HaitiWebdo

HaitiWebdo, Numero 42


mardi 11 mars 2003

Haïti est peut-être l’unique pays où, cette année, la célébration de la journée internationale de la femme a été perturbée. Les organisations de femmes qui voulaient organiser un convoi revendicatif à la capitale ont trouvé la police sur leur chemin. C’est la première fois depuis 1986 qu’une telle situation se produit. Tant au niveau national qu’international, des préoccupations s’expriment de plus en plus, sur la situation des droits, les problèmes politiques et économiques, au point qu’une mise sous tutelle d’Haïti aurait même été évoquée au Canada. Ce que rejettent les Haïtiens et qui trouble les relations entre Haïti et le Canada.

1] PORT-AU-PRINCE : COMMEMORATION DU 8 MARS INTERDITE PAR LA POLICE (Extraits)

La célébration du 8 mars par les mouvements de femmes a été interdite en Haïti. La police est intervenue en milieu de journée au centre de Port-au-Prince ce 10 mars pour discontinuer une caravane de femmes qui avait à peine commence à sillonner les rues, dans le cadre d’une initiative de commémoration de la journée internationale des femmes.

Des policiers ont pris le contrôle du principal camion du cortège, sur lequel étaient montées les dirigeantes de la Coordination Nationale de Plaidoyer pour les Droits des Femmes (CONAP). Les militantes féministes au nombre d’une quinzaine ont été emmeneées de force a bord du camion et déposées dans la périphérie est de la capitale.

Malgre l’insistance des journalistes, la police n’a pas su fournir les raisons de l’interdiction de la manifestation. Parallèlement les partisans du pouvoir pâmaient en montrant de minuscules photos du Président Jean Bertrand Aristide. Ils ont également lance des propos hostiles aux journalistes presents.

L’interdiction de la caravane des femmes est intervenue 24 heures après l’arrestation de Carline Simon, responsable de l’organisation féministe "Fanm Solèy Leve" (Femme Soleil Levé), ainsi que son mari, Serge Simon, suite à une tentative d’organiser une réunion à Cité Soleil, périphérie nord de la Capitale.

Réagissant a cette double arrestation, les mouvements de femmes se disent "choqués" et "inquiets". La CONAP a dénoncé l’incarcération des époux Simon, assimilée à de l’"intimidation", et demandé leur libération sans délai.

Ailleurs à travers le pays, des organisations de femmes ont pu toutefois réaliser des activités commémoratives du 8 mars, en particulier dans le sud-ouest et le nord-ouest où les femmes ont protesté contre l’augmentation des prix du carburant et la cherté de la vie.

Le pouvoir a voulu marquer à sa manière la journée du 8 mars et, la veille, le Chef de l’Etat avait reçu au palais national des femmes policières pour leur adresser ses félicitations et leur accorder des bourses d’études.

Lire l’intégralité de cet article à l’adresse : http://medialternatif.org/alterpresse/article.php3?id_article=419

2] HAà TI ET CANADA : RELATIONS TROUBLEES

Le Canada et Haïti sont au stade d’éclaircissements après la divulgation d’une éventuelle initiative canadienne en vue d’une mise sous tutelle onusienne d’Haïti.

A la fin du mois de février un article paru sur le site canadien Actualité.com, faisait état d’un plan du groupe dénommé "Initiative d’Ottawa sur Haiti", prônant une mise sous tutelle du pays par les Nations Unies avant 2004. Des représentants de plusieurs pays se seraient rencontrés à Ottawa en janvier autour de cette question, sous le leadership du Secrétaire d’Etat canadien pour l’Amérique Latine, l’Afrique et la Francophonie, Denis Paradis.

Par lettre du chancelier haïtien Joseph Philipe Antonio à l’ambassadeur canadien en poste à Port-au-Prince, Kenneth Cook, le gouvernement haïtien a demandé le 5 mars des explications aux autorités canadiennes. Le 6 mars, l’ambassadeur Cook a été convoqué au Ministère des Affaires Etrangères, informe la chancellerie.

Dans un communiqué émis le 8 mars, l’Ambassade du Canada a réitéré que la réunion de fin janvier a Ottawa était une consultation informelle, et non secrète, dont l’Ambassadeur Kenneth Cook, avait informé le Ministre des Affaires étrangères le 11 février, précise le communiqué.

La conclusion de la réunion a été, selon le communiqué, l’engagement des participants à appuyer fermement les efforts entrepris par l’Organisation des Etats Américains (OEA) pour aider les protagonistes haïtiens à trouver une solution à la crise politique, passant par des élections. L’OEA doit déléguer à la mi-mars une mission de haut niveau en Haïti. Le Secrétaire d’Etat, Denis Paradis, doit en faire partie.

Autant au niveau du parti au pouvoir que de l’opposition on se déclare contre toute occupation d’Haiti. Fanmi Lavalas, rejette cette idée. Sans omettre de critiquer le pouvoir et de demander le départ d’Aristide, l’opposition se montre défavorable à l’option de mise sous tutelle d’Haiti.

3] CONJONCTURE HAà TIENNE PREOCCUPANTE

Les preoccupations s’accroissent, au niveau international, au sujet de la situation generale en Haïti. L’expert indépendant de l’ONU, le juriste français Louis Joinet, a estimé, dans un rapport diffusé le 5 mars 2003 à Genève, que la condition des droits humains a encore empiré en Haiti.

L’Union Européenne (UE) a pour sa part demandé "instamment " le 7 mars au Président Aristide de faire cesser "les menaces et actes d’intimidation" subis par des journalistes et des militants des droits humains et de l’opposition.

Au plan socio-économique, le Fond Monétaire International se dit inquiet face à la dégradation des conditions socio-économiques en Haïti, dans son rapport annuel publié le 3 mars. La pauvreté s’est accrue en Haïti, selon le FMI.

Sur la conjoncture de manière générale, la Commission Justice et Paix de l’Eglise Catholique a repris le 5 mars les propos du Pape en invitant les politiciens haïtiens de tous les partis à écouter la voix des pauvres et de cesser de s’accuser mutuellement.

"Arretez les mensonges", proclame Justice et Paix, qui demande au pouvoir de rétablir un climat serein dans le pays et a l’opposition de mettre de coté les intérêts particuliers.