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HaitiWebdo numéro 61

Haïti / Elections : pas de tortue, pas de course


lundi 24 octobre 2005

Cinq jours après la confirmation du report des prochaines élections haitiennes par le premier ministre Gérard Latortue devant le Conseil de sécurité des Nations unies, à New York, le Conseil électoral provisoire (CEP) n’a toujours pas avancé une date officielle pour le premier tour du scrutin.

Depuis le début de l’année (2005), la date des élections a été repoussée à quatre reprises.

HAà TI / ELECTIONS : PAS DE TORTUE, PAS DE COURSE

Par Vario Sérant

Le nouveau président d’Haïti prêtera
serment le 7 février 2006, comme l’exige la constitution de 1987.

Le Premier ministre en a donné une nouvelle fois la garantie le 20 octobre,
dans une interview à Radio France International. « S’il y a une seule date
qui soit incontournable, c’est bien le 7 février », a martelé Gérard
Latortue.

Certains responsables politiques, tout en souhaitant ardemment le respect de
cette échéance, ont mis en garde contre tout fétichisme par rapport à la
date du 7 février.

Le plus important, pensent ces derniers, c’est la tenue de bonnes élections
pouvant mettre fin à la transition (ouverte par la démission et le départ en
exil du président Jean Bertrand Aristide le 29 février 2004), faciliter le
rétablissement de la légalité constitutionnelle et engager le pays sur les
voies de la stabilité et du développement.

D’autres estiment que le non-respect de la date fatidique du 7 février
ouvrirait la voie à l’aventure et ferait écrouler « l’arsenal consensuel »
justifiant le maintien du gouvernement intérimaire.

Outre l’assurance donnée à propos de la prestation de serment du futur chef
d’Etat, le chef du gouvernement a déclaré que le premier tour des élections
présidentielles et législatives - prévu initialement le 20 novembre - se
tiendra de préférence à la mi-décembre, plus précisément entre les 11 et 18
décembre.

Cinq jours après la confirmation de ce report faite par Gérard Latortue
devant le Conseil de sécurité des Nations unies, à New York, le Conseil
électoral provisoire (CEP) n’a toujours pas avancé une date officielle pour
le premier tour de ces joutes.

Depuis le début de l’année (2005), la date des élections a été repoussée à 
quatre reprises.

Dans un discours prononcé le 10 octobre à Port-au-Prince, à la faveur de la
célébration de la fête nationale de la République de Chine (Taïwan), le
Premier ministre haïtien a évoqué des problèmes techniques pour justifier le
plus récent ajournement des élections.

Ces difficultés techniques seraient à l’origine d’un ensemble de retards
accumulés par le CEP dans le processus électoral. En effet, quinze jours
après le lancement de la campagne électorale, la liste définitive des
candidats agréés n’est toujours pas publiée, le numérotage des candidats en
lice n’est pas effectué et la distribution des premières cartes électorales
n’a démarré que de manière symbolique.

Les étapes sus-mentionnées devraient être franchies dans les prochains
jours, si l’on en croit l’organisme électoral.

Ces deux dernières semaines, le Conseil électoral provisoire donne
l’impression d’avoir un peu plus d’allant. Il a pu se doter - en l’espace de
dix jours - de règlements généraux alors qu’il n’arrivait pas à le faire
depuis sa formation il y a bientôt un an.

Cet acquis est possible il est vrai grâce à l’encadrement d’un Comité
d’appui logistique au CEP composé de membres du gouvernement intérimaire, du
Conseil des sages et de l’institution électorale. Le Comité d’appui se
propose entre autres de garantir une « reprise en main objective du
processus électoral » et d’aider au « rétablissement de la crédibilité du
CEP ».

Depuis sa création, l’actuel organe électoral a eu à faire face à moult
reprises à un grave problème de cohésion où des conseillers (électoraux)
prenaient l’habitude d’étaler leurs divergences sur « la place publique »
alors qu’il y avait de la besogne à abattre.

Outre les dissensions intermittentes, les imperfections qui semblaient
caractériser le processus sont imputables, selon plus d’un, au fait que les
actuels membres du CEP n’avaient auparavant aucune expérience en matière
d’organisation des élections.

