HaitiWebdo

HaitiWebdo - Numero 29


mardi 12 novembre 2002

Touche pause enclenchée : la situation politique semble figée en Haïti, où la formation du Conseil Électoral Provisoire est toujours attendue, une semaine après le délai prévu pour sa mise en place. Le climat de sécurité se dégrade et l’économie continue à montrer des signes d’essoufflement. La Banque de la République d’Haïti (BRH) vient d’annoncer une augmentation de 7 à 15% de ses bons pour essayer de tempérer le cours du Dollar qui est passé la semaine dernière à 40 Gourdes. La situation économique et environnementale difficile du pays a été à la base d’une demande d’aide de la République Dominicaine, la semaine dernière, au Canada. L’écrivain haïtien Émile Olivier n’aura donc pas vu le changement souhaité en Haïti. Il est décédé le 10 novembre à Montréal.

1] LE CEP SE FAIT TOUJOURS ATTENDRE

La politique continue de marquer le pas en Haïti, où 8 jours après le 4 novembre, le Conseil Electoral Provisoire (CEP) n’a toujours pas été mis en place. Le secteur des droits humains s’inquiète entre-temps qu’aucune réponse n’ait été fournie aux 5 secteurs (Eglises, privé, droits humains) qui avaient envoyé un mémorandum au Chef de l’état, Jean Bertrand Aristide, demandant un moratoire de 15 jours, afin que des précisions soient apportées sur les dispositions prises pour garantir notamment la sécurité du processus.

Le Secrétaire d’Etat à la Communication, Mario Dupuy, a cependant annoncé que le Président Aristide a entamé, au cours du week-end, une série de rencontres avec les secteurs auteurs du mémorandum, en commencant par l’Eglise Catholique.

Sur le terrain, le climat se dégrade avec l’insécurité qui remonte. Plusieurs cas d’assassinats et de cambriolages ont été enregistrés. La police a même annoncé une attaque contre le Commissariat du Cap-Haïtien, deuxième ville du pays (Nord), dans la nuit du 10 au 11 novembre, faisant 2 blessés.

L’Organisation des Etats Américains (OEA) maintien la pression. Elle regrette que le CEP n’ait pas été monté et demande au pouvoir d’assumer ses responsabilités.

Le gouvernement a rendu public le 7 novembre un rapport sur l’application des résolutions 806 et 822 de l’OEA. Le document fait état de multiples démarches entreprises pour la formation du CEP, des procédures judiciaires en cours autour des évènements violents du 17 décembre 2001, des réparations pour les victimes et de nombreuses armes à feu saisies. Le document a été qualifié de "montage" par l’opposition.

HAà TI : PERSISTANCE DE LA NERVOSITE DES MARCHES

Par Vario Sérant

La panique au niveau du secteur financier haïtien est passée. Mais la fièvre demeure, alors que la Banque de la République d’Haïti (BRH) vient d’annoncer une augmentation de 7 à 15% des taux d’intérêt sur ses bons, pour tenter de diminuer la masse de Gourdes en circulation et réduire la pression sur le billet vert.

Pendant presque toute la semaine du 3 au 9 novembre 2002, la descente aux enfers de la monnaie nationale se poursuivait, atteignant le niveau record de 40 gourdes pour un dollar.

Même quand les banques affichaient 36-38 gourdes pour un dollar, elles n’en vendaient pas en dessous de 40 gourdes pour 1 dollar. Et sur le marché informel, des agents économiques étaient prêts à se procurer le dollar au prix d’or. De plus, certaines banques de la place limitaient les ventes de devises à deux cents dollars par client à la fois.

Cette pression sur le taux de change n’est pas liée à la vague de rumeurs, des dernières semaines du mois d’octobre, sur la nationalisation des comptes en devises et la démission de certaines autorités monétaires, selon des membres du secteur financier.

Elle s’expliquerait, selon ses sources, par la variation saisonnière. Les fêtes de fin d’année précèdent généralement des importations nécessitant des sorties importantes de devises.

Si l’on adjoint à ce phénomène les récents retraits importants de devises et les transferts sur l’étranger qui ne sont pas encore retournés dans le système financier. Tout ceci contribue à accentuer la nervosité du marché.

La fièvre résulte tout simplement, estiment ces responsables, des effets de la loi de l’offre et de la demande. "Quand la demande de devises est très forte et l’offre s’amenuise, l’ajustement se fait par les prix".

