Perspectives

Haïti : Les casques bleus accusés de violation de droits humains


vendredi 18 novembre 2005

P-au-P, 18 nov. 05 [AlterPresse] --- Des ONGs américaines accusent les soldats onusiens déployés en Haïti d’avoir « massacré », durant l’année 2004, une soixantaine de personnes à Cité Soleil (vaste bidonville situé au nord de Port-au-Prince), a appris AlterPresse.

Ces organisations ont porté plainte devant la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) de l’Organisation des Etats américains (OEA) contre le Brésil qui a le commandement militaire de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haiti (MINUSTAH).

Dans une pétition rendue publique le 15 novembre 2005, ces ONGs déclarent être en possession de vidéos et de témoignages démontrant que 63 civils, dont des femmes et des enfants, ont été assassinés par les casques bleus en juillet 2004.

Les accusations touchent également les Etats-Unis « pour avoir fourni des armes de grand calibre à la Police Nationale d’Haïti (PNH) ».

Dans le cadre de leur initiative, ces ONGs reçoivent le soutien du célèbre linguiste et militant Noam Chomsky et de deux membres du Congrès américain, Maxime Waters et Barbara Lee.

La pétition évoque également « l’exécution » du chef de bande Emmanuel Wilmer, dit Dread Wilmé, en été 2005 à Cité Soleil.

Toujours selon la pétition, au mois d’août 2005, des agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH) ont effectué une série de quatre massacres avec l’appui de civils armés de machettes.

Le tout dernier remonte au 20 août dernier sur le terrain de Sainte Bernadette à Martissant à l’occasion d’un match de football, lit-on dans le document.

Les ONGs projettent de déposer une plainte contre la PNH pour violation des droits des Haïtiens, annonce-t-on.

Le général brésilien Bacellar Urano Texeira Da Matta, commandant de la MINUSTAH, réfute catégoriquement ces accusations, rejetées officiellement par le gouvernement brésilien.

Dans un communiqué publié le 17 novembre sur le site Internet du ministère brésilien des affaires étrangères, le gouvernement de Ignacio Lula Da Silva déclare qu’il y a plutôt eu en Haiti « une diminution systématique et substantielle des assassinats et massacres ainsi qu’une amélioration constante » de la sécurité.

La chancellerie brésilienne a fait savoir que la plainte des ONGs américaines n’a pas été transmise à sa mission auprès de l’OEA. Le processus normal peut durer environ 18 mois avant que le Brésil soit notifié de cette plainte, a-t-elle précisé.

Le Brésil a exprimé son entière disposition à « coopérer » avec la CIDH. Il a souligné qu’ « aucune force politique ou organisation de la société haïtienne n’a accusé le Brésil de violation de droits humains ».

Les fonctionnaires de l’OEA ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils n’avaient pas les fonds nécessaires pour conduire une enquête. De plus, les principaux bailleurs de fonds de la CIDH sont le Brésil et les Etats-Unis.

La semaine dernière, 138 soldats brésiliens ont été médaillés pour le travail qu’ils ont réalisé en Haïti dans la zone volatile du Bel-Air (Centre de Port-au-Prince) dans le cadre de la MINUSTAH.

« La population du Bel-Air était le grand partenaire des soldats brésiliens dans la conquête de cette médaille », selon le commandant en chef du bataillon brésilien, le colonel Mangiavacchi. Ce dernier avait renouvelé l’engagement de ses hommes à « respecter les droits » des Haïtiens. [do apr 18/11/05 22:20]