Perspectives

Haïti / Drogue : Un ancien fonctionnaire de la Police Nationale d’Haïti risque d’être gardé en prison


mercredi 21 septembre 2005

P-au-P, 21 sept. 05 [AlterPresse] --- Un ancien responsable de la Brigade de Lutte contre le Trafic des Stupéfiants (BLTS), une unité spécialisée de la Police Nationale d’Haïti (PNH), Evintz Brillant, serait sur le point d’être condamné à perpétuité pour son implication présumée dans le blanchiment d’argent, a appris AlterPresse du quotidien américain, le Miami Hérald.

Ancien cadre supérieur de la PNH, Brillant, qui dirigeait la BLTS sous le règne de Jean Bertrand Aristide (2001-2004), savait donner feu vert à des trafiquants de drogue colombiens pour transporter de fortes cargaisons de cocaïne vers les Etats-Unis d’Amérique, l’Europe et vers d’autres pays du monde, a évoqué le journal américain.

Programmée pour le lundi 19 septembre 2005, l’audition de Evintz Brillant, par le magistrat Marcia Cooke, a été reportée à une autre date dans le courant de la semaine, en raison du passage imminent de la tempête tropicale Rita aux Etats-Unis d’Amérique.

Brillant est le seul des quatre anciens fonctionnaires de la PNH retenus par la justice américaine, à avoir clamé son innocence dans le trafic illicite de la drogue.

Les trois autres, Jean Nesly Lucien (ancien Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti), Rudy Thérassan (ancien commissaire de Police) et Romaine Lestin (ancien responsable d’un commissariat de police situé à l’Aéroport International Toussaint Louverture) ont tous déjà plaidé coupables.

Au mois de juillet 2005, Rudy Thérassan a été condamné à 15 ans de prison. Le verdict de Jean Nesly Lucien et de Romaine Lestin sera rendu en novembre 2005.

« Evintz Brillant ainsi que d’autres fonctionnaires de la police haïtienne sous la présidence de Jean Bertrand Aristide avaient l’habitude de fermer les yeux sur la circulation de la cocaïne dans le pays en échange des pots-de-vin, et certains officiers de police savaient assurer la sécurité des trafiquants », a révélé une enquête de la Drug Enforcement Agency (DEA), agence américaine de lutte anti-drogue.

Selon cette enquête, Brillant ’’a occasionnellement arrêté des trafiquants de drogue aux fins de recevoir de fortes sommes ’’.

Cet ancien responsable de l’unité de lutte anti-drogue en Haïti est spécifiquement accusé d’être de mèche avec un réseau de drogue commandé par le trafiquant haïtien Serge Edouard, dit Sergot Persévérance, déjà condamné par les autorités judiciaires américaines.

Brillant recevait, dans un premier temps, US $10,000 pour faciliter le passage des expéditions de drogue et obtenait, dans un second temps, une somme de $150,000 d’un autre trafiquant pour assurer sa sécurité.

Les progrès réalisés par l’administration Bush dans le combat contre les trafiquants de drogue sont très significatifs, mais cela n’empêche pas les colombiens et autres fournisseurs d’utiliser Haïti pour faciliter l’écoulement de leurs produits, a souligné le journal Miami Herald.

Les autorités haïtiennes perdraient totalement le contrôle des ports maritimes du pays, des pistes d’atterrissage clandestines, et la corruption gangrène la police nationale, a indiqué le rapport de la DEA.

« Les réseaux haïtiens de trafic de drogue continuent à fonctionner avec l’impunité relative », précise le rapport de l’unité américaine de lutte anti-drogue daté du mois de mars 2005.

« Haïti reste un pays important pour les trafiquants de drogue colombiens ».

Le plus souvent, des cargos sont utilisés pour transporter de la drogue vers les Etats-Unis, cachée dans les expéditions des articles de légitimes. Les avions sont également utilisés, et quelques cargaisons de drogues sont transitées par la frontière haïtiano-dominicaine pour arriver à Porto Rico et ailleurs, soutient le rapport.

L’enquête de la DEA n’a produit aucune implication de l’ancien président Jean Bertrand Aristide, bien que quelques trafiquants de drogue, déjà condamnés par la justice américaine, aient insisté sur le fait que l’ancien président aurait été intimement impliqué dans le trafic illicite des stupéfiants.

Sous son régime, Aristide était considéré comme le « parrain de la cocaïne en Haïti ».

L’avocat américain, Ira Kurzban, a toujours démenti les accusations portées contre l’ancien président Aristide eu égard à sa participation dans le commerce de la drogue en Haïti. Le lobbyiste américain, qui a été refoulé le lundi 7 mars 2005 vers les Etats Unis d’Amérique par les autorités intérimaires haïtiennes, a inlassablement déclaré que Jean-Bertrand Aristide n’est pas en possession d’argent de la drogue.

Selon les informations diffusées dans la presse avant et après sa chute, Aristide avait transformé son pays en plaque tournante du commerce de la drogue, entre la Colombie et les Etats-Unis.

Des statistiques de la DEA, un cinquième de la poudre blanche consommée aux Etats-Unis, en provenance des cartels colombiens, transitait par Haïti.

Oriel Jean, condamné par la justice américaine, était le bras droit de l’ancien Curé défroqué, devenu dictateur. Il contrôlait particulièrement l’aéroport de Port-au-Prince, où il prélevait 10% sur la drogue qui y transitait.

Oriel Jean prélevait 50,000 dollars sur chaque cargaison de cocaïne qui arrivait par avion en Haïti, a fait savoir un informateur de la DEA. Lors de son jugement, Jean avait fourni des informations sur Aristide concernant ce dossier.

Ancien chef de la sécurité du Palais National (2001-2004), Oriel Jean n’est pas le premier à donner des renseignements sur Jean Bertrand Aristide quant à son implication présumée dans le commerce de la drogue.

L’homme d’affaires Jacques Beaudouin Ketant, condamné à 27 années de prison et à payer une amende de 30 millions de dollars, avait soutenu que « Jean-Bertrand Aristide contrôlait 85% du trafic de la cocaïne en Haïti ». [do rc apr 21/09/2005 0 : 00]