Cependant, d’autres experts extérieurs au système financier évoquent le rendez-vous raté du 4 novembre 2002, pour la formation du Conseil Electoral Provisoire (CEP), pour expliquer les anticipations négatives des agents économiques. Le non-respect de cette date butoir laisserait présager une permanence de la crise et, par ricochet, le non-dégel de l’aide internationale.

L’autre explication avancée par d’autres observateurs est la décision du gouvernement de continuer à subventionner les produits pétroliers pour éviter une hausse des prix à la pompe. Cette augmentation serait compréhensible étant donné la hausse du prix du pétrole sur le marché international.

Mais les autorités craignent les conséquences socio-économique et politique qu’elle pourrait entraîner en raison de la cherté de la vie et de la détérioration des conditions de vie de la population.

Le démenti formel et catégorique apporté récemment par le chef de l’Etat, Jean Bertrand Aristide, concernant la conversion des comptes libellés en dollars en gourdes, a eu certes pour effet de calmer le marché, mais il n’a pas réussi à juguler un problème qui demande des réponses à la fois conjoncturelles et structurelles.

Des mesures comme la subvention du carburant, sans envisager d’autres revenus de compensation, l’affaire des coopératives "nouvelle vague" ayant nécessité promesses d’indemnisation, les violences du 17 décembre 2001 ayant entraîné "réparations" pour les victimes sont autant de faits, selon les experts, qui pénalisent les contribuables, créent d’énormes trous au niveau du déficit public, et appauvrissent la gourde.

Si la flambée du dollar continue et inquiète, parce que provoquant entre autres une hausse généralisée des prix à la consommation, une certaine stabilité serait observée au niveau des comptes en devises.

"La confiance est revenue chez les déposants. Il n’y a plus de retraits importants", nous a confié un membre du secteur financier qui se voulait rassurant.

3] ARISTIDE PROMET DE FAIRE LA LUMIàˆRE SUR LA DISPARITION DE FELIX BIEN-AIME

Le président du 26 novembre Jean-Bertrand Aristide a promis, le vendredi 08 novembre 2002, d’inciter le système judiciaire à faire la lumière sur la disparition de Félix Bien-Aimé, un puissant chef d’organisation proche de Fanmi Lavalas, qui se serait fondu mystérieusement dans la nature un soir de la mi-septembre 2002.

Au cours d’une tournée effectuée à la sortie sud de la capitale, dans les quartiers de Bolosse et de Martissant considéré comme fief du porté disparu, Aristide a salué le comportement des habitants qui ont cessé leur mouvement de protestations violentes enclenché, il y a quelques semaines, pour retrouver les traces de leur camarade.

Le silence brusque des proches du porté disparu aurait été acheté à coup de dizaines de milliers de dollars, selon des rumeurs persistantes à Port-au-Prince. Le lendemain de la disparition de Bien-Aimé, ses proches avaient fait état d’une altercation de circulation avec une unité de la Police qui aurait procédé à son arrestation et l’aurait emmené au commissariat principal de Port-au-Prince.

Les proches, qui voulaient le retrouver, se sont heurtés à une fin de non recevoir des policiers de la capitale qui allaient affirmer, par la suite, ne pas détenir le nommé Félix Bien-Aimé et deux de ses camarades, eux aussi portés disparus en même temps que lui. La voiture du porté disparu avait été retrouvée, quelques semaines plus tard, à la sortie nord de la capitale dans les environs de Titanyen, une localité réputée sinistre, où des charniers avaient été découverts durant les trente dernières années.

Il s’en est suivi un ensemble d’actions de protestation violente dans le quartier de Martissant, de la part des partisans de Bien-Aimé qui ont attaqué un poste de police du quartier et brisé les pare-brise de nombreux véhicules empruntant la zone. Les partisans de Bien-Aimé, qui avaient même pointé du doigt le chef du parti Lafanmi Lavalas dans cette disparition, avaient lancé un ultimatum au régime lavalas, dans lequel ils indiquaient leur détermination à ne pas laisser cette disparition passer inaperçue.

Pendant plusieurs jours, les partisans de Bien-Aimé, lourdement armés, avaient occupé l’artère principale longeant le quartier de Martissant, intimidé les habitants à un point tel que plusieurs familles avaient été contraintes de se déplacer pour ne pas essuyer la furie de ces hommes armés.

