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HaitiWebdo numéro 67

Le secteur paysan a l’épreuve des élections de 2006 en Haiti


mercredi 1er février 2006

Environ 1500 candidats, dont 33 aspirants à la présidence, s’apprêtent à se soumettre au verdict des urnes lors des élections présidentielles et législatives prévues pour le 7 février 2006 en Haiti.

Les partis et candidats entament la dernière ligne droite de leur campagne, qui se fait plus intensive tant sur le plan graphique que sur le plan audio-visuel.

Des insatisfactions sont exprimées dans divers secteurs politiques par rapport à l’administration électorale, notamment le choix des 36,584 membres des 9200 bureaux de vote, répartis à travers 804 centres de vote.

Des désaccords apparus au niveau du Conseil Électoral Provisoire (CEP), notamment sur la gestion d’un centre de tabulation, semblent pour le moment s’estomper, et les conseillers se montrent plutôt optimistes quant à la tenue du prochain scrutin.

A 6 jours des prochaines élections, des milliers de citoyennes et citoyens sont en attente de leurs cartes électorales et le manifestent clairement dans les longues files observées devant les Bureaux Électoraux Communaux (BEC).

A date, plus de 3,099,241 Cartes d’Identification Nationale ont été délivrées aux électeurs et électrices, ce qui représente 88% du total des personnes qui se sont inscrites sur les registres électoraux.

De son coté la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haiti (MINUSTAH) affirme prendre les dispositions nécessaires pour l’établissement d’un climat sécuritaire approprié. Mais jusqu’au 31 janvier quelques actes de violence étaient enregistrés dans certains quartiers, dont Martissant (périphérie sud).

Les paysans ont profité de la conjoncture électorale pour s’affirmer dans le débat politique, en interpellant plusieurs candidats, dans des séances d’échanges organisées à travers diverses régions du pays.

Mais, ce processus électoral a également mis à rude épreuve les acquis dans la structuration en milieu paysan.

LE SECTEUR PAYSAN A L’EPREUVE DES ELECTIONS DE 2006 EN HAITI

L’organisation « Tèt Kole ti Peyizan Ayisyen » (Union paysanne haitienne) a fait part de son retrait, le 16 janvier, de la Plateforme Nationale des Organisations Paysannes Haïtiennes (PLANOPA) mise en place au début du mois de juillet 2005 par sept structures paysannes régionales.

L’alliance du Coumbite pour Batir Haiti (KONBA) avec l’industriel Charles Henri Baker, candidat indépendant à la présidence, est le motif de cette décision de Tèt Kole ti Peyizan, précise une note transmise à AlterPresse.

L’un des principaux responsables de KONBA, Chavannes Jean Baptiste, est aussi le numéro 1 du Mouvement Paysan National du Congrès de Papaye (MPNKP), membre de PLANOPA.

Le MPNKP supporte l’alliance de KONBA avec Baker.

L’organisation paysanne qualifie d’alliance contre nature la décision du MPNKP de supporter la candidature de Charles Henri Baker, membre influent de l’élite économique d’Haïti.

Dans sa note de presse, « Tèt Kole ti Peyizan Ayisyen » affirme avoir consulté tous ses membres avant de fixer sa position par rapport à cette décision. Après une convocation à l’extraordinaire, les 14 et 15 janvier 2006, les différents délégués se sont mis d’accord sur le retrait de l’organisation de la PLANOPA.

L’organisation déclare s’attacher à une lutte paysanne dans l’unité et la transparence en vue de mettre un terme au système d’exploitation de la force de travail des paysans haïtiens et de faire valoir les revendications des masses populaires.

Au lendemain de la mise en place de la PLANOPA, Robert Métayer de « Tét Kole Ti peyizan Ayisyen » avait déclaré à AlterPresse que « l’existence de cet espace commun de lutte paysanne est l’aboutissement d’un processus de réflexion qui dure déjà depuis une année ».

Métayer qui faisait office à l’époque de porte-parole de la PLANOPA avait indiqué que depuis environ 30 ans, les organisations paysannes, présentes actuellement sur le terrain, luttent chacune de leur coté sans constituer réellement une force pour mettre de l’avant les desiderata des paysans.

« Nous sommes trop dispersés et l’ennemi en profite. D’où notre démarche d’unité », avait-t-il précisé tout en estimant que la PLANOPA devra fédérer les énergies pour que les réclamations des paysans relatives à l’accès à la terre et au crédit puissent se matérialiser.

De nombreuses rumeurs laissaient croire que « Tèt Kole ti Peyizan Ayisyen » aurait été en pourparlers avec le regroupement Lespwa (Espoir, en français) du candidat à la présidence, René Garcia Préval. Sylvain Jean, membre du directoire de « Tèt Kole », n’avait pas pris de temps pour rejeter ces allégations.

« Il est totalement impossible pour Tèt Kole de s’impliquer dans une alliance politique » et les règlements de l’organisation ne le permettent pas, relevait-t-il lors d’une entrevue accordée à AlterPresse dans la commune de l’Estère (nord de Port-au-Prince).

Le dirigeant paysan reconnaissait toutefois que les membres de « Tèt Kole Ti Peyizan » éparpillés dans 8 régions du pays sont susceptibles d’être courtisés par des groupes politiques à cause de la force mobilisatrice que représente le secteur paysan.

Jean dénonçait, à l’époque, certaines alliances politiques qui, selon lui, vont à l’encontre des principales revendications des couches défavorisées du pays, particulièrement le secteur paysan.

« Ces alliances contre nature impliquant certaines franges du secteur paysan seront préjudiciables à l’avenir du pays et renforceront la mise à l’écart des plus déshérités de notre société », avait-il prévenu.

Dans une interview accordée à AlterPresse en novembre 2005, le dirigeant du Mouvement des Paysans de Papaye rejette l’idée d’ « alliance contre nature », dont parlent les responsables de « Tèt Kole ti Peyizan ».

Membre du directoire du parti Konbit pour Bati Ayiti (Rassemblement pour la Construction d’Haïti-KONBA), Chavannes Jean Baptiste assimile à une « alliance tactique » le support apporté au candidat indépendant, l’industriel Charles Henri Baker.

« La décision d’appuyer la candidature de l’industriel Charles Henri Baker a été prise en connaissance de cause. Les différentes bases de l’organisation ont été consultées à cet effet », indique Chavannes Jean Baptiste.

Selon les précisions de Jean Baptiste, KONBA voulait par cette mesure barrer la route à certains candidats qui, selon lui, n’ont pas un passé politique acceptable.

Ces candidats font peser « de nombreuses menaces sur la société haïtienne », déclare le responsable paysan à AlterPresse.

La tentative d’établir une large plate-forme unitaire d’organisations paysannes n’aura donc pas survécu à cette conjoncture électorale, où les intérêts des secteurs paysans n’ont pas dominé les discours politiques.