Perspectives

En mémoire de Claire Heureuse, épouse du fondateur de la nation haïtienne


lundi 10 octobre 2005

Gonaïves, 10 oct. 05 [AlterPresse] --- Des travaux de nettoyage ont été effectués, le 8 octobre 2005, autour du tombeau de Marie Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines, épouse de l’empereur Jean Jacques Dessalines, au Cimetière des Gonaïves (nord de Port-au-Prince), a constaté AlterPresse.

Cette initiative porte l’empreinte de la Fondation Marie Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines (FF), sacrée impératrice, avec son mari, le général Jean -Jacques Dessalines, le 8 octobre 1804.

« Passant, si tu désires savoir ce que fut cette femme, consulte les premières pages de notre histoire », lit-on au lutrin du mausolée de l’épouse du fondateur de la nation haïtienne, nouvellement réaménagé.

La fondation a utilisé ses propres ressources pour la réalisation de ces travaux, affirme sa présidente Bayinah Bello.

« Nous croyons en la responsabilité citoyenne, en des actions collectives pour réaliser des choses qui nous concernent toutes et tous », déclare-t-elle.

Myrtho Casséus, membre de la délégation, propose d’ériger un buste en mémoire de Claire Heureuse. Sa proposition a été accueillie avec enthousiasme par la présidente de la FF.

« A partir des recherches effectuées en histoire, nous avons pu récupérer des données concernant Claire Heureuse, nous les avons soumises à des artistes qui auront à produire des œuvres d’art sur cette femme », acquiesce-t-elle.

Des curieux venus de divers quartiers de la Cité de l’Indépendance d’Haïti (Gonaïves) ont assisté à cette opération d’assainissement menée par des visiteurs en provenance de Port-au-Prince.

Bello déplore l’insouciance des autorités de la ville quant à la bonne tenue de l’espace sépulcral réservé à Claire Heureuse.

« Je ne comprends pas pourquoi vous venez faire ce nettoyage ici ; probablement vous êtes des employés de la communauté internationale », déclare un jeune vendeur de bicyclettes à une visiteuse. « Ils sont venus faire de la magie au cimetière et ils refusent de nous embaucher », ajoute un autre sur un ton ironique.

Durant l’opération, les membres de la délégation de Port-au-Prince n’ont reçu aucune visite des autorités locales. Toutefois, vers 3:00 dans l’après-midi du 8 octobre, la présence de Yves Lafortune, chargé de la Direction du Développement Culturel au Ministère de la Culture, était remarquée.

Lafortune a laissé croire que son Ministère accorde une importance capitale à l’initiative de la Fondation. Mais, le fonctionnaire de l’Etat estime que sa section n’a pas à intervenir dans les actions concernant le patrimoine physique haïtien.

Originaire de Léogâne (à 33 kilomètres au sud de Port-au-Prince), Marie Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines fut une femme qui a connu l’esclavage. Elle travailla dans les domaines de l’éducation et de la santé. Ce fut elle qui inculqua à Dessalines les premières notions de la lecture et de l’écriture.

« Sa spécialité c’est surtout la santé ; elle savait utiliser les plantes médicinales pour soigner les patients », explique la responsable de la FF.

Selon les explications de Bayinah Bello, Dessalines fut le troisième époux de Claire Heureuse. Cette dernière était l’aînée de Dessalines de 10 ans.

Le 17 octobre 1806, Jean Jacques Dessalines a été assassiné au Pont Rouge, à la sortie nord de Port-au-Prince. Claire Heureuse a survécu à son mari pendant 52 ans.

L’historien français Victor Schoelcher l’a visitée lorsqu’elle était nonagénaire.

« Même à 93 ans, elle garde toujours sa beauté et son élégance », rapporte Bayinah Bello qui cite Schoelcher.

Des jeunes des Gonaïves, qui se sont entretenus avec les membres de la délégation de Port-au-Prince, ne sont pas bien imbus du passé de Claire Heureuse. Cette rencontre a eu lieu au Centre de Ressources des Gonaïves, fraîchement construit.

Bello s’est inscrite en faux contre la version reprise par les jeunes, selon laquelle Claire Heureuse se porta sur le front aux côtés de son mari lors de la guerre de l’indépendance.

« Claire Heureuse avait épousé un militaire, mais elle ne voulait pas d’armes dans sa maison », précise Bayinah Bello.

Les responsables de la Fondation Marie Claire Heureuse Félicité Bonheur Dessalines ont profité de cette visite dans la ville des Gonaïves pour répertorier les vieillards qui sont déjà centenaires. Des activités seront bientôt organisées au profit de cette tranche d’âge. [do apr 10/10/05 14 : 00]