Perspectives

Haïti - CCI : Un an après, moins de la moitié des fonds promis a été décaissée


jeudi 28 juillet 2005

P-au-P, 28 juil. 05 [AlterPresse] --- Des membres du gouvernement de transition, des représentants d’institutions financières internationales, de la Mission de Stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH) et de divers secteurs de la société se sont réunis le 27 juillet à Juvénat (Est de Port-au-Prince) pour évaluer le Cadre de Coopération Intérimaire (CCI), une année après son élaboration, à l’issue de la Conférence des donateurs internationaux tenue à Washington en juillet 2004.

« Les bailleurs de fonds qui se sont joints à nous l’année dernière pour élaborer le CCI se sont engagés avec le gouvernement pour apporter les moyens qu’il fallait pour réaliser le CCI », a fait savoir Hervey Sylvain du Bureau du premier ministre Gérard Latortue.

Au mois de mars 2005, seulement 382.180.000 ont été décaissés sur les 1.37 milliards de dollars américains promis à Haïti dans le contexte du CCI, qui se donnait pour objectifs spécifiques de « restaurer la sécurité, d’assurer une meilleure gouvernance politique pour un meilleure dialogue national, de renforcer la gouvernance économique, de favoriser la relance économique et d’améliorer l’accès aux services de base », a indiqué Sylvain. Il a précisé que le bilan des fonds décaissés durant les mois d’avril, de mai et de juin n’est pas encore disponible.

« 28% de ce qui a été décaissé vont à la gouvernance politique, 54,6% financent la gouvernance économique, 17,3% financent la relance économique et 48,1% financent l’accès aux services de base », a fait savoir le Bureau du premier ministre.

Le Cadre de Coopération Intérimaire, reposant sur les grandes lignes de la stratégie du gouvernement de transition « pose les problèmes, et la façon de les présenter facilite l’identification des solutions à apporter. En outre, tous les aspects devant faciliter l’amélioration des conditions de vie de la population ont été pris en compte » dans ce document, a-t-il ajouté.

Cependant, a-t-il poursuivi, certains des indicateurs de performance ne peuvent être utilisés efficacement pour le suivi des actions, et la méthodologie utilisée lors de l’élaboration dudit document n’a pas été appliquée avec rigueur.

« L’année 2004 a été pour Haïti une année très importante, compte tenu de la transition politique, pour renforcer la coopération internationale qui avait fortement décliné au cours des dernières années et pour rendre des services les plus urgents à la population, a estimé Juan Gabriel Valdés, responsable de la MINUSTAH. « L’année 2005 est en définitive une année de grands enjeux pour Haïti », a-t-il souligné.

Selon Valdés, les décaissements les décaissements non officiels en juin 2005 sont évalués à plus de 410 millions de dollars. « La communauté internationale va continuer à appuyer le développement économique et politique d’Haïti. Nous sommes convaincus qu’on doit commencer à réfléchir sur la manière dont on va donner une gouvernance à ce pays après les élections. Je crois que c’est très important de réfléchir (...) sur la façon de confronter la période qui commence l’année prochaine », a-t-il ajouté.

Les propos du chef de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti étaient insuffisants pour convaincre les représentants du gouvernement de transition. Hormis le Ministre de l’Agriculture, l’agronome Philippe Mathieu, tous les ministres, directeurs généraux et autres cadres de l’administration publique ont posé comme contraintes à l’exécution de certains projets la lenteur mise par les donateurs internationaux dans le déblocage des fonds promis dans le contexte du CCI.

De mai 2004 à mars 2005, le secteur santé a bénéficié de 158 millions de gourdes tirées du Trésor public. Ce secteur a également bénéficié d’un prêt sur trois ans de la Banque Interaméricaine de Développement évalué à 25 millions de dollars américains, selon Josette Bijou, Ministre de la Santé Publique et de la Population (MSPP).

Des travaux de réfection et de construction de routes, de citernes familiales, des programmes de prévention du VIH/SIDA, des activités de réhabilitation de 503 écoles, de construction de 118 salles de classe ont été réalisés. Le Ministère de la Santé Publique a procédé à l’acquisition de 7 ambulances, a entamé la construction du Laboratoire National de Santé Publique (LNSP) et des centaines de bourses d’études ont été offertes par Cuba, le Canada et l’Espagne aux jeunes d’Haïti.

Aux Gonaïves, un réservoir de 1900 mètres cubes a été construit, des travaux d’assainissement ont été effectués et des projets de réforme du secteur d’Eau Potable et d’Assainissement sont à l’étude.

A côté de la lenteur enregistrée dans le décaissement des fonds, les intervenants à cet atelier identifient d’autres contraintes dont le problème de la sécurité. Antoine Atouriste, coordonnateur du programme Démobilisation, Désarmement et Réinsertion (DDR), a promis de tout mettre en œuvre en vue de désarmer les groupes illégalement armés. Pour rendre effectif ce programme, « 2300 agents dont 10% de femmes ont été formés, 800 d’entre eux seront disponibles d’ici au mois de septembre », a-t-il déclaré.

Sur le plan judiciaire, des actions visant le renforcement des capacités des institutions chargées de garantir l’application de la loi, l’organisation de l’indépendance du pouvoir judiciaire, la réhabilitation des infrastructures physiques sont prévues sur une période allant de juillet à décembre 2005.

A la conférence de Washington, le 19 juillet 2004, les donateurs internationaux dont la Banque Mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement, et un ensemble de pays avaient promis de mobiliser 1.37 milliards de dollars américains pour faciliter la reconstruction d’Haïti. [do gp apr 28/07/05 14 : 00]