Perspectives

L’historienne haïtienne Suzy Castor, récompensée en Espagne pour sa militance

à la cause des réfugiés, de la démocratie et des droits des femmes
vendredi 2 septembre 2005

P-au-P, 02 sept. 05 [AlterPresse] --- L’historienne et militante haïtienne de droits humains, Suzy Castor, sera distinguée le 13 septembre prochain à Madrid, Espagne, du quatrième « Prix Juan Marà­a Bandrés à la Défense du Droit d’Asile et à la Solidarité avec les Réfugiés », a appris AlterPresse.

« Par ce Prix, la Commission Espagnole d’Aide au Réfugié (CEAR) et la Fondation CEAR voudraient témoigner leur reconnaissance envers son œuvre opiniâtre (accomplie par Suzy Castor) dans la défense des réfugiées / réfugiés (et des immigrantes / immigrants), de la démocratie et des droits des femmes », a indiqué la CEAR dans un communiqué transmis à AlterPresse.

Jointe au téléphone à Port-au-Prince par l’agence en ligne haïtienne, la nouvelle récipiendaire du Prix Juan Marà­a Bandrés, qui était en réunion, s’est réjouie de « ce prix qui met Haïti à l’honneur en Espagne à l’occasion du bicentenaire de son Indépendance » (proclamée le 1er janvier 1804 contre la colonisation française).

« C’est pour moi une très grande surprise et je suis contente de recevoir ce prix », a déclaré à AlterPresse la militante des droits humains, l’une des personnalités du pays à avoir effectué de nombreuses recherches sur la problématique haïtiano-dominicaine, dont le massacre de compatriotes en 1937.

Suzy Castor est considérée comme l’une des personnalités à avoir écrit « avec beaucoup de sagacité sur le passé et le présent de son pays, ainsi que des Caraïbes ».

Durant ses trente années d’exil au Mexique, Suzy Castor s’est signalée par son action de solidarité et d’accueil des exilés chiliens, argentins et uruguayens, tout en appuyant directement la cause des guatémaltèques et salvadoriens asilés au cours de la période tragique des années 1980 jusqu’à la signature des accord de paix dans ces pays.

Epouse de feu Gérard Pierre-Charles (ancien candidat au Prix Nobel de la Paix en 2003), Suzy Castor visitera différentes villes espagnoles pour faire connaître la situation difficile de son pays, où des élections sont annoncées pour fin 2005 et où plus de 200 militaires espagnols sont déployés dans le cadre de la Mission de Stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH).

Elle dirige aujourd’hui le Centre de Recherches et de Formation Economique et Sociale pour le Développement (CRESFED), qu’elle a fondé avec son mari Pierre-Charles, de retour d’exil en 1986 à la chute de Jean-Claude Duvalier (Baby Doc). Le CRESFED apporte son appui à différents regroupements de défense de droits humains en Haïti.

Ce centre, qui contenait une bibliothèque consacrée à l’Amérique Latine (avec des ouvrages, documents et autres travaux très rares de recherche spécifiques), a été vandalisé et incendié par des partisans zélés de l’ex-dictateur Jean Bertrand Aristide, le 17 décembre 2001, lors d’une prétendue tentative de coup d’Etat contre l’ancien régime. Avec la solidarité de militantes et militants d’Haïti, des travaux seront vite entrepris, à partir du 17 janvier 2002, pour remettre en état le CRESFED « qui a joué et qui joue encore un rôle essentiel dans la lutte pour la démocratie et la justice sociale en Haïti ».

A la même date, le 17 décembre 2001, les sbires de l’ancien régime avaient aussi saccagé la résidence de Suzy Castor et Gérard Pierre-Charles à Pétionville. Son mari n’était pas dans le pays ce jour-là . Mais, la militante Suzy Castor avait courageusement décidé de rester, contre vents et marées, dans la maison qui avait été attaquée avec des cocktails molotov.

Auteure, professeure d’universités très connue, défenseure farouche des droits de la personne humaine, non seulement en Haïti, mais aussi dans toute l’Amérique latine, ancienne candidate au sénat aux élections controversées de mai 2000, Castor est également membre du directoire du parti politique Organisation du Peuple en Lutte (OPL), anciennement dénommé Organisation Politique Lavalas.

Elle a été membre du jury du Tribunal Permanent des Peuples aux côtés d’autres personnalités, comme l’auteur uruguayen Eduardo Galeano ou l’avocat chilien Fabiola Letelier.

Elle compte à son actif six ouvrages, dont l’Occupation Américaine d’Haïti, la Migration et les relations internationales. Elle a dirigé des travaux de recherches sur Haïti et la Caraïbe et l’Amérique latine, a publié plus de 50 articles dans des revues scientifiques, a dispensé des cours dans des universités de plusieurs pays du monde et a participé à des séminaires en Amérique et en Europe.

Ancienne étudiante en Sciences Sociales à l’Ecole Normale Supérieure (Haïti) en 1958, Suzy Castor est docteure en Histoire à l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM). C’est au Mexique qu’elle s’était réfugiée, comme militante de gauche, pendant plus de trente ans avec son mari Gérard Pierre-Charles pour échapper à la dictature du régime des Duvalier.

Entre 1968 et 1986, elle était professeure à la Faculté de Philosophie et de Lettres et à la Faculté de Sciences Politiques de l’UNAM. En 1972, elle a créé le Centre d’Etudes des Caraïbes au sein de la Faculté des Sciences Politiques et a fondé, en 1976, la revue spécialisée « Contemporain » des Caraïbes, publiée par ce Centre.

Suzy Castor devient aujourd’hui la deuxième femme récipiendaire du Prix Juan Marà­a Bandrés, après le jésuite Enrique Figaredo, évêque espagnol de Battambang (Cambodge), Margueritte Barankitse (Burundi) et le prêtre jésuite colombien Javier Giraldo. [do rc apr 02/09/2005 16:00]