Perspectives

Haïti - R. Dominicaine : Le GARR pour des décisions réalistes et concertées


mercredi 13 juillet 2005

P-au-P, 13 juil. 05 [AlterPresse] --- Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) formule un ensemble de recommandations aux dirigeants haïtiens et dominicains en vue de résoudre les problèmes migratoires existant entre les deux pays.

Dans un document parvenu à AlterPresse, le GARR a fait savoir que seules des décisions réalistes et concertées visant la paix, l’harmonie entre les deux pays, la justice et le respect mutuel peuvent aider à résoudre durablement un certain nombre de problèmes issus de cette migration.

Les autorités haïtiennes et dominicaines sont invitées à adopter des mesures pour décourager les pratiques de recrutements clandestins qui continuent d’aggraver la situation précaire des haïtiens et des personnes d’ascendance haïtienne en République Dominicaine. Elles sont conviées également à négocier dans le plus bref délai un accord global sur la question migratoire qui prenne en compte les intérêts des immigrants de longue date et ceux des descendants de ces immigrants.

Le GARR préconise le contrôle des conditions de rapatriement par des structures compétentes ainsi que l’organisation et la réglementation équitable des échanges commerciaux entre les deux pays et la ratification de la Convention Internationale sur la Protection des droits des travailleurs migrants et de leur famille.

L’organisme plaide aussi en faveur du renforcement « de la représentation diplomatique d’Haïti en République Dominicaine afin de pouvoir répondre plus facilement et plus efficacement aux besoins de ses ressortissants dans ce pays ».

Les responsables haïtiens sont aussi invités à doter les ressortissants haïtiens de pièces d’identité, à élaborer et à mettre en œuvre une politique économique de nature à générer de l’emploi stable, à mettre en place des structures sociales, économiques et administratives sur toute la zone frontalière et des programmes pouvant faciliter la réinsertion des personnes rapatriées.

Aux dirigeants dominicains, le GARR exige une opération de régularisation des Haïtiens sur le sol dominicain en permettant à ceux et celles qui ont plus de dix ans dans le pays d’accéder à un permis de séjour permanent ou temporaire renouvelable et une attention particulière aux demandeurs d’asile politique.

Le Groupe d’Appui aux Réfugiés et Rapatriés a aussi demandé aux autorités judiciaires dominicaines de remplir pleinement leur tâche en vue d’éviter que des groupes de citoyens se déchaînent contre des communautés paisibles d’Haïtiens.

Le GARR pense que « Toute politique migratoire entre les deux pays doit d’abord chercher à résoudre la régularisation du statut des immigrants haïtiens qui travaillent en République Dominicaine depuis de nombreuses années, la reconnaissance du droit à la nationalité des descendants de ces immigrants et immigrantes, la régularisation du processus de recrutement pour les demandes de main d’œuvre et les demandes d’emploi, la promotion de voyages réguliers par l’établissement de procédures simples et moins coûteuses, le respect des conventions internationales, des lois nationales et protocoles passés entre les deux pays, particulièrement dans les cas de rapatriements.

Ces propositions ont été formulées à l’occasion de la visite, le 11 juillet à Port-au-Prince, du Secrétaire d’Etat dominicain aux Affaires Etrangères à Port-au-Prince, Carlos Morales Troncoso. Cette visite s’inscrivait dans le cadre de la préparation d’une politique migratoire entre Haïti et la République Dominicaine.

Le 23 juin, le président dominicain Leonel Fernandez a reconnu formellement que son gouvernement viole les droits humains des ressortissantes haïtiennes et ressortissants haïtiens massivement rapatriés vers le pays voisin depuis le mois de mai 2005, et s’est engagé à corriger cette situation.

« Historiquement, notre pays a manqué d’une politique migratoire juste et humaine envers Haïti. Nous ne saurions permettre que la République dominicaine projette au plan international une image selon laquelle nous violons les droits de nos frères de la République d’Haïti », a considéré Leonel Fernandez.

Le 30 juin, le GARR a souhaité que des actions concrètes suivent la déclaration du président dominicain. Récemment, Leonel Fernandez a réitéré l’engagement de son gouvernement de rapatrier les Haïtiens vivant illégalement en République Dominicaine. [do apr 13/07/05 17 : 30]