La Caraibe en un coup d’oeil

La guerre (américaine contre l’Irak) menace la Caraïbe


vendredi 28 mars 2003

Par Charles Arthur, Latin America Press

Traduction de l’Anglais par AlterPresse

P-au-P., 28 mars. 03 [AlterPresse] --- L’économie caribeenne pourrait souffrir des retombées de la guerre.

à€ un moment où la plupart des pays de la région subissent des difficultés économiques résultant de l’écroulement d’agro-industries d’exportation traditionnelles comme le sucre et la banane, un futur crash économique résultant de la guerre contre l’Irak, qui a commencé le 20 mars, pourrait avoir des conséquences sinistres sur ces pays.

La caraïbe est particulièrement vulnérable parce qu’actuellement, elle dépend largement de revenus du tourisme - un secteur qui chaque année fournit environ 30 pour cent du produit intérieur brut de la région et environ un emploi sur sept dans le secteur ouvrier. (LP, 21 juin 1999)
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à€ un sommet tenu à Trinidad à la mi-février, les 15 membres de la Communauté Economique de la Caraïbe (CARICOM) ont adopté une déclaration s’opposant à l’utilisation de la force armée contre l’Irak. Le communiqué, qui a vivement recommandé la contrainte de la part des Etats-Unis et leurs alliés, a souligné que des leaders de la Caraïbe étaient "profondément préoccupés par la tragédie humanitaire que le déclenchement de la guerre pourrait provoquer et les effets désastreux qu’il pourrait avoir sur la stabilité économique globale."

Le tourisme qui a brusquement chuté après les attaques du 11 septembre aux Etats-Unis, causant un trou dans l’économie américaine, et la crainte intensifiée du transport aérien ont dissuadé beaucoup de visiteurs potentiels durant les vacances d’hiver qui ont suivi. Le World Tourism et Council Travel estiment que, dans la région, 364,000 personnes ont été réduites au chômage à cause de cette situation.

Selon le Caribbean Tourism Organisation (CTO), une campagne publicitaire agressive et une diminution drastique des prix des billets d’avion et de chambres d’hotels ont été entreprises en vue de relancer le secteur du tourisme dans la Caraibe en 2002. Mais la reprise est hypothétique.

Le bulletin CTO du premier trimestre 2003 avertit : "la perspective de guerre en Irak dérange la stabilité nécessaire au bon fonctionnement du tourisme international, particulièrement les voyages long courrier... Le déclenchement de la guerre frappera sans doute durement les déplacements internationaux."

Une intensification de l’alerte contre le terrorisme pourrait de nouveau mettre à mal la confiance des passagers dans la navigation aérienne, avec des répercussions immédiates pour ces îles de la Caraïbe qui dépendent du transport aérien pour amener des touristes sur leurs plages et stations balnéaires.

L’important secteur des bateaux de croisière n’est nullement à l’abri. En décembre 2002, la société de Croisières "P&O Princess Cruises" a commencé à annuler ses escales au Trinidad à la suite d’un avertissement d’attaques terroristes possibles, publié par le Ministère des Affaires Etrangères britannique. Cet avertissement, émis dans le contexte de l’explosion d’une bombe dans une station balnéaire de Bali, est supposé être en relation avec une enquête de la police du Trinidad sur un ecclésiastique Musulman noir, connu pour ses sympathies en faveur d’Osama bin Laden. Un total de six visites projetées à Port of Spain, avec potentiellement 1200 passagers par visite, ont été annulées avant le voyage consultatif.

Pour éviter ces problèmes, en janvier 2003, le Ministre du Tourisme de la Jamaïque, Aloun Assamba, a appelé à la mise en oeuvre de nouvelles mesures de sécurité dans lesw principaux ports d’attache des bateaux de croisière des îles.

Bien que peu de politiciens caribéens aient pris le risque de subir la colère des EU en se prononçant contre la guerre, le Secrétaire général de la CARICOM, Shridath Ramphal, a lancé un cri d’alarme. Mettant en doute l’optimisme affiché quant à une guerre éclair contre l’Irak, il a déclaré : "ne croyez pas que les Américains ont envoyé un demi-million de militaires et des centaines de tonnes d’armes en Irak pour quelques semaines. Nous sommes dans cette situation pour longtemps. Que signifiera cet environnement de guerre pour l’industrie du tourisme sur laquelle la Caraïbe compte si fortement ?"

La possibilité d’augmentation des prix du carburant est une autre question qui provoque du souci dans la Caraïbe. La hausse précédente du prix du brut sur le marché international, coïncidant avec des interruptions de la production au Venezuela, suite à la campagne pour déstabiliser le gouvernement du Président Hugo Chavez, (LP, 15 janvier 2003) a déjà eu un impact.

En Jamaïque, les chauffeurs d’autobus, de taxi et des opérateurs ont brandi la menace de perturbations violentes en réponse à une augmentation des dépenses en carburant, tandis qu’en Guyane et en Haïti il y a déjà eu un certain nombre de grèves pour protester contre les augmentations récentes des prix du carburant. Si la guerre en Irak dure un certain temps, ou si elle est accompagnée de sabotage des gisements de pétrole du pays, on s’attendrait à ce que des prix internationaux de carburant montent en flèche.

Comme l’a averti Maurice Odle, conseiller économique au Secrétariat du CARICOM, Basé en Guyane, "Nous subissons toujours des effets du 11 septembre et nous savons à coup sûr que nos secteurs porteurs comme l’aéronautique seraient sérieusement affectés. Nous pouvons assister à une augmentation des prix du billet d’avion et du carburant pour avion, ce qui serait dur pour les lignes aériennes et notre industrie du tourisme."

Une des principales lignes aériennes de la région, BWIA, déjà en difficulté, fait face à des pertes mensuelles d’environ un million de dollars américain et en janvier il a licencié 617 de ses 2,400 employés, beaucoup d’entre eux des ingénieurs en maintenance.

Les conséquences plus larges d’une guerre prolongée pourraient aussi affecter négativement la Caraïbe. Des prix élevés du pétrole saperaient à l’avenir des économies fragiles telles que les Etats-Unis, l’Allemagne et le Japon et pourraient à long terme mener à une contraction économique mondiale.

Un tel scénario serait désastreux pour des pays comme la République dominicaine et la Jamaïque qui sont fortement dépendants des sources financières externes en termes d’investissement et de flux de capitaux ainsi que Haïti, où l’économie est supportée presque entièrement par les transferts envoyés par ses ressortissants travaillant à l’étranger. [ch lap apr 28/03/03 22:45]