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Haiti : Consensus politique national, un passage obligé


mercredi 25 janvier 2006

Débat

Par Pierre-Richard Cajuste [1]

Soumis à AlterPresse le 24 janvier 2006

La Délégation Internationale de Haut Niveau, qui a tenu des pourparlers avec les différents leaders politiques durant le week-end dernier à l’Hôtel Montana, est parveunue à la conclusion que tout gouvernement issu des prochaines élections doit avoir la configuration d’un pouvoir d’unité nationale. Dans l’esprit des membres de la communauté internationale, il s’agit de tuer dans l’œuf une certaine forme d’opposition qui ne manquerait pas d’émerger pour contester les résultats qui sortiraient des consultations du 7 février prochain.

Il faut dire également que la communauté internationale a compris que l’enjeu est de taille et que le contexte actuel, à la veille de ces élections générales, est plus que jamais marqué par la polarisation sociopolitique de la Nation haïtienne.

Le soutien affiché par certains secteurs à certains candidats à la présidence suscite des préoccupations et de la méfiance au niveau de plusieurs franges de la classe politique. La crainte d’un danger qui guetterait le pays hante plusieurs communautés.

Il faut croire que, tout regroupement visant à un rapprochement des tendances politiques est toujours souhaitable. Toutefois si la démarche vise uniquement la destruction d’un individu ou d’un secteur politique, elle ne contribuerait qu’à aiguiser encore davantage cette polarisation et ne deviendrait qu’un élément additionnel de blocage dans la perspective d’une cohésion nationale.

En pareil cas, un grave danger parait poindre à l’horizon politique. Un contexte post-électoral de contestations malicieuses et de polarisation stérile. Ce qui ne ferait qu’exacerber la situation invivable que connaît Haïti, au risque cette fois de lui donner le coup de grâce. Dans la conjoncture actuelle, l’aventurisme politique ne mènerait nulle part. L’ex-perle des Antilles est devenue invivable, un endroit où il ne fait pas bon mettre les pieds. La faute ? Elle revient aux fils et aux filles de ce pays.

La société n’en peut plus. Il faut repartir sur de nouvelles bases. Tout le monde parle des racines historiques et pluridimensionnelle de cette crise qui persiste depuis près de deux siècles.

Cette incapacité à construire la nation haïtienne a produit des résultats effrayants : destruction de l’environnement, misère, maladies, arriération technique et culturelle, abandon de la production, corruption généralisée, parasitisme, trafics de drogue, émigration massive vers l’inconnu. En résumé, un laboratoire de sous-développement et le label de « pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental ».

Après trois décennies, Haïti n’a connu aucune croissance économique. Le peuple haïtien paie les lourdes conséquences d’une instabilité politique chronique doublée d’une mauvaise gestion macroéconomique.

Les intérêts Supérieurs de la Nation

La conclusion qu’on peut légitimement tirer de ce chaos est qu’aucun secteur ne peut prétendre, à lui seul, résoudre les problèmes de ce pays. La problématique sociopolitique haïtienne ne peut être résolue que par l’esprit de cohabitation, de dialogue, de négociation, de réconciliation. Bref, cette « unité nationale » dont la parlait la Délégation Internationale de Haut Niveau le week-end dernier !

Avant qu’il ne soit trop tard une importante initiative citoyenne doit être prise dans le plus bref délai. Les politiques doivent pouvoir trouver un modus vivendi capable de réunir toutes les composantes sociales autour d’un idéal commun : les intérêts supérieurs de la nation qui ne sont, en fait, que la somme des intérêts de tous.

Une telle initiative pourrait avoir comme objectif primordial, dans la perspective d’un rapprochement des protagonistes, d’offrir un espace de dialogue franc et pragmatique, dans le respect, visant l’établissement et le renforcement d’un climat propice à la gouvernance saine, démocratique et participative.

L’axe opérationnel tournerait autour de plusieurs grands vecteurs comme : la lutte contre l’extrême pauvreté, la restauration de l’autorité de l’Etat, la promotion et la défense des droits humains, la lutte contre l’impunité, le combat contre la corruption administrative et l’établissement d’un environnement sûr et stable pour attirer les investisseurs.

Disons que la situation politique exige des concessions de part et d’autre. Les revendications des masses populaires et des élites doivent être à l’ordre du jour. Un autre leadership plus inclusif est à définir au regard des événements du passé. Evitons cette descente aux enfers que constitue le cycle infernal de protestations, de manifestations de rues, d’affrontements verbaux agressifs sur les ondes etc...

Un Chef d’Etat accepté par tous

Le pays gagnerait beaucoup si le futur chef de l’Etat issu des urnes est accepté par tous. En démocratie, il faut savoir accepter la défaite avec élégance. Cela favoriserait l’équilibre politique et l’apaisement social tant souhaité. La classe politique a tout à gagner dans l’établissement d’une situation où prévaut la bonne gouvernance. Le consensus politique national reste vraiment un passage obligé. Une réalité incontournable.

Dès maintenant, il devient impératif que des personnes crédibles commencent à se pencher sur les grands problèmes de la conjoncture afin de trouver des éléments de réponse. Le vrai danger serait de ne rien faire.

[1Ancien fonctionnaire diplomatique haitien

 

 

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