Perspectives

Haiti : Du café exporté vers la Rép. Dominicaine pour 15 millions de dollars, " de manière complètement informelle "


mardi 22 novembre 2005

P-au-P, 22 nov. 05 [AlterPresse] --- Entre 60.000 et 160.000 sacs de 60kgs de café vert haitien, d’une valeur d’environ 15 millions de dollars américains, passent annuellement la frontière vers la République Dominicaine, selon l’agronome Gilles Damais de l’Institut de Recherches et d’Application des Méthodes de Développement (IRAM).

Dans le cadre du Laboratoire des Relations Haïtiano-Dominicaines (LAREHDO), Damais a effectué des recherches en vue de mieux connaître les circuits d’exportation du café haïtien vers la République Dominicaine et réfléchir sur les mesures à prendre pour mieux valoriser ce débouché.

Ces chiffres, complètement sous-estimés, font de la République voisine le principal partenaire commercial d’Haïti pour ce qui est du commerce extérieur du café, souligne Gilles Damais. Cependant, cette exportation est effectuée « de manière complètement informelle », ajoute-t-il.

Le responsable de l’IRAM indique que durant les années 1980, Haïti importait du café dominicain. « Il était à ce moment-là plus intéressant pour la filière haïtienne d’importer du café dominicain, mais ça n’a duré que deux ans », rappelle-t-il.

Durant les 15 ou 20 dernières années, le café consommé en République Dominicaine est celui d’Haïti. On estime qu’à peu près la moitié de ce café provient du Sud-est (Thiotte, Fond Jean-Noà« l, Macary), un quart provient de la Grand’Anse avec un circuit commercial très bien établi depuis Beaumont en passant par Jérémie vers Port-au-Prince, ensuite Belladère, avant d’arriver en République voisine.

Selon Gilles Damais, le prix de la livre de café haïtien varie selon la région, selon son enclavement et selon la période. Plus la région est enclavée par rapport au marché du café, plus les prix seront bas. Plus la concurrence est élevée comme à Thiotte, où la livre de café vert passait de 30 gourdes à 40 gourdes en février 2005, plus les prix sont élevés.

En novembre 2004, l’intermédiaire transfrontalier haïtien revendait le café de Beaumont à 36 gourdes la livre (avant frais financiers) à son contact dominicain. En avril 2005, il passait à 43 gourdes.

L’intermédiaire transfrontalier réalise une marge nette de 1,2 gourdes sur chaque livre de café achetée à la capitale à des marchands du circuit Jérémie/Port-au-Prince. Cette situation est due à l’enclavement de cette commune du département de la Grand’Anse où les routes sont dans un état critique.

« Dans la région de Beaumont relativement éloignée de la République Dominicaine, on a des prix qui démarrent en pleine campagne à un niveau relativement bas (20 gourdes), mais qui atteignent en fin de campagne les 40 gourdes la livre », précise Gilles Damais.
De son coté, en plus de le consommer, la République Dominicaine réexporte le café haïtien semi torréfié à des firmes portoricaines. Pour leur part, ces dernières en revendent une partie sur le marché mondial, sous forme de café vert, selon l’étude du LAREHDO.

La torréfaction, à l’échelle industrielle, de café de qualité pourrait être envisagée en Haïti, selon l’étude, qui admet, toutefois, que la perte du débouché dominicain aurait certainement des conséquences néfastes à la fois sur les revenus des producteurs haïtiens, les surfaces en café et, en dernier lieu, sur l’environnement haïtien.

« Le commerce de café avec la République Dominicaine n’est pas un phénomène nouveau, il date déjà d’une trentaine d’années », selon le LAREHDO.

« La production de café en République Dominicaine connaît une tendance à la baisse depuis une vingtaine d’années », en raison de la faible rentabilité par rapport à d’autres opportunités de cultures pour l’exportation, des difficultés d’accès à la main d’œuvre pour la récolte et des catastrophes naturelles qui se sont produites dans la région. [do gp apr 21/11/05 01:00]