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Haïti-Criminalité : Jovenel Moïse trahi par des responsables de sa sécurité, révèle le Rnddh


mardi 24 août 2021

P-au-P, 23 août 2021 [AlterPresse] --- L’ancien président de facto Jovenel Moïse, assassiné le mercredi 7 juillet 2021, en sa résidence privée à Pèlerin 5 (municipalité de Pétionville, à l’est de la capitale, Port-au-Prince), a été livré par des responsables de sa sécurité, révèle un rapport du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), consulté par l’agence en ligne AlterPresse.

« Pour mettre en œuvre leur plan macabre, les auteurs intellectuels et matériels de cet assassinat ont pu compter sur l’appui d’au moins deux des responsables de la sécurité présidentielle, à savoir le commissaire divisionnaire Jean Laguel Civil et le commissaire municipal Dimitri Hérard », souligne le rapport du Rnddh.

Le responsable de l’Unité de sécurité générale du Palais national (Usgpn), Dimitri Hérard, était chargé de fournir des armes et des munitions, dont des fusils d’assaut, des bonbonnes de gaz lacrymogène, des grenades et des scies électriques aux membres du commando.

De son côté, le coordonnateur de la sécurité générale du président, Jean Laguel Civil, avait pour tâche de soudoyer des agents affectés à la sécurité de Jovenel Moïse, en vue de permettre une entrée en douceur du commando dans sa résidence.

Jean Laguel Civil aurait disposé d’environ cent mille (100,000.00) dollars américains (Ndlr : US $ 1.00 = 100.00 gourdes ; 1 euro = 116.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 1.80 gourde aujourd’hui) pour accomplir sa mission.

Trois (3) semaines environ avant l’assassinat du 7 juillet 2021, Jean Laguel Civil avait, parallèlement, ordonné de déplacer, à l’extérieur de la maison de Jovenel Moïse, un véhicule, contenant des armes et des munitions, placé généralement sur la cour de la résidence.

« Le coordonnateur avait alors justifié son ordre, par le fait que le président se plaignait souvent de la présence de trop de véhicules sur sa cour ».

Or, le jour de l’attaque, des agents des unités spécialisées, interrogés par le Rnddh, affirment n’avoir eu ni les moyens, ni la capacité de résister à cette attaque.

« Le déplacement du véhicule, qui contenant un surplus d’armes et de munitions, et qui se trouvait sur la cour présidentielle, a contribué à réduire leur capacité de riposte », rapporte l’organisme de défense des droits humains.

De son côté, Dimitri Hérard devrait fournir des armes et des munitions, dont des fusils d’assaut, des bonbonnes de gaz lacrymogène, des grenades et des scies électriques aux membres du commando.

Ces deux responsables de sécurité ont été appelés par Jovenel Moïse, au moment de l’attaque, mais ne sont pas intervenus pour le sauver.

À l’instar de ces personnes, 14 autres sont impliquées dans la préparation de la mission initiale, qui consistait à arrêter Jovenel Moïse et non le tuer.

Il s’agit de James Solages, Christian Emmanuel Sanon, Joseph Félix Badio, Joseph Vincent, Reynaldo Corvington, Dominick Cauvin, Rodolphe Jaar alias Dòdòf, Gilbert Dragon, Angel Navaro, Walter Veintemilla, Duberney Giraldo Capador alias Manuel, Emmanuel Antonio Intriago alias Tony, Archangel Pretel Ortiz alias Gabriel, German Alejandro Rivera Garcia alias colonel Mike.

La Police nationale d’Haïti (Pnh) a arrêté plusieurs d’entre eux, ainsi que 18 colombiens et 20 policiers nationaux, dont Jean Laguel Civil et Dimitri Hérard.

Certains membres du commando ont été certains que Jovenel Moïse allait être assassiné, insiste le rapport du Rnddh.

15 orifices d’entrée et de sortie des balles, des plaies tant au thorax, à la fesse droite, à l’avant-bras droit, qu’à la cuisse droite, ont été remarqués.

Et, des fractures à la jambe et à l’orteil gauches ainsi que des fragments de projectiles ont été repérés dans plusieurs parties du corps, selon ce qu’a révélé l’autopsie du cadavre de Jovenel Moïse.

Le Rnddh exige une instruction minutieuse, dans le cadre de ce dossier qui doit être, selon lui, transféré à un magistrat courageux, respectueux des lois, des principes et des procédures et surtout, respecté dans la profession.

Il demande, entre autres, l’identification des auteurs intellectuels de l’assassinat du président de facto Jovenel Moïse, déterminer les conditions dans lesquelles les trois ressortissants colombiens ont été tués par la Pnh et investiguer sur les dénonciations de torture faites sur les personnes arrêtées.

Les droits aux garanties judiciaires de toutes les personnes, indexées dans l’assassinat du 7 juillet 2021, à toutes les phases de la procédure, doivent être respectés, et les greffiers, qui étaient impliqués dans le processus d’enquête, aujourd’hui menacés, doivent être protégés, recommande le Rnddh.

À date, aucun juge d’instruction n’est chargé du dossier.

Dénoncé par les organismes de droits humains, pour des décisions suspectes dans différents dossiers de justice, le juge d’instruction Mathieu Chanlatte, qui a été désigné par le doyen près le tribunal civil de Port-au-Prince, Bernard Saint-Vil, s’est déporté de l’affaire, le 13 août 2021, pour « convenances personnelles ». [mj emb rc apr 23/08/2021 14:00]