HaitiWebdo

HaitiWebdo Numero 38


mardi 4 février 2003

Tandis que, dès l’origine, elle a été construite avec
l’apport de milliers d’étrangers, la République
d’Haïti entame le deuxième mois de l’année 2003 avec
des relents proches de la xénophobie, sur fond
d’aggravation de la crise politique, économique et
sociale. Une fuite en avant de la part des gouvernants
pour occulter les véritables problèmes conjoncturels
auxquels fait face le pays ? De leurs cotés, les
Américains relancent le dossier sensible de la drogue
en mettant à l’index des personnalités du régime.

1] LE REGIME LAVALAS PART EN GUERRE CONTRE LA
COMMUNAUTE D’AFFAIRES D’ORIGINE ETRANGàˆRE

Nahoum Marcellus, devenu député à la faveur des
élections contestées de l’année 2000, a demandé le 27
janvier aux autorités d’immigration de renseigner sur
la nationalité de plusieurs ressortissants d’origine
arabe qui avaient participé à la grève générale du 24
janvier contre le mode de gestion des affaires
publiques par le régime au pouvoir.

Ces ressortissants d’origine arabe occupent, depuis
plus d’un siècle, une forte part du commerce et des
industries dans le pays. La plupart d’entre eux, qui
sont nés et ont des enfants en Haïti, maintiennent
leur culture arabe et des relations avec leur pays
d’origine, tout en continuant d’entreprendre en Haïti.
Aucune donnée statistique n’existe sur la détention,
par cette communauté haïtiano-arabe, de plusieurs
passeports, comme l’a fait entendre Nahoum Marcellus.

De nombreux commerçants, membres d’organisations
sociales et responsables de partis politiques
d’opposition ont élevé leurs voix contre cette
nouvelle attaque du parti au pouvoir qui semble, à 
nouveau, être tenté d’ostracisme pour faire face à une
contestation sociale grandissante et surtout au peu
d’allocations financières en provenance des sources de
financement internationales. Ces secteurs ont rappelé
que le régime lavalas avait bénéficié, pendant les
années 1990, du support financier de ressortissants
d’origine arabe, dont Antoine Izméry, assassiné le 11
septembre 1993 pendant le coup d’Etat militaire.

Evoquant l’approche de Nahoum Marcellus (dont le
prénom pourrait être associé à la communauté arabe),
des analystes avertis se demandent ce que feraient les
ressortissants d’origine haïtienne résidant aux
Etats-Unis d’Amérique, au Canada, en République
Dominicaine et dans d’autres pays antillais, si les
gouvernements de ces pays s’avisaient d’appliquer une
politique d’exclusion contre ces Haïtiens et
descendants d’Haïtiens.

Même le Premier Ministre Yvon Neptune a repris, le
dimanche 2 février, le refrain de " gens arrivés en
guenilles sur le territoire national et s’étant
enrichis par la suite sur le dos de la population "
pour qualifier la communauté d’origine étrangère, dont
des représentants se seraient arrogés le droit
d’appeler à un mouvement de paralysie totale des
activités du pays. Neptune avait d’ailleurs tenu le
même discours le 23 janvier, en guise de
désapprobation du mouvement de grève générale lancée
par 184 organisations et institutions de la société.

Officiellement, en janvier 2003, il n’existe que 685
étrangers détenteurs d’un permis de séjour dans le
pays, a indiqué le vendredi 31 janvier, le Ministre de
l’Intérieur Jocelerme Privert qui répondait à une
invitation des députés contestés sur le statut des
étrangers en Haïti.

C’est la première fois en douze ans, que le discours
du pouvoir lavalas prend une telle tournure de
stigmatisation contre une frange particulière de la
bourgeoisie haïtienne. Avant le sanglant coup d’Etat
militaire de 1991, le Président Aristide opposait
souvent "bourgeois ’patripoches’" et "bourgeois
patriotes". Durant l’administration du Président
lavalas René Préval (1996 - 2001), le maitre-mot a été
la "restauration de l’autorité de l’Etat", incluant
des promesses non tenues de "contraintes" contre les
nantis pour les porter à "libérer leurs avoirs". Mais,
dans les faits, il n’y a eu aucune remise en question
des structures économiques et sociales, ni de
dispositions institutionnelles visant à les
transformer.

