HaitiWebdo

HaitiWebdo - Numéro 4


lundi 11 mars 2002

1] Processus de ratification sans obstacle pour le premier ministre désigné, mais défis de taille en perspective

2] Les coopératives et la problématique de l’économie haïtienne

3] Mobilisation a l’occasion de la journee mondiale des femmes

4] En bref :
. Décès de Sabalat
. Jérôme de la liberté
. Campagne de désarment

1] PROCESSUS DE RATIFICATION SANS OBSTACLE POUR LE PREMIER MINISTRE DESIGNE, MAIS DEFIS DE TAILLE EN PERSPECTIVE

Le processus de ratification du Premier Ministre désigné Yvon Neptune pourrait se dérouler rapidement et sans surprise. La Commission d’étude du dossier de Neptune au Sénat a laissé entendre ce 11 mars que des renseignements obtenus auprès du Ministère des Affaires Etrangères indiquent que le dossier est correct.

Yvon Neptune n’aurait donc aucun problème de double nationalité, handicap constitutionnel pour accéder au poste de Premier Ministre. De persistantes rumeurs faisaient croire que Neptune était en possession d’un passeport américain.

Répondant aux questions des journalistes lors d’un de ses passages au sénat, Yvon Neptune, numéro 2 du parti Fanmi Lavalas qui domine quasiment sans partage le parlement depuis les élections contestées de l’année 2000, a affirmé qu’il était assuré de sa ratification. De son coté le sénateur Joseph Médard, de la commission d’étude du dossier du Premier Ministre désigné, a fait savoir que le processus allait s’accélérer.

Désigné officiellement par le Président Jean Bertrand Aristide le 4 mars, Yvon Neptune a démissionné 2 jours plus tard de sa fonction de Président du Sénat, mais garde encore son siège de sénateur. Il déclare travailler à la formation de son cabinet et à sa déclaration de politique générale, qu’il devra présenter devant les deux chambres séparément. Ses priorités, a-t-il dit, reflèteront le programme économique et social de Fanmi Lavalas et seront articulées aux questions urgentes de la conjoncture.

Il apparaît pour le moment que les dissensions au sein du parti au pouvoir, traversé par des problèmes internes fondés sur des questions d’intérêt personnel, ne seraient pas de nature à alourdir le processus de ratification. Cependant des responsables d’organisation de la base du parti, notamment René Civil de Jeunesse Pouvoir Populaire (JPP) et Paul Raymond des Communautés de Base de St Jean Bosco (TKL) ont récemment affirmé a la presse que Yvon Neptune n’aurait pas un chèque en blanc.

Les milieux politiques d’opposition maintiennent leur point de vue sur le Premier Ministre désigné, qui n’est pas considéré comme un homme de dialogue. Ce qui pourrait avoir des répercussions, selon ces mêmes milieux, sur les négociations politiques qui durent depuis plus d’un an.

Cette nomination n’arrange pas les choses, estime-t-on dans certains secteurs ecclésiaux. L’Evêque de Jacmel, Monseigneur Guyre Poulard, a jugé inopportune la désignation d’un nouveau Premier Ministre sans que l’impasse politique ne soit résolue.

En dehors de la question strictement politique, Yvon Neptune devrait avoir à adresser des problèmes cruciaux au niveau socio-économique. Comment pourra-t-il inverser les tendances d’évolution de l’économie, terrassée par une crise sévère, selon un dernier rapport du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), qui dénote un énorme déficit budgétaire et des abus de l’Etat au plan fiscal ?

Le prochain gouvernement, saura-t-il juguler la logique de violence dans les quartiers populaires, en particulier le cas chronique de Cité Soleil, bidonville du nord de la capitale, ou des affrontements entre bandes rivales ont fait au cours de ce premier trimestre des dizaines de victimes ?

Lors d’une rencontre le 7 mars à Port-au-Prince avec le responsable des questions haïtiennes au Haut Commissariat des Droits Humains de l’ONU, Noberto Fryman, qui était en mission en Haiti, des défenseurs de droits humains et responsables de mouvements sociaux ont évoqué la crise institutionnelle qui bouleverse le pays, "livré a l’anarchie de la violence avec une complicité tacite du pouvoir en place". Ils ont manifesté la plus grande inquiétude a propos de l’évolution de la police, reprochée pour des actes arbitraires, des pratiques de corruption et sa faiblesse institutionnelle.

Comment les nouvelles autorités vont-elles aborder les questions d’impunité, de corruption et de trafic de drogue, qui n’ont pas cessé ces derniers temps de ternir l’image du pays ?

Yvon Neptune devrait aussi faire face à des pressions américaines. L’Ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Organisation des Etats Américains, M. Roger Noriega, a souhaité le 8 mars des changements en Haïti en matière du respect des droits humains et de la lutte contre le trafic de la drogue. Dans son rapport annuel 2001, le Département d’état avait mentionne Haïti comme un important carrefour de la drogue.

En outre les Etats-Unis auraient annulé une soixantaine de visas de dignitaires lavalas, selon le quotidien Le Matin. Une source contactée a l’ambassade américaine a confirmé l’annulation de plusieurs visas de responsables lavalas sans fournir des précisions sur les personnes touchées.

2] LES COOPERATIVES ET LA PROBLEMATIQUE DE L’ECONOMIE HAà TIENNE

Les coopératives sont de plus en plus au cœur de l’actualité haïtienne. Le Ministre de la Planification et de la Coopération externe, Marc L. Bazin, a présenté le 8 mars un avant-projet de loi sur le fonctionnement des coopératives, qui poussent comme des champignons a travers le pays.

