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Les femmes appellent à un renforcement de la mobilisation en vue de changer les pratiques politiques en Haiti


lundi 25 novembre 2002

Comité de la Coordination Nationale de Plaidoyer des Droits des Femmes

Déclaration a l’occasion du 25 novembre 2002,Journée Internationale contre la Violence faite aux Femmes

Le Comité de la Coordination Nationale de Plaidoyer des Droits des Femmes manifeste son indignation face à la conjoncture dans laquelle elle est obligée de célébrer le 25 novembre, Journée Internationale contre la Violence faite aux Femmes. Nous sommes indignées de constater qu’en dépit des constants efforts des organisations de femmes pour barrer la route à la violence envers les femmes ce, depuis quinze (15) ans, la violence se multiplie sous toutes ses formes dans le pays. Les gouvernements passent, le sang des femmes, le sang des populations ne cessent jamais de couler. Les tractations de tout genre de la classe politique traditionnelle - Lavalasse, Macoute, Convergence – permettent au contraire une augmentation des situations de violence auxquelles les femmes sont exposées.

Nous savons parfaitement que la violence contre les femmes est un produit du système patriarcal qui institutionnalise la suprématie de l’autorité masculine. Cependant, la conjoncture politique nationale influe grandement sur ce phénomène. En effet, le gouvernement Lavalasse en place tolère l’insécurité, les actes de banditisme et les violeurs. L’irresponsabilité des dirigeants Lavalasse provoque une crise économique considérable dans laquelle la monnaie nationale, la Gourde, est en chute libre, et la cherté de la vie devient une plaie pour les familles où nombre de mères sont souvent dans l’incapacité de faire bouillir la marmite pendant des semaines. Les luttes pour occuper les espaces de pouvoir que se livre la classe politique traditionnelle voudraient faire croire que le pays se divise en deux (2) camps politique. Les pratiques politiques ancrées dans la démagogie et la corruption deviennent la règle. Rien n’est en construction et aucune institution, qu’il s’agisse du secteur public ou privé, ne fonctionne normalement. La prétendue division du pays en deux (2) camps politique sert de prétexte pour semer la terreur, bafouer les libertés publiques, imposer le silence au secteur démocratique et aux organisations que se sont données les populations ; des populations qui aspirent à se prononcer sur les affaires du pays. A titre d’illustration citons la répression qui frappe les étudiants-es, les femmes, les écoliers-ères, les dirigeants-es de coopérative, les syndicalistes, les journalistes et toutes les organisations qui se démarquent des partis politiques. Cette crise généralisée induit que les femmes haïtiennes sont plus exposées aux actes de violence.

Les femmes de Port-au-Prince, en particulier celles vivant dans les quartiers de Martissant et de Cité soleil, sont soumises à des violences constantes. Les membres des gangs peuvent en toute quiétude, en toute impunité perpétrer des viols et des kidnapping ; le corps des femmes est devenu pour eux un terrain où ils se livrent la guerre. De telles situations sont possibles parce que la société haïtienne tolère la violence à l’égard des femmes, parce que le Système Judiciaire rechigne à accomplir sa mission, parce que les membres de gang reçoivent la bénédiction du président de la République, M. Jean-Bertrand Aristide, lorsque ce dernier les reçoit au Palais national. Partout dans le pays, les femmes, les fillettes et les jeunes filles vivent dans la crainte d’être victime.

Les hommes qui exercent de la violence sur les femmes agissent eux sans aucune crainte car, le Système Judiciaire n’offre aucune protection contre la violence spécifique envers les femmes. Année après année nous enregistrons des cas de femmes assassinées par leur mari. En 2001, à la veille de la célébration de la Journée Internationale contre la Violence à l’égard des femmes, Jean Lamartine, un agent de sécurité, à tué sa femme en utilisant une arme à feu. En septembre 2002, à Jacmel, Gédéon Liscard, un prédicateur, un directeur d’école, a battu à mort sa femme enceinte de six (6) mois.

Les actes de violence à l’égard des femmes se multiplient, mais la crise politique que traverse le pays depuis plusieurs années entrave les initiatives des organisations de femmes. Nous cherchons à obtenir des lois protégeant les femmes contre la violence spécifique dont elles font l’objet. Nous réclamons la mise en place des structures étatiques pouvant adéquatement assurer la prise en charge des victimes et la définition de politiques susceptibles de faire échec à la violence envers les femmes. Nous réclamons conformément aux prescrits de la Plate-forme d’Action de Beijing signée par le gouvernement haïtien en 1995 ; conformément aux dispositions de la Convention Interaméricaine Belem Do Para contre la violence faite aux femmes dont nous avons obtenu la ratification par le Parlement en 1996.

En ce 25 novembre 2002, nous constatons un regain de la mobilisation dans le pays. Cette mobilisation s’exprime contre la politique faite de langue de bois, de mensonges, de corruption, d’immoralité ; contre cette politique si peu soucieuse des besoins réels des populations. En tant qu’héritière de Yvonne Hakim Rimpel – cette militante féministe, cette militante politique, cette militante de la liberté de la presse, victime de tortures et de viol sous la dictature de François Duvalier - le Comité de la Coordination Nationale de Plaidoyer des Droits des Femmes, appelle tous les secteurs de la vie nationale à rejoindre la mobilisation en vue d’exiger une autre pratique du politique qui s’inspire des besoins et des intérêts des femmes et de ceux de l’ensemble des populations.

NON à la violence d’Etat ! NON à la violence contre les femmes !

Port-au-Prince, le 25 novembre 2002

Pour le Comité

Danièle Magloire, Enfofanm

Yolette Jeanty, Kay Fanm

Olga Benoit, Sofa