

Vivre pour l’homme comme pour la société, c’est dire OUI aux principes vitaux, en refusant de se pâmer dans le non être. Comme la station debout exige le port du corps au contraire de l’horizontalité facile et abdiquante, nous devons exiger d’abord à nous-mêmes d’être debout et combatifs. Ni flaccidité, ni mollesse, ni pusillanimité ne peuvent être admises ou inscrites dans la feuille de route du vrai vivant.

L’un des attributs les plus marquants de la politique est qu’elle est fondatrice et dispensatrice de sens. La politique relève de cette dimension éminemment expressive du génie humain qui pousse les hommes à se prendre en main au sein de l’organisation et de l’orientation sociales.

La politique, transcendant les caractères individuels, les intérêts particuliers et les contingences ethniques, définit donc, par le pouvoir et la gouvernance, le vivre ensemble des sociétés et la gérance d’elles-mêmes, selon une téléologie vers les finalités poursuivies. Finalités qui doivent leur apporter l’entéléchie, c’est-à -dire l’accomplissement de leur être d’après leurs vœux.

La politique est préétatique, en tant qu’elle existait déjà dans les sociétés primitives sans Etats, que dirigeaient des chefferies dans le principe égalitaire avec le tout de la phratrie qui devait se défendre contre ses ennemis, organiser le culte et échanger avec les phratries amies.

à€ partir de l’avènement de l’Etat dans l’histoire des peuples, c’est alors la politique qui conditionne l’essence même de l’Etat et étatise par les institutions de la société qui, ainsi, grâce à la structuration étatique, devient une nation.

Assumer l’être collectif pour le devenir

La vérité objective nous révèle à nous-mêmes comme un miroir fidèle et sans défaut. Voilà pourquoi, plusieurs préfèrent jouer à l’autruche des demi-vérités et demi-teintes exaltant nos grandeurs, mais raturant les faiblesses, voire les comportements et monstruosités qui nous ravalent et nous retardent en tant que société.

Car là , la blessure narcissique imprime un sentiment d’amenuisement qu’il faudrait exorciser seulement par le dépassement de nous-mêmes et notre foi à la perfectibilité humaine ! Pourtant, c’est le gage même de notre humanité que de nous surpasser pour dépasser nos abîmes, sans les ignorer grâce aux ailes de la conscience assumatrice et transcendante qui nous propulse vers les sommets.

Notre autocritique n’a pas à chercher lâchement et complaisamment à nous justifier au bout de quelque épilogue pathétique. Au-delà de nos menteuses et amenuisantes certitudes et autolâtries, il nous faut affronter nos pires tares de société et les éliminer.

Les faits nous crient, débordants d’évidence dans leur vérité qui dévoile l’état des consciences, la vérité de la société haïtienne ! Car c’est le propre des temps de crise que de révéler l’état des consciences ; et en Haïti, terre de crise permanente, elle met à nu, dans la scène du quotidien, toutes nos laideurs.

Ceux qui manipulent, persistent à manipuler, occupent la proue des consciences déviées de la claire vision. L’idéologie dominante est le démon de cette cécité des consciences refusant de voir pour agir et devenir.

C’est d’abord dans l’esprit collectif haïtien qu’il faut pourfendre le mal qui le ravage. Réforme des mentalités par l’éducation humano-citoyenne, seule voie révolutionnaire et salutaire d’Haïti.

Les horreurs d’aujourd’hui peuvent s’effacer, et l’apparente guigne, qui pèse sur les épaules de la société comme une malédiction, peut être enrayée. Chacun, dans son champ d’action - et le supplément d’humanité qui lui reste au cœur d’un milieu tellement abêtissant, tellement réifiant, car l’homme n’est jamais totalement bête ou chose -, doit projeter les nouvelles valeurs humaines d’assumation de soi et d’estime du soi personnel et social.

Les domaines porteurs : agriculture, agro-industrie, élevage, pêche, tourisme, doivent être créés et gérés rationnellement. En outre, techniques et sciences, avec des recherches énergétiques et agronomiques appropriées à nos besoins de petit pays à vocation agricole et agro-industriel, doivent être prises en main, dans le cadre d’une société où la sécurité publique et de production est garantie par l’Etat, pour juguler l’Etat Moloch uniquement répressif, jusque-là parasite et mangeur d’hommes que nous avons.