Marc Bazin a lié le phénomène à la situation économique désastreuse du pays où la pauvreté s’accroît et ou le crédit est élitiste. Il a fait part des préoccupations de l’Etat à propos de l’épargne et de l’utilisation des dépôts dans le cadre des activités des coopératives, ainsi que sur l’effet des forts taux d’intérêt pratiqués par un certain nombre de coopératives.

Le président de la Commission ministérielle chargée de travailler sur la régularisation des Coopératives, Saint-Fort Dadaille, a pour sa part relevé un manque de normes et des faiblesses au niveau de l’intégration des coopératives a l’économie nationale.

L’évolution récente au niveau de ce secteur inquiète plusieurs banques qui ont cessé toute transaction avec les coopératives, à propos desquelles circulent des rumeurs de blanchiment d’argent. Une soixantaine de coopératives, réunie au sein de l’Initiative des Coopératives (INICOOP) a dénoncé le 8 mars l’attitude des banques.

Il est difficile de dénombrer les coopératives où les caisses d’épargne et de crédit qui se sont installées dans le pays ces derniers mois. Le développement des coopératives est un des thèmes mis en avant dans les slogans du président Jean Bertrand Aristide. Le mouvement coopératif qui remonte aux années 40 serait fort d’environ 1500 entités.

Analysant le phénomène, le professeur Vernet Larose, spécialiste de l’économie sociale, a relevé une certaine confusion entretenue par certaines coopératives en attirant des sociétaires uniquement par par des taux alléchants de 10%. Ce qui amènerait à croire que la fonction des coopératives se résumerait à une forte rémunération de l’argent, a-t-il dit dans une interview a Radio Kiskeya.

Selon Vernet Larose, d’autres types de coopératives devraient jouer un rôle important dans l’économie du pays, notamment au niveau du secteur agricole. L’économie ne fonctionne pas uniquement avec la monnaie, a-t-il souligné. Il faut aussi des biens, a-t-il dit.

Le professeur Larose a également relevé les fonctions croisées des récentes coopératives qui entreprennent en même temps des activités financières et commerciales. Peut-on mélanger services financiers et consommation, s’est-il demandé.

Vernet Larose a cependant identifié une certaine précipitation dans les démarches gouvernementales de régulation qui ne rentrent pas, selon lui, dans un plan d’ensemble. Il a en même temps critiqué les classes dominantes qui n’ont pas su répondre à un ensemble de problèmes posés au sein de la société haïtienne.

3] MOBILISATION A L’OCCASION DE LA JOURNEE MONDIALE DES FEMMES

Des initiatives diverses ont marqué la journée mondiale de la femme le 8 mars écoulé dans plusieurs régions d’Haïti. Les organisations de femmes, les institutions d’accompagnement, les institutions gouvernementales et internationales ainsi que certains médias ont été à l’œuvre.

A Port-au-Prince, plusieurs centaines de femmes se sont rassemblées sur la Place Catherine Flon au Champ de Mars, a l’appel de la Solidarité des Femmes Haïtiennes (SOFA), Fanm Yo La, Enfofanm et Kay Fanm. Elles ont condamné les multiples violations des droits de la femme dans un contexte général d’insécurité et d’impunité.

Des cadres, travailleuses et artistes de divers secteurs et de plusieurs localités du pays ont témoigné de leurs efforts pour assurer la survie de la population haïtienne. Les organisations féministes ont décidé de consacrer tout le mois de mars à la célébration de la femme, avec des manifestations culturelles, mettant en valeur le savoir-faire des Haïtiennes.

La veille, les femmes ont défilé dans les rues de la capitale, dans le cadre d’une manifestation organisée par Fanm Solèy Leve (Femme Soleil Levé), et ont appelé à un déblocage de la situation politique.

Le président Aristide et son épouse ont rassemblé des adolescents au Lycée des Jeunes Filles a Port-au-Prince, ou le Chef de l’état a appeler à l’égalité entre les sexes. Cette activité cloturait une semaine chargée pour Mildred Aristide, qui, a une autre occasion, avait évoqué l’idée de l’accession d’une femme a la présidence, a l’issue du mandat d’Aristide.

EN BREF :

- L’ancien Sénateur, Ministre des Affaires Etrangères et Président du Conseil Electoral Provisoire, Jean Robert Sabalat, est décédé le 8 mars a Madrid des suites d’une greffe du foie. Jean Robert Sabalat était connu comme un homme de courage et avait mené au Sénat un combat contre la corruption.

- L’Organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) a lancé le 5 mars le prix Jean Léopold Dominique qui portera le nom de Jérôme de la liberté. Il sera attribué chaque année à deux journalistes professionnels en activité, à l’occasion du jour international de la presse célébré le 3 mai. Parmi les membres du jury, figurent l’épouse de Jean Dominique, la journaliste Michèle Montas, qui ne cache pas ses appréhensions du fait du non-renouvellement du mandat du juge Claudy Gassant qui était en charge du dossier. Le 21 février dernier une coalition d’organismes de défense des droits humains, dont la Fondation Echo Voix Jean Dominique, en avaient explicitement fait la demande au Président Aristide.

- Les autorités policières ont annoncé pour bientôt le lancement officiel d’une campagne nationale de désarmement. Cette annonce fait suite à de récentes rencontres du président Aristide avec des chefs de bande des quartiers populaires de Gonaives, dans l’Artibonite, et de Cité Soleil, bidonville de la périphérie de Port-au-Prince, déchirés par la violence.