Perspectives

Haïti / Droits Humains : Les secteurs sociaux ont investi les rues, malgré une interdiction du gouvernement


mardi 20 septembre 2005

P-au-P., 20 sept. 05 [AlterPresse] --- Malgré une mesure gouvernementale d’interdiction de manifester jusqu’au 2 octobre, les organisations sociales ont marché dans plusieurs rues de la capitale, ce mardi 20 septembre 2005, pour forcer le gouvernement de transition à prendre des mesures rationnelles face aux conséquences de l’augmentation du coût de la vie, a observé AlterPresse.

Les manifestants ont emprunté plusieurs artères de Port-au-Prince, dont les quartiers populaires avoisinant Carrefour Feuilles (sud-est), pour faire passer leurs revendications.

La notification du mouvement de rues à la police nationale, bien avant la publication du communiqué du 16 septembre 2005 du Premier Ministre ai Henry Bazin, a motivé les organisateurs à poursuivre leurs démarche, selon des explications fournies à AlterPresse par un porte parole du collectif des organisations sociales, Wilson Junior Jean.

Les instigateurs du mouvement de protestation contre la cherté de la vie, notamment contre la hausse répétée des cours des produits pétroliers sur le marché national, ont gagné, sur leur passage, la sympathie de riverains et détaillants au marché public Salomon. A des intervalles réguliers, de petites commerçantes ont laissé leurs marchandises pour marcher avec les manifestants.

Un élan de solidarité a été constaté chez quelques chauffeurs de transport en commun et des écoliers qui, à leur façon, ont exprimé leur assentiment à l’endroit des manifestants. Des messages de sensibilisation ont été adressés aux couches populaires, dans le but de les inciter à regagner la lutte qui aspire à un mieux être pour cette frange de la population haïtienne.

Josué Vaval, représentant étudiant dans le groupe, a souligné l’intégration de la Coordination Nationale des Sociétaires Victimes des Coopératives (CONASOVIC) dans le combat.

« Un bon signe, qui montre que certains secteurs organisés commencent à comprendre le bien fondé de notre action », a-t-il estimé.

La manifestation du 20 septembre 2005 a été marquée par une altercation devant le ministère du commerce et de l’industrie, rebaptisé depuis des mois « ministère de la cherté de la vie » (ministè lavi chè), entre certains manifestants très amers envers le titulaire Fritz Kénol, et des policiers qui assuraient la sécurité du bâtiment. Une agitation vite calmée, quelques minutes plus tard.

La marche s’est déroulée sans présence policière, depuis la Faculté des Sciences Humaines (de l’Université d’Etat d’Haïti) jusqu’au ministère du Commerce et de l’Industrie, a constaté AlterPresse.

« Nou granpou, nou fout grangou » (Nous avons faim, nous crevons de faim).

Tels ont été quelques-uns des slogans hostiles, renouvelés à grand renfort de cris par les manifestants, à l’adresse du gouvernement provisoire, notamment contre la montée vertigineuse des prix des produits essentiels à la consommation.

La gestion politique du pays a été vertement critiquée par les instigateurs.

« Le plan néolibéral, adopté par les dirigeants du pays, appauvrit davantage les masses populaires et accroît la fortune des plus riches, déjà détenteurs de capitaux et des moyens de production », a lancé un manifestant.

L’initiative de la Plateforme des Organisations Haïtiennes de Défense des Droits Humains, (POHDH), Solidarité des Femmes Haïtiennes (SOFA), Mouvement Démocratique Populaire (MODEP), Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA), Mouvement des Etudiants Adultes (MEGA), et d’autres secteurs, a semblé attirer davantage de sympathie dans la manifestation du 20 septembre 2005, par rapport aux précédentes démonstrations réalisées depuis début 2005 par le collectif d’organisations sociales.

Comme prévu, le mouvement de rues a pris fin devant le Palais National (de la présidence haïtienne), avec des slogans les uns plus acides que les autres à l’endroit du régime en place.

Les protestataires ont fustigé la présence de la force onusienne en Haïti, considérée comme des « occupants ». Certains agents de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) étaient postés aux abords du palais national à ce moment précis de réprobation. [lf rc apr 20/09/2005 20:00]