HaitiWebdo

HaitiWebdo, Numero 40


mardi 18 février 2003

Les menaces contre la presse reviennent au premier plan de l’actualité en Haïti. Suspension, ce 18 février, des journaux de Radio Métropole, une station privée de la Capitale, en signe de protestation contre de multiples manÅ“uvres d’intimidation. La plupart des menaces en question proviennent directement de secteurs liés au pouvoir, selon la direction de la station. Le pouvoir qui, par ailleurs, se démène avec une série d’affaires de drogue en cascade, qui éclaboussent même le haut état major de la police.

1] PAS DE NOUVELLES, MAUVAISE NOUVELLE

Radio Métropole, une station commerciale de Port-au-Prince, a fait silence ce 18 février sur l’information, afin de protester contre les menaces subies par la station et ses journalistes. Le dernier cas en date est celui de Goudou Jean Numa, dont la résidence a été attaquée dans la nuit 14 au 15 février. Des individus non identifiés ont incendié une voiture qui se trouvait au garage. Le confrère a été contraint de se mettre à couvert.

Dans une déclaration de protestation diffusée aux heures de nouvelles, le Directeur de l’Information de Radio Métropole, Rotchild Francois Junior, a fait état de plusieurs actes d’intimidation visant les journalistes de la station depuis les violences du 17 décembre 2001.

Menacés par des secteurs de base de Fanmi Lavalas, plusieurs des reporters de Radio Métropole ont du quitter le pays, a expliqué Rotchild Francois Junior. "Franceline Léonard qui était basée aux Cayes, Mayard Jean Marie à St Marc,Manio Colas et Teshler Dimanche à Mirebalais sont actuellement en exil aux Etats-Unis d’Amérique", a-t-il précisé.

Rotchild Francois Junior a signalé de récentes menaces publiques contre sa personne par le fugitif Amiot Metayer, proche du pouvoir lavalas. Egalement, entre novembre 2002 et février 2003, plusieurs journalistes de Radio Métropole ont été soit agressés soit intimidés, notamment le Rédacteur en Chef, Louis Marie Achille, dont la voiture a été criblée de balles à trois reprises, a indiqué le responsable de l’information.

On a appris ce 18 février que 7 journalistes, obligés de fuir la ville des Gonaives (Centre-ouest du pays), suite à des menaces répétées de la part du groupe violent "L’armée Cannibale", dirigé par Amiot Métayer, ont du laisser le pays.

La radio communautaire "Voix Claudy Museau" de la ville des Cayes, (Sud du pays), a dénoncé également ce 18 février des manœuvres d’intimidations venant de secteurs proches du pouvoir en place.

En été 2002, une radio communautaire a été saccagée par la police à Limonade (Nord du pays), tandisqu’à Grand-Goave (Ouest), un responsable de radio communautaire a été obligé de se mettre a couvert après avoir été agressé par un maire. En avril 2002, la commune de Cayes-Jacmel, (Sud-Est), a été secouée par plusieurs journées de tension après la tentative du maire Ernst Fils de s’emparer de la station communautaire Radio Flambeau, à des fins de propagande.

Entre le 17 décembre 2001 et la mi-février 2003, une trentaine de journalistes ont fui le pays pour causes de menaces, suivant des données fournies par l’Association des Journalistes Haitiens (AJH).

2] UNE TRAINEE DE POUDRE… SALIT LA POLICE ET LA JUSTICE HAITIENNES

La Direction de la police haitienne est eclaboussée par une nouvelle affaire de drogue. Le Chef du Bureau de Lutte contre le Trafic de Stupéfiants (BLTS), Evens Brillant, a été arreté le 14 février dans le cadre d’une opération de l’Inspection Générale de la police, pour avoir organisé l’atterrissage, au nord de Port-au-Prince, d’un avion colombien transportant près de 1000 kilos de coaine.

Dans le même cadre, 3 conseilliers civils du Directeur Général de la police, Jean Nesly Lucien, ont également été apprehendés puis liberés sur intervention personnelle, dans la nuit du 14 février, du numéro 1 de la police. Alors que la nouvelle a été diffusée dans la presse, Georges Dere, Jean-Louis Léandre et Jean-René Lochard ont quand même pu laisser le pays le 17 février pour les Etats-Unis.

Une communication du Conseil Supérieur de la police, dirigé par le Premier Ministre Yvon Neptune, était attendue en vain le 17 février. Jusqu’à ce 18 février, l’issue d’une reunion en urgence de ce Conseil n’était pas connue et ce dernier n’avait pas répondu à une convocation du Parlement.

Depuis que récemment plusieurs personnalités proches du pouvoir, notamment au niveau du parlement et de la police, avaient été indexées comme étant impliquées dans le trafic de stupefiants, des affaires de drogue se succèdent en cascade. Le 13 février, en relation avec une question de drogue, 2 personnes ont été abattues par la police à Peguy-Ville, Est de Port-au-Prince. La police a fait savoir que les deux individus ont été tués lors d’echanges de coups de feu avec des policiers, tandis que les familles des victimes ont soutenu la thèse d’exécution de sang froid.

Une affaire de drogue touche aussi la justice, et le consulat américain a même supprimé le visa du juge Josiard Agnant, qui a eu des démélés avec le gouvernement, après la libération, jugée illégale par le Ministère de la justice, d’un présumé trafiquant de drogue.

Le juge Agnant a été mis en diponibilité et temporairement en résidence surveillée, suite à la liberation en janvier de Jean Salim Batrony, qui, selon un rapport de la police, a été trouvé en possession de 58 kilos de cocaine. Ce qui a provoqué un mouvement de protestation au niveau de la magistrature.

Arguant qu’aucune norme n’a été respectée dans le doissier du juje Agnant, l’Association Nationale des Magistrats (ANAMAH), observe depuis le 17 février un arrêt de travail, jusqu’à ce que la mesure de mise en disponibilité du juge soit levée.

De source parlementaire, on a par aillieurs appris que 3 juges auraient été révoqués pour complicité dans le trafic de la drogue.