Perspectives

Haiti : Quelle coopération avec les États-Unis en matière d’extradition de bandits ?


vendredi 14 octobre 2005

P-au-P, 14 oct. 05 [AlterPresse] --- Les organismes de défense des droits humains invitent les autorités intérimaires à fournir des éclaircissements autour de leur coopération avec les Etats-Unis en matière d’extradition de bandits.

Dans un entretien accordé à AlterPresse, Maxime Rony, dirigeant de la Plate-Forme des Organisations Haïtiennes de Droits Humains (POHDH), critique une absence de transparence dans les ententes intervenues entre les autorités des deux pays sur la lutte contre le banditisme et le terrorisme international.

Maxime Rony a été interrogé autour de l’extradition vers les Etats-Unis le 8 octobre de deux Haïtiens, Yves et Ernzo Jean-Louis, impliqués dans l’enlèvement de Olivia Généus, une fillette américaine de 9 ans.

Sans nier le caractère hautement répréhensible des actes reprochés aux individus extradés, Maxime Rony pense qu’« avant de prendre cette décision qui concerne la nation, les autorités étatiques devaient mettre les citoyens au courant et leur fournir les explications nécessaires ».

Le défenseur des droits humains place l’extradition de ces deux citoyens haïtiens dans le cadre de l’occupation du territoire national par la communauté internationale.

« Ils ont profité de l’occupation globale de notre pays pour exécuter leur plan en foulant aux pieds tous nos droits », dénonce le responsable de la POHDH.

Maxime Rony s’interroge déjà sur la forme de procès qui sera réservée à ces Haïtiens extradés avec le consentement du gouvernement intérimaire d’Haïti.

« La justice américaine viendra-t-elle enquêter en Haïti ou fera-t-elle entrer des témoins haïtiens aux Etats-Unis pour assister à ces jugements ? », s’interroge le militant des droits humains.

Le Ministre haïtien de la Justice, Henri Marge Dorléans, a réaffirmé le 13 octobre la volonté de Port-au-Prince de coopérer avec Washington dans la lutte contre le banditisme et le terrorisme.

« Le gouvernement haïtien est disposé à collaborer avec son homologue américain dans la lutte contre le banditisme et le terrorisme », affirme, lors d’une conférence de presse, le Garde des Sceaux de la République.

Toutefois, Dorléans estime que cette collaboration doit se faire dans le respect des lois de chaque pays, sans compromettre la possibilité de « reconstituer la souveraineté du pays ».

Henri Dorléans n’a pas fourni de réponse explicite à la question de savoir si les Etats-Unis étaient prêts à rendre la réciprocité à Haiti.

Jusqu’au 8 octobre, seuls des Haitiens accusés d’implication dans le trafic de la drogue étaient déportés vers les Etats-Unis pour être entendus par la justice américaine.

Les anciens policiers Rudy Thérassan, Jean Nesly Lucien et Romaine Lestin, l’ex-chef de la sécurité de Jean Bertrand Aristide, Oriel Jean, l’ancien sénateur Jean Marie Fourel Célestin, les hommes d’affaires Jacques Beaudouin Kétant et Serge Edouard (Sergot Persévérance) sont écroués aux USA pour trafic de drogue.

La semaine dernière, les autorités américaines ont innocenté Evintz Brillant, ancien responsable de la Brigade de Lutte contre le Trafic des Stupéfiants (BLTS). Agé de 33 ans, Evintz Brillant était accusé par les autorités fédérales américaines d’avoir servi de contact et de facilitateur aux trafiquants de drogue colombiens transportant des tonnes de cocaïne vers les Etats-Unis. [do gp apr 14/10/05 20:03]