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Message de la mobilisation des peuples des Amérique aux ministres des affaires étrangères et du commerce réunis à Quito, Équateur


samedi 9 novembre 2002

Quito, Equateur,
1er novembre 2002

Messieurs les représentants des gouvernements qui négocient la création d’une Zone de Libre Echange des Amériques,

Les hommes et les femmes, autochtones, travailleurs, paysans, étudiants, villageois, citoyens, enfants, jeunes, adultes et vieillards – représentants d’organisations populaires de cette belle république d’Equateur et de tous les pays de notre Amérique qui nous nous rencontrons aujourd’hui dans les rues de Quito, sommes venus jusqu’ici pour vous manifester de vive voix, avec la voix qui est celle de millions d’habitants de notre continent, notre plus complet désaccord et notre plus ferme opposition à la Zone de Libre Echange des Amériques (ZLEA), que vous êtes en train de négocier.

La ZLEA n’a pas de légitimité depuis le moment où vous avez commencé à négocier en retrait de la société, de manière antidémocratique, en négociations pratiquement secrètes, gardées de près par la police et les militaires et auxquelles n’ont accès qu’une poignée de grands hommes d’affaires et ce, sans en informer ni consulter la population et les congrès nationaux.

LA ZLEA ne peut que renforcer l’exclusion sociale et la détérioration de l’environnement, du moment que seuls sont pris en compte les intérêts des grandes corporations transnationales, particulièrement nord-américaines, et leurs franchises locales, tout en ignorant absolument, explicitement et formellement les besoins et revendications sociales et environnementales, et ceci sous l’argument inacceptable que les règles du commerce et de l’investissement sont des choses qui ne regarde que les hommes d’affaires et non pas les peuples dont les destins seront mis en jeu.

La ZLEA ne peut qu’approfondir les inégalités entre les nations et la polarisation sociale à l’intérieur des nations, du moment qu’elle se base sur le modèle de l’Accord de Libre Echange Nord Américain (ALENA), qui après 9 années a signifié un véritable désastre social et une grave perte de souveraineté pour le pays signataire le moins développé. Dans le texte de la ZLEA que vous nous avez récemment et tardivement fait connaître, se répètent et s’approfondissent les pires aspects de l’ALENA :

- On y prétend traiter de façon égale des pays complètement inégaux, ce qui ne peut que produire plus d’inégalité ; on y prétend traiter de façon égale le petit producteur latino-américain et les grandes corporations nord-américaines ; on y prétend mettre en compétition l’agriculteur latino-américain appauvri et les agriculteurs fortement subventionnés du Nord ; on nous fait ainsi perdre la sécurité et la souveraineté alimentaire ;

- On y offre toutes le garanties aux grands investisseurs alors qu’on y refuse quelque protection que ce soit aux secteurs vitaux et stratégiques des économies les moins développées, on y accorde des droits extraordinaires aux corporations au point que celles-ci peuvent exiger des Etats qu’ils abandonnent toute mesure pouvant limiter leur insatiable soif de profit ;

- On y ouvre la porte à la privatisation et à la dénationalisation des secteurs vitaux pour le développement d’une nation, comme l’énergie, l’éducation, la santé et même l’eau ; les services publiques de base, de droits fondamentaux deviennent de simples marchandises et notre futur est laissé au hasard du marché ;

- On y légalise même le vol des connaissances traditionnelles et on y donne le droit de propriété sur la vie et sur la reproduction jusqu’à en faire l’objet de brevets ; on y cherche à détruire notre identité et notre diversité ;

- Finalement, on y met en péril, en réalité, toute possibilité que les Etats aient la capacité de mener un projet national de développement véritable dans les nations d’Amérique Latine et des Caraïbes.

La ZLEA ne saurait être autre chose qu’une constitution économique supranationale en laquelle nous céderions la souveraineté de nos nations à l’hégémonie des intérêts nord-américains.

Nous ne sommes pas contre l’échange et les accords entre les pays. Nous sommes pour un modèle distinct de ce que l’on souhaiterait nous imposer avec la ZLEA ; nous sommes pour des accords souverains et démocratiques qui garantissent véritablement un développement juste, équitable et durable pour chacune de nos nations.

C’est pour tout cela, messieurs les ministres, que nous venons jusqu’ici, non pour « dialoguer », car vos gouvernements sont bel et bien fermés au véritable dialogue et non disposés à écouter et prendre en compte le sentiment de la société civile, (et ceci ne changera pas parce que vous daignez nous recevoir aujourd’hui et prendre des photos avec les représentants du peuple) ; nous sommes venu jusqu’ici pour exiger que vous suspendiez les négociations de la ZLEA et rendiez finalement à vos peuples respectifs, qui sont dépositaire de la souveraineté de chaque nation, la liberté de prendre les décisions qui affecteront les destinées de nos pays.

Dans la mesure où vos gouvernements persistent à poursuivre d’inacceptables simulations de consultations, nous avons pris en nos mains la réalisation d’une Consultation Populaire Continentale pour que des millions d’hommes et de femmes de tout le continent expriment si ils veulent ou ne veulent pas de la ZLEA. Nous espérons que les voix que nous apportons aujourd’hui et celles qui surgiront de cette consultation seront écoutées. Si vous ne les écoutez pas, vous pourriez mettre en sérieux danger le futur des Amériques.

OUI à€ LA VIE ! NON à€ LA ZLEA ! UNE AUTRE AMERIQUE EST POSSIBLE !

Quito, Equateur,
1er novembre 2002