Perspectives

Haiti : " Il ne faut jamais sous-estimer les mercenaires sud-africains "


mardi 2 août 2005

P-au-P., 2 août. 05 [AlterPresse] --- « Il ne faut jamais sous-estimer les mercenaires sud-africains », a commenté ce 2 août, Francois l’Ecuyer, un spécialiste canadien de l’Afrique du Sud, après la révélation de l’éventuelle présence sur le sol haïtien d’agents sud-africains afin d’entreprendre des activités subversives.

L’agence en ligne « News24 » de l’Afrique du Sud, citée par la station privée Radio Kiskeya, a fait état le 1er août d’un message électronique adressé à ses membres par la Ligue des Forces Spéciales Sud-africaines sur la présence apparente en Haïti de membres de la ligue, de leurs amis et d’anciens membres de la police sud-africaine, a des fins de déstabilisation.

Le spécialiste canadien qui commentait l’information pour AlterPresse, a souligné l’implication récente de mercenaires sud-africains dans des affaires louches, notamment en ce qui concerne la Guinée Equatoriale.

L’année dernière, 70 mercenaires font escale à Harare, en direction de la Guinée Equatoriale, raconte François L’Ecuyer. Les hommes de Mugabe (président zimbabwéen) découvrent du matériel militaire dans l’avion, l’arrêtent, ainsi que les gens à son bord. On apprendra par la suite que les hommes voulaient renverser le président de la Guinée équatoriale, Obiang Nguema.

Certains des mercenaires, dont Simon Mann, leur chef, sont toujours en prison à Harare. Simon Mann est le fondateur de Executive Outcomes, une importante firme de mercenaires, créée au début des années 1990 en Afrique du Sud. Durant la période de l’apartheid, avant 1994, les agents de cette compagnie étaient impliqués dans des coups dans divers pays d’Afrique, dont l’Angola, la Zambie, l’Ethiopie, le Botswana, la Namibie et la Sierra Leone.

Depuis 1994, une loi ("Regulation of Foreign Military Assistance Act") a été adoptée en Afrique du Sud pour combattre de telles pratiques. A partir de cette période, « Executive Outcomes s’est dissout, mais certains mercenaires continuent à agir, comme ceux de Harare », a précisé la même source.

A Harare, l’action des mercenaires a tout au moins en partie été commanditée par Mark Thatcher, le fils de l’ancien premier ministre britannique, Margaret Thatcher. Mark Thatcher, jugé au cours de cette année par la justice sud-africaine, a plaidé coupable à une peine réduite, reconnaissant avoir versé L150,000 à Simon Mann pour la location d’un hélicoptère.

En ce qui concerne le dossier haitien, récemment, des médias faisaient état de la présence sur l’île de mercenaires sud-africains engagés pour des opérations de déstabilisation par une firme de sécurité ayant fourni des « bodyguards » à l’ex président Jean Bertrand Aristide pendant sa présidence. La République Dominicaine, qui partage l’île avec Haiti, avait annoncé avoir pris des dispositions pour faire face à la situation.

La Ligue des Forces Spéciales Sud africaines condamne par avance des actions de déstabilisation qui pourraient être entreprises par ses membres et les enjoint à renoncer immédiatement à ce projet.

Depuis 1994, avec la promulgation de la "Regulation of Foreign Military Assistance Act", « il est complètement illégal de faire du mercenariat » en Afrique du Sud, a souligné François L’Ecuyer. « Ils peuvent même être poursuivis en Afrique du Sud pour des actions commises ailleurs, comme c’est le cas pour certains mercenaires arrêtés à Harare, extradés puis maintenant jugés par la justice sud-africaine », a-t-il ajouté. [gp apr 02/08/2005 13:30]