HaitiWebdo

HaitiWebdo - Numéro 3


lundi 4 mars 2002

1] Le Président du sénat, Yvon Neptune, choisi comme Premier Ministre : des groupes de base liés a Fanmi Lavalas ne sont pas d’accord

2] Haïti, une cause difficile à défendre, dans les conditions socio-politiques actuelles (Interview avec l’historien français Christophe Wargny, ancien conseiller du Président Aristide)

1] LE PRESIDENT DU SENAT, YVON NEPTUNE, CHOISI COMME PREMIER MINISTRE : DES GROUPES DE BASE LIES A FANMI LAVALAS NE SONT PAS D’ACCORD

Le nom de celui qui remplacera le Premier démissionnaire Jean-Marie Cherestal est maintenant connu : ce sera Yvon Neptune, Représentant National a.i. de Fanmi Lavalas et Président du sénat. L’information a été confirmée par l’intéressé qui a fait savoir que l’application du programme économique et social du parti sera une des priorités de son gouvernement.

La désignation officielle est attendue sous peu. Si tôt que ce sera fait, Yvon Neptune démissionnera comme sénateur, selon ce qu’il a promis. Entre-temps des groupes se réclamant de la base de Fanmi Lavalas ont dressé des barricades enflammées dans quelques artères de la capitale pour manifester leur désaccord avec ce choix, qui a été pourtant salué par plusieurs parlementaires lavalas.

Des responsables de l’opposition ont pour leur part estimé que le choix d’Yvon Neptune ne témoignait pas de l’esprit de dialogue et d’ouverture dont disaient vouloir faire montre les responsables de Fanmi Lavalas, en raison, considèrent-ils, du caractère conflictuel de Neptune.

Le choix de Neptune comme nouveau Premier Ministre désigné devrait clore un débat ouvert depuis environ un mois avec la démission de Jean-Marie Cherestal.

2] HAà TI, UNE CAUSE DIFFICILE à€ DEFENDRE, DANS LES CONDITIONS SOCIO-POLITIQUES ACTUELLES

Interview avec l’historien Christophe Wargny, ancien Conseiller du Président Aristide

Par Gotson Pierre

"Il est aujourd’hui extrêmement difficile de défendre Haïti", se plaint l’historien et enseignant français Christophe Wargny, ancien conseiller du Président Jean Bertrand Aristide. Haïti, dit-il, est décrit, "et avec quelques bonnes raisons, comme un pays de la corruption, du chaos, un pays sans issue ou un pays de la désolation".

"Même si on veut promouvoir la culture ou l’image d’Haïti, on a l’impression d’être complètement isolé", déclare Christophe Wargny, qui caresse l’idée de faire du bi-centenaire d’Haïti en 2004 le rappel d’un évènement moteur de l’Histoire. Il fait circuler en ce sens un appel dans des milieux étrangers intéressés à Haïti. "Nous ne rencontrons que très peu de concours de la part des Haïtiens qui devraient être les principaux concernés", confie-t-il.

Christophe Wargny, qui ne cache pas son amitié pour Aristide, attribue en partie a l’actuel président haïtien, les causes des difficultés que connaît le pays. Wargny estime cependant que "la préférence d’Aristide pour la notion de fidélité au détriment de la notion de compétence paraît aujourd’hui atteindre des records et constituer une des explications aux difficultés d’aujourd’hui".

L’intellectuel français critique la structure du parti Fanmi Lavalas, le comportement de certains militants lavalas et les élections contestées de l’année 2000. "La constitution de Fanmi Lavalas s’est fait sur un modèle terriblement haïtien de parti avec un chef et un clan", au lieu d’un "modèle plus moderne et différent" affirme-t-il.

D’autre part, "un certain nombre de militants de la première heure, qui etaient réellement des militants, qui ont pris des risques, ont fini par enfiler des habits traditionnels des politiciens haitiens, avec tout ce que cela peut recouvrir de clanisme et de corruption", regrette Christophe Wargny.

Il indique également que la façon dont les élections de l’année 2000 ont été managées a ajouté non seulement au discrédit, mais a créé une sorte d’impasse politique. D’un coté, dit-il, des élections gagnées, "mais qu’on a voulu trop gagner" et puis de l’autre, "aucune alternative pour l’opposition que de faire durer la venue d’un hypothétique accord". Il en résulte, selon Wargny, "une impression que la classe politique toute confondue aurait oublié qu’elle est la représentante du peuple haïtien, qui souffre terriblement".

Christophe Wargny est co-auteur avec Pierre Mouterde du livre intitulé "Apre bal tanbou lou - Après la fête les tambours sont lourds", une analyse des rapports de Washington avec Port-au-Prince durant la période du coup d’état militaire de septembre 1991, qui met en évidence les doubles jeux de Washington. Wargny déclare qu’en considérant les années 1994 a 2002, "il y aurait sans doute un certain nombre de choses à redire". Il faudrait, ajoute-t-il, "un autre livre montrant l’extrême pesanteur des facteurs internes contre lesquels on a eu l’impression qu’il y avait un début de combat".

BRàˆVES INFORMATIONS :

- Les chefs de bandes armées de Cité Soleil, bidonvile du nord de Port-au-Prince, ont promis le 27 février dernier de faire taire leurs armes suite a une rencontre d’environ 3 heures avec le president Aristide au Palais National. Aristide a pour sa part evoqué un plan de desarment pour la cite sans donner de details. Les multiples affrontements de ces derniers mois ont fait plusieurs dizaines de morts et occasionnés la destruction de nombreuses maisonnettes.

- Une mission technique de l’Organisation des Etats Américains pour appuyer la démocratie en Haïti va être déployée en Haïti, selon ce qu’a déclaré le 1er mars à Port-au-Prince le Secrétaire Général adjoint de l’OEA Luigi Einaudi. A l’issue d’une visite en Haïti, Einaudi a fait savoir qu’un accord a été trouvé en ce sens avec le gouvernement. Il n’a cependant pas précisé la date d’arrivée de cette mission qui correspond à l’application de la résolution sur Haïti, votée le 15 janvier dernier par le Conseil permanent de l’OEA.

- Le sénateur lavalas Dany Toussaint s’est finalement présenté le 26 février devant le cabinet d’instruction pour répondre aux questions du juge Josiard Agnant, actuellement en charge du dossier de l’affaire Jean Dominique. A sa sortie, Toussaint a déclaré qu’il n’était plus question que le dossier soit confié au juge Claudy Gassant qui avait jusqu’à récemment conduit l’enquête et qui avait inculpé le sénateur. L’épouse de Jean Dominique, la journaliste Michèle Montas, avait fait part de son inquiétude face au silence du président Aristide sur la question de renouvellement du mandat de Claudy Gassant.

- Les mouvements de femmes ont débuté la préparation de la célébration du 8 mars journée internationale de la femme. Plusieurs activités sont prévues, non seulement à caractère revendicatif, mais aussi a caractère culturel. Expositions et conférences sont prévues durant le reste du mois de mars dans le cadre de la Fondation Africamerica, avec la participation de plusieurs organisations de femmes.