Le « logos apophantique » d’Aristote, en tant que discours de discernement du vrai par rapport au faux, encore une fois, est à notre échelle ! Le grand Refus marcusien et toute la théorie critique qui, quand même, a amélioré l’occident, peuvent être adaptés à nos besoins dans le cadre de notre réalité. Toujours, selon le splendide "Small is beautibul" contre l’imbécile gigantisme et mégalomanie d’une immense frange desdites élites.

Il nous faut une nouvelle ère de rationalité autonome et positive au pouvoir pour la refondation, systémique et structurelle, laïque et nationale, qui guidera, loin des chefs hiératiques ubuesques de notre histoire, pour refaire notre destin collectif, ou des nochers d’enfers, Charon soi-disant éclaireurs, qui n’apportent que ténèbres et dénaturation.

Ricœur nous parle d’une subjectivité double de l’historien : "son moi de recherche" et "son moi pathétique". (Le premier, selon ce philosophe, s’enracine dans les causes subjectives de la recherche que privilégie l’historien, le second, quant à lui, est celui, qui voit l’historien, comme le philosophe de l’histoire, s’éprendre de personnages sublimes de jadis, par affinité avec eux ; ce que Ricœur appelle des « autrui de jadis »).

Dans notre histoire officielle, où sont, soit niés soit occultés, les êtres nobles politiques, intellectuels et autres que la dignité et l’assumation prestigieuse de la nationalité et non leur fringale de pouvoir et de messianisme politique ont motivés, il faut parvenir à une heuristique qui mettra à jour les modèles, pour que nous réécrivions, dans les faits et sur papier, l’histoire, en valorisant les vrais méritants, comme Salnave, Antoine Simon, Estimé.

Doivent être honnis les vendus aux intérêts étrangers, héroïsés par des institutions occidentales pour remplir leur rôle de servants de l’impérialisme, servants que le colon honore ou produit comme symbole de réussite pour nous flatter l’orgueil, tout en les utilisant afin de mieux nous berner.

Nous avons surtout à proposer de vrais nouveaux modèles, loin de certains clowns constipés et bouffis d’aujourd’hui, histrions consentants au service des monstres et bourreaux de notre douloureuse tragédie sociohistorique. Puis, il nous faut exorciser certains spectres, comme ce déchet de la couardise et de la félonie que fut Boyer, sur la ruine duquel Haïti, aujourd’hui, doit réclamer diplomatiquement, mais fermement à la France amie, le remboursement de toute la fictive dette de l’indépendance avec tous les intérêts cumulés en devises d’aujourd’hui.

Sans dogmatique normative, sans subterfuge idéologique, sans utopie fantasque (sorte d’utopie que j’appelle "disutopie"), l’action politique haïtienne doit être intérieurement et extérieurement ferme, quoique amicale avec l’étranger.

Il n’y a pas de fatalité historique, ni de guigne ethnique, il n’y a que des politiques molles, infâmes et déviantes altérant le devenir contre le destin des nations. Et des esprits indécrottables qui soutiennent abominablement ces déviances planifiées.

Camille Loty Malebranche

aecmill@yahoo.fr

 

 

Débat autour de cet article

> Haïti : Forger le devenir par l’engagement citoyen

Salnave, ayant été propulsé au pouvoir par les masses, voulait intégrer les masses exclues après Dessalines en instaurant une politique en leur faveur, pour cela on l’a assassiné ; Antoine Simon a modernisé le pays en y apportant l’électricité, les chemins de fer et tout un début d’insdustrialisation, il est dénigré comme ignare ; Estimé a payé la dette en faux billets aux menaçants agresseurs américains qui pourtant ont volé toute la réserve d’or haïtienne pendant l’Occupation, il a été renversé par cette crapule sybarite que fut Magloire.

Naturellement, l’autre que j’ai omis de citer parce qu’allant de soi, c’est Dessalines, lui aussi tué par la Classe Racaille responsable de tous les maux d’Haïti.

Salut à vous et merci de votre intérêt

[Posté par , le 12 avril 2006]

> Haïti : Forger le devenir par l’engagement citoyen

Hello

En ecrivant dans votre article : ",,,valorisant les vrais méritants, comme Salnave, Antoine Simon, Estimé." ,qu’el est votre critere pour votre selection de ces anciens Presidents comme " vrais meritants" ?

comme toujours je prend plaisir a lire vos textes
merci

[Posté par , le 9 avril 2006]