Développement durable

Séisme : Des experts nationaux alertent sur l’urgence environnementale, pour prévenir le risque d’augmentation de l’insécurité alimentaire en Haïti


mardi 31 août 2021

Grand Sud (Haïti), 27 août 2021 [AlterPresse] --- Le niveau d’insécurité alimentaire pourrait augmenter dans le pays, suite au tremblement de terre du samedi 14 août 2021, qui a, particulièrement, affecté les départements du Sud, de la Grande Anse et des Nippes (Sud-Ouest d’Haïti), prévient le professeur Jean Vilmond Hilaire, directeur exécutif du Fonds haïtien pour la biodiversité, dans une interview accordée à l’agence en ligne AlterPresse.

« Quand une catastrophe décapitalise une zone rurale, qui dépendait principalement de la production agricole pour son activité économique, toute la zone qui a été touchée est plongée automatiquement dans l’insécurité alimentaire », explique l’ancien titulaire (août 2012-janvier 2013) du Ministère de l’environnement (Mde).

5,5 à 6 millions de personnes, pourraient se retrouver en insécurité alimentaire en Haïti, contre 4,5 millions actuellement, avertit Jean Vilmond Hilaire.

Beaucoup de denrées alimentaires, qui arrivent dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, proviennent de ces trois départements les plus affectés dans le séisme.

Les habitantes et habitants seront touchés directement ou indirectement par l’insécurité alimentaire par rapport aux problèmes de production. Ce risque pourrait s’étendre..., si des mesures pertinentes ne sont pas prises, poursuit Jean Vilmond Hilaire.

L’urgence environnementale

A côté des aides humanitaires, qui sont mobilisées pour les victimes du séisme dans le grand Sud, l’État haïtien devrait adresser également l’urgence environnementale, qui pèse sur la réserve de biosphère du massif de la Hotte, la deuxième plus grande chaîne de montagnes du pays, [1], dont l’un des principaux sommets est le Pic Macaya,soutient, pour sa part, l’ingénieur agronome Étienne François, dirigeant de l’organisation Passion pour Haïti.

« Le Pic Macaya, où prennent naissance les rivières dans le Sud, a été brutalisé dans le séisme. On devrait y décréter la permanence pour l’urgence environnementale. Sinon, dans les décennies à venir, la sécheresse pourrait s’abattre sur le grand Sud et les nappes phréatiques pourraient se tarir », alerte-t-il, dans un entretien à AlterPresse.

La ville des Cayes (municipalité économiquement la plus importante dans le département du Sud) serait submergée, au cas où il y aurait des inondations. Dans certaines zones presque inconnues, on peut observer des ouvertures dans la montagne. Les éboulements de terrain ont emporté une bonne partie de la montagne, sans compter des arbres, explique Étienne François.

Plusieurs têtes de bétail ont été également englouties dans des éboulements, alors que le Ministère de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural (Marndr) n’a pas encore indiqué, jusqu’ici, avoir fait des évaluations.

« Beaucoup de cabris, de moutons sont enterrés sous les rochers ».

L’ingénieur agronome Étienne François invite les institutions publiques concernées, dont les Ministères de l’environnement, de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural (Marndr), à dépêcher une mission dans le département du Sud, notamment à La Ravine du Sud, où plusieurs espèces d’arbres méconnus, emportés dans les éboulements, ont été aperçues.

« Cette mission devrait identifier ces types d’arbres, qui ont été adaptés à la zone pour les utiliser lors du processus de reboisement », souhaite Étienne François.

Au Parc national Macaya, dans le grand Sud, le séisme aurait provoqué la destruction d’une centaine de tonnes de bois, soit 40% sur l’ensemble du Parc, rapporte Jean Vilmond Hilaire.

« C’est, en effet, une perte énorme, car beaucoup d’autres espèces en dépendent. Ce qui vient en surplus des arbres, qui ont été coupés pour la fabrication du charbon de bois et d’autres besoins. (…) La facture sera salée pour nous », craint Jean Vilmond Hilaire.

« La possibilité, que se produit un phénomène de sécheresse, est assez élevée, puisque qu’on se situe dans le bassin des Caraïbes, l’une des zones les plus touchées par les changements climatiques ».

L’ancien titulaire du Ministère de l’environnement appelle l’État à engager un accompagnement de proximité, à côté des aides humanitaires, pour permettre d’adresser la relance agricole, économique, pour pouvoir réduire l’impact du tremblement de terre du samedi 14 août 2021 sur l’environnement et l’insécurité alimentaire. [mj emb rc apr 31/08/2021 13:55]

Photos : captures d’écran / courtoisie Passion pour Haïti

[1Ndlr : Les principaux sommets du massif de la Hotte sont :

le Pic Macaya (2,347 m) ;

le Pic de Formon (2,219 m) ;

le Pic lo Ciel (2 170 m) ;

Tête Ravine (environ 1,900 m) ;

Morne Cavalier (environ 1,550 m).