A ce problème s’ajoute celui de la présence au sein de l’organisme électoral
de membres de partis politiques, conformément à l’esprit de « l’accord
initial » conclu par les protagonistes de la crise sous la médiation de
l’Organisation des Etats américains (OEA). Il faut enfin souligner une
apparente emprise de la communauté internationale sur le processus électoral
et parfois un manque de synchronisation des initiatives de cette dernière
avec celles des acteurs haïtiens.

Parmi la batterie de dispositions adoptées pour pallier les difficultés
techniques qu’affronte l’institution électorale, l’administration Alexandre
/ Latortue a également donné investiture le 15 octobre à un directeur
général - en la personne de Jacques Bernard - qui aura pour mission, selon
le Premier ministre, d’exécuter les décisions du CEP.

Cette installation allait être suivie, quelques jours après, d’un remodelage
de l’appareil électoral. Cette refonte va dans le sens d’une dynamisation du
processus électoral, a indiqué le responsable des opérations électorales au
CEP.

Selon Patrick Féquière, « cette dynamisation attendue devrait se manifester
par une mobilisation des ressources autour des tâches à accomplir en vue
d’atteindre l’objectif final, à savoir la réalisation d’élections crédibles
dans le pays ».

Alors que sept électeurs potentiels sur dix se sont enregistrés sur les
listes, il est difficile de pronostiquer le taux de participation lors des
prochaines joutes. En effet, si plusieurs inscrits affirment vouloir
effectivement se rendre aux urnes, d’autres paraissent indécis et attirés
surtout par « la carte miracle qui ouvrira toutes les portes ».

N’ayant aucune pièce d’identité, l’obtention de la carte d’identification
nationale (CIN), la carte électorale, est une occasion rêvée pour nombre
d’Haïtiens - vivant particulièrement en milieu rural - d’avoir « une
existence légale ». D’ailleurs, dans ses spots de sensibilisation sur les
élections, le Conseil électoral provisoire a beaucoup capitalisé sur cet
aspect.

Les reports à répétition de certaines échéances (dans le processus
électoral) ont certes un effet démotivant et déstabilisant sur l’électorat
potentiel. Ce dernier pourrait toujours se consoler et prendre son mal en
patience au vu de certaines décisions annonciatrices d’une nouvelle cadence
allant dans le sens d’un respect à la lettre du calendrier électoral.

Mais voilà qu’une saga juridico-politique vient parasiter le processus,
entraînant un débat sans fin et risquant même d’entraîner dans un cul de
sac, si on n’y est pas déjà .

La Cour de Cassation, le plus grand tribunal du pays, a décidé de réintégrer
dans la course à la présidence le richissime homme d’affaires du Texas
réputé de nationalité américaine (Dumarsais Siméus lui-même affirme être
détenteur d’un passeport américain), rejetant par ainsi l’accusation de
fausses déclarations que le Conseil électoral provisoire avait évoquée dans
sa requête.

Loin de démordre, le cabinet d’avocats du CEP a porté plainte le 18 octobre
au Parquet du tribunal civil de Port-au-prince contre le candidat, cette
fois pour faux et usage de faux, affirmant que Siméus pourrait faire l’objet
de poursuites pénales.

Pour sa part, le gouvernement a créé une « Commission d’Etat sur la
nationalité des candidats ». Les partis politiques en lice, dans leur grande
majorité, applaudissent. Siméus s’en moque, fait feux de tous bois et
poursuit le plus normalement du monde sa campagne électorale, arborant sa
posture de prédilection d’homme providentiel.

D’aucuns craignent que cette commission et les nouvelles exigences faites au
candidats ne viennent ralentir davantage le processus électoral. La
commission d’Etat présidée par le ministre de la justice Henry Dorléans
affirme que non.

Mais voilà que la Direction des Archives nationales a dans un communiqué
prévenu qu’elle ne sera pas en mesure de fournir aux candidats les pièces
exigées dans le délai imparti. Ce qui induit forcément des retards dans la
remise (à la Commission d’Etat) par les candidats des formulaires à eux
soumis. Ils devront remettre le dit formulaire dans un délai ne dépassant
pas le 31 octobre 2005.