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Haïti : La famille de l’ancien président assassiné Jovenel Moïse dénonce une trahison, lors de ses funérailles


vendredi 23 juillet 2021

Par Marlyne Jean et Emmanuel Marino Bruno

Cap-Haïtien (Haïti)., 19 juill. 2021 [AlterPresse] --- Le feu président de facto Jovenel Moïse, assassiné dans sa résidence le mercredi 7 juillet 2021 à Pèlerin 5 (périphérie est), a été victime d’une trahison.

C’est ce qu’ont déclaré l’épouse de l’ex-chef d’État, Martine Moïse, et son fils Joverlein Moïse, lors de la célébration, ce vendredi 23 juillet 2021, des funérailles nationales du défunt Jovenel Moïse, organisée dans le jardin privé de la famille Moïse à Madeline (village SOS), dans la localité Bodin à l’entrée sud de la ville du Cap-Haïtien.

« Tu as été sauvagement assassiné, toi qui a toujours renoncé à la violence. Tu as toujours prêché le pardon, la réconciliation, le vivre-ensemble, on a complotés contre toi, te condamnant à mourir dans la barbarie et la cruauté », témoigne Martine Moïse, qui a été blessée lors de l’attentat contre son mari.

La main droite en écharpe, la veuve du président accuse les « oligarques » d’être responsables de l’assassinat du président, qui a, malgré tout, largement bénéficié du financement des principaux acteurs du secteur privé lors de sa campagne pour les élections de 2016.

« Les oligarques t’ont eu, mais la bataille n’est pas terminée », annonce-t-elle, tout en réclamant justice pour son mari.

Selon Martine Moïse, Jovenel Moïse a été assassiné, parce qu’il combattait la violence et la corruption, défendait les opprimés, entre autres.

Les funérailles nationales de Jovenel Moïse sont chantées, plus de 15 jours après son assassinat, en présence notamment d’anciens et actuels ministres, des agents intérimaires, d’anciens parlementaires, des représentants du corps diplomatique et d’organisations politiques.

Lors des obsèques, le cercueil du défunt, recouvert du drapeau national et de l’écharpe présidentielle, a été placé sur une esplanade, ornée de fleurs, hautement sécurisée par des soldats des Forces armées d’Haïti (Fad’h).

« Ils l’ont assassiné pour ses idées ! Celles de vouloir une Haïti meilleure pour toutes et tous », affirme le fils du défunt président, Joverlein Moïse.

« Mon père était rempli d’amour, même s’il vivait au milieu des méchants. Mon père avait de la compassion, mais il vivait au milieu de traitres ».

Par ailleurs, des militants, qui assistaient aux obsèques, ont exigé ouvertement l’arrestation des présumés assassins de Jovenel Moïse.

Ils ont indexé le directeur général as intérim de la Pnh, Léon Charles, et l’ancien premier ministre par intérim, Claude Joseph, dans cet assassinat.

Ce mouvement de protestations a créé une situation de panique dans les parages du site, où se sont déroulées les funérailles.

Des tirs nourris ont été entendus, des barricades de pneus usagés enflammés ont été dressées et des entreprises commerciales ont été également pillées, selon des informations relayées par des médias.

Une situation de tension a prévalu, au Cap-Haïtien (Nord), le 22 juillet 2021, la veille du déroulement, dans cette ville, des obsèques de Jovenel Moïse.

Plusieurs cérémonies d’hommage ont déjà été organisées en Haïti, dont une, le mardi 20 juillet 2021, par le gouvernement de facto démissionnaire, au Musée du Panthéon national haïtien (Mupanah) à Port-au-Prince, tandis que les 22 et 23 juillet ont été déclarés jours chômés.

Ont pris part, à cette cérémonie d’hommage, le nouveau premier ministre de facto nommé, Ariel Henry, plusieurs officiels du gouvernement de facto démissionnaire, des parlementaires ainsi que des ambassadeurs étrangers.

Une présidence tumultueuse

Né le 26 juin 1968 à Trou-du-Nord, Jovenel Moïse, membre du Parti haïtien tèt kale (Phtk), a accédé à la présidence d’Haïti le 7 février 2017, à la suite des élections de 2015-2016, dont les résultats ont été contestés par l’opposition. Il a succédé au président intérimaire, Jocelerme Privert.

Père de trois enfants, Joverlein Moïse, Jomarlie Moïse et Jovenel Junior Moïse, Jovenel Moïse est marié à Martine Joseph.

Devenu président, il a été soupçonné d’être impliqué dans plusieurs scandales de corruption, liés au blanchiment d’argent et de détournement de fonds publics.

Il a aussi été critiqué pour avoir annoncé, en novembre 2017, la re-création des Forces armées d’Haïti (dissoutes en 1995), considérées par plus d’un comme une tentative de mettre en place une milice armée à son service. Il a aussi été indexé d’avoir instrumentalisé la Police nationale d’Haiti (Pnh) à des fins politiques.

Pour se venger, Jovenel Moïse a pris, en novembre 2020, un décret visant à limiter les pouvoirs de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca), qui a cité son nom dans le dossier de gaspillage des fonds PetroCaribe de l’aide vénézuélienne à Haïti.

Jovenel Moïse lui-même est impliqué dans un « stratagème de détournement de fonds » publics PetroCaribe, selon le rapport de la Cscca, y compris d’anciens ministres et de hauts fonctionnaires de l’État.

Pour pouvoir gouverner par décrets, Jovenel Moïse a déclaré constater, le lundi 13 janvier 2020, la caducité du parlement, soit la fin du mandat de la chambre des députés et de deux tiers des sénateurs.

Malgré la fin de son mandat constitutionnel, le dimanche 7 février 2021, Jovenel Moïse renouvelle, sans cesse, sa détermination à continuer à diriger le pays jusqu’au 7 février 2022, contrairement aux vœux de de l’opposition et des secteurs de la société civile.

Pour casser l’élan d’une frange de l’opposition qui a nommé, le lendemain, le juge Joseph Mécène Jean-Louis comme président par intérim, pour une période de transition de deux ans, Jovenel Moïse a ordonné la mise à la retraite de trois juges inamovibles Yvickel Dieujuste Dabresil, Wendelle Coq Thelot, ainsi que Joseph Mécène Jean-Louis, pointés du doigt comme des dissidents.

Le président de facto a été également accusé par plusieurs organisations de droits humains d’être complice dans plusieurs massacres à travers le pays, commis par des chefs de gangs, notamment la fédération des gangs dénommée G9 an fanmi e alye.

Environ deux semaines après l’assassinat du président Jovenel Moïse, Ariel Henry a été installé, le mardi 20 juillet 2021, sous la pression internationale, comme nouveau chef de gouvernement de facto, après la formation, la veille, de son cabinet ministériel.

Le premier ministre de facto entend privilégier l’ordre et la sécurité pour pouvoir assurer le bon déroulement des élections en Haïti. Plusieurs partis politiques de l’opposition continuent de rejeter le choix d’Ariel Henry comme nouveau chef du gouvernement, qui a pris les rênes du pays sans un consensus véritable avec les forces vives du pays.

Dans le cadre du dossier d’assassinat de Jovenel Moïse, 23 personnes ont été arrêtées, dont 18 Colombiens et cinq Haïtiens-Américains, tandis que trois Colombiens ont été tués durant les opérations de la police. Des mesures conservatoires ont été prises contre 23 agents et chefs des unités de sécurité, chargées de protéger Moïse, dont sept sont en isolement. [mj emb apr 23/07/2021 15:35]

Photo logo : capture d’écran
Photo Jovenel Moïse : Instagram officiel