Ancien directeur du cimetière de la capitale, Félix Bien-Aimé avait été impliqué dans des actes de violence perpétrés dans le quartier de Grand Ravine, au milieu de l’année 2001. Une enquête, conduite par différents organismes de défense de droits humains, avait conclu à sa participation dans ces actes.

Quelques mois après les événements de 2001, Félix Bien-Aimé avait été remercié à la direction du cimetière de Port-au-Prince. Le bruit courait qu’il aurait été en disgrâce vis-à -vis des autorités lavalas.

Un certain nombre de disparitions mystérieuses de personnes est enregistré en Haïti depuis l’année 2001. Evans Paul, responsable principal du parti d’opposition Convention Unité Démocratique (KID), a fait état récemment de plusieurs cas de militants du parti, portés disparus, après avoir été appréhendés par des policiers dans des véhicules identifiés par des témoins.

Jusqu’à date, ni la Justice ni la Police n’ont apporté de précision sur les cas de disparition signalés par la KID, lesquels, comme celui de Félix Bien-Aimé en septembre 2002, semblent entrer dans la rubrique des faits divers, sans aucune mise en marche de l’action publique contre les auteurs et complices de ces actes d’enlèvements.

4] LE FLEUVE ARTIBONITE APPORTE DE L’EAU AU MOULIN DE MEJIA DANS SA DEMANDE D’AIDE AU CANADA

Par Lis Bell

Le fleuve Artibonite situé dans le département haïtien du même nom, a été à la base de l’un des arguments majeurs du président dominicain Hipolito Mejia, dans sa quête d’une aide financière, auprès du Canada.

Au cours d’une visite officielle de 48 heures, entamée le 5 novembre 2002, le chef d’Etat dominicain a soumis au premier ministre Jean Chrétien, un projet pour le développement et la conservation du fleuve frontalier dont la majeure partie s’écoule en territoire haïtien. Ce projet qui nécessite un investissement de 200 millions de dollars américains, est destiné à sauver le fleuve, soutient l’Exécutif dominicain cité par le quotidien Listin Diario. En raison du processus de destruction de la couverture végétale par les Haïtiens pour fabriquer du charbon, Haïti sera pratiquement sans eau dans les 7 à 8 prochaines années, justifie le président dominicain.

Pour sa part, l’ambassadeur dominicain en poste au Canada, Eduardo Fernandez Pichardo, estime que son pays risque d’être confronté à une immigration massive dans la perspective de l’assèchement des eaux du fleuve. "Le jour où ce fleuve disparaît dans la Vallée de l’Artibonite qui est l’équivalent de notre Vallée du Cibao, Haïti n’aura plus d’eau et si, aujourd’hui, nous faisons face à la migration de plusieurs milliers d’Haïtiens, il est probable que nous ayons, alors, jusqu’à 3 millions d’Haïtiens à émigrer vers la République Dominicaine" a déclaré le diplomate lors d’une rencontre avec la presse canadienne, le 6 novembre 2002.

Les 200 millions dollars d’aide attendus par les dirigeants dominicains du gouvernement canadien pour la conservation du bassin du fleuve Artibonite, devraient être investis sur une période de 5 à 7 ans, et générer plus de 4 mille emplois.

Les officiels dominicains devaient également discuter de l’approbation finale d’un programme tripartite entre le Canada, Haïti et la République Dominicaine pour la construction d’infrastructures éducatives et sanitaires le long de la frontière.

A ce jour, le gouvernement haïtien n’a communiqué aucune prise de position ni produit aucune information à la population haïtienne sur ces différentes démarches entreprises, au nom d’Haïti, par la République Dominicaine, au niveau international.

5] EMILE OLIVIER EST PARTI

Une des plus belles plumes de la littérature haïtienne, l’écrivain Emile Olivier, 62 ans, est décédé le 10 novembre dernier à Montréal d’une crise cardiaque. Emile Olivier est l’auteur d’une dizaine de romans et nouvelles, dont Mère Solitude (1983) et Passages (1991).

Forcé à l’exil en 1965, durant la période de la dictature des Duvalier, Emile Olivier avait émigré très jeune en France, puis à Montréal où il était professeur de sociologie.