2] TRAFIC DE DROGUE, DOSSIER SENSIBLE

Par Ronald Colbert

Les visas d’entrée aux Etats-Unis d’Amérique d’une
douzaine de membres du régime lavalas incluant des
policiers et autres personnalités viennent d’être
annulés dans le cadre d’une disposition américaine
contre le trafic de la drogue.

Selon le quotidien Le Nouvelliste, citant des sources
autorisées, les personnalités interdites d’entrées aux
Etats-Unis, pour implication présumée dans le trafic
de la drogue, seraient : Jean Oriel, chef de sécurité
de la présidence ; Anthony Nazaire, directeur du Parc
automobile au Palais National ; Clarel Alexandre,
directeur de la Police Administrative ;Theressa Rudy,
chef de la Brigade d’Intervention Rapide (BRI) ;
Hermione Léonard, actuelle directrice départementale
de l’Ouest de la Police Nationale d’Haïti ; Clifford
Larose, directeur de l’Administration Pénitentiaire
Nationale (APENA) ; Jean Nesly Elie, ancien directeur
départemental du Sud-Est de la Police ; Lucien
Fabien, ancien commissaire à Terre Rouge ; Pierre
Jacques Khawly Junior, fils du président de la Chambre
de Commerce du Sud-Est ; Nahoum Marcellus et Momprevil
Saint-Juste, députés contestés.

Le président américain George Bush a épinglé Haïti,
vendredi dernier 31 janvier, comme faisant partie des
pays " qui sont des gros producteurs de stupéfiants ou
qui ne font pas suffisamment d’efforts pour lutter
contre le trafic de la drogue ". En 2002, environ 8 %
de la cocaïne destinée aux Etats-Unis a transité par
Haïti, selon Judith Tronzo, porte-parole de
l’ambassade des Etats-Unis en Haïti.

Le parti Fanmi Lavalas a réclamé, ce 3 février, des
preuves de l’implication dans le trafic de la drogue
des personnalités citées par le rapport américain. Se
référant aux chiffres fournis par l’administration
américaine, le porte-parole du parti, Jonas Petit, a
mis en relief une diminution de la quantité de drogue
transitant par Hiati, de 15% l’année dernière à 8%
cette année.

Le dossier de la drogue reste une question sensible,
abordée avec beaucoup de délicatesse par la presse
nationale, en considérant les éventuelles incidences
sur celles ou ceux qui se risqueraient à le traiter
dans les informations. Dans divers milieux, les
chuchotements ont toujours persisté sur l’implication
probable de hautes personnalités politiques et de
policiers dans le trafic de la drogue.

Les Etats-Unis ne débloqueront de fonds pour Haïti
contre le trafic de la drogue, que lorsque les
autorités nationales auront décidé de révoquer les
policiers impliqués dans le trafic de la drogue, a
affirmé le week-end écoulé au quotidien américain
Miami Herald l’ambassadeur américain accrédité dans le
pays, Bryan Dean Curren.

Au dernier trimestre de l’année 2002, quelques
semaines après une opération d’agents de la Food and
Drug Administration (FDA) en divers points du
territoire national, Dean Curren avait accusé la
Police Nationale d’Haïti d’avoir favorisé la fuite de
plusieurs présumés trafiquants de drogue, au moment où
les services spécialisés de la république étoilée
s’apprêtaient à agir contre ces trafiquants de drogue.
Depuis quelques années, Haïti a accordé aux Etats-Unis
l’autorisation de patrouiller dans la airs et en mer,
sur le territoire national, à la recherche d’éventuels
trafiquants.

Il y a quelques années, un ressortissant colombien,
numéro 2 du cartel de Cali, qui était emprisonné,
s’est évadé de manière spectaculaire de la prison
civile de Jacmel, chef-lieu du Sud-Est, une des
régions sensibles du pays où de temps à autre des
questions de drogue sont agitées.

Toujours est-il que, depuis la fin de l’année 2001,
SOGEBANK, la principale banque commerciale de la
place, avise à ses clients que les transferts en
direction de la Colombie ne doivent pas dépasser 1,100
dollars américains par personne et par jour. Personne
ne sait jusqu’à présent si cette disposition répond à 
une demande de la Banque Centrale du pays obéissant à 
certaines ententes avec les structures financières
régionales.

Aucune information judiciaire n’est venue indiquer la
suite donnée à l’arrestation de ressortissants d’Haïti
et d’autres pays, maintes fois interceptés à 
l’aéroport international de Port-au-Prince avec des
cargaisons de cocaïne.