Perspectives

Haiti / République dominicaine : Fernandez admet le viol des droits de rapatriés haïtiens par son gouvernement


vendredi 24 juin 2005

Santo Domingo, 24 juin 05 [AlterPresse] --- Le Président de la République dominicaine, Leonel Fernández, a reconnu formellement le 23 juin 2005 que son gouvernement viole les droits humains des ressortissantes haïtiennes et ressortissants haïtiens massivement rapatriés vers le pays voisin depuis le mois de mai 2005, et s’est engagé à corriger cette situation.

« Moi-même, je regrette que ce que nous faisons, ce sont des rapatriements massifs qui, en effet, violent certainement les droits humains des Haïtiens », a déclaré le mandataire dominicain en présence de diplomates et représentants de divers secteurs qui participaient à la clôture d’un séminaire sur la migration, réalisé, dans la capitale dominicaine, sous les auspices de la Fondation Globale.

Les rapatriements se poursuivront. Mais, « nous ne permettrons pas que les opérations aient lieu de manière odieuse, outrageante et abusive, cela ne se produira plus », a promis le dirigeant dominicain.

Leonel Fernández a profité du forum pour solliciter la collaboration de l’Organisation des Etats Américains (OEA) dans la supervision des opérations de rapatriements, selon le journal dominicain El Caribe.

« Notre pays a manqué d’une politique migratoire juste et humaine envers Haïti »

« Historiquement, notre pays a manqué d’une politique migratoire juste et humaine envers Haïti. Nous ne saurions permettre que la République dominicaine projette au plan international une image selon laquelle nous violons les droits de nos frères de la République d’Haïti », a considéré Leonel Fernandez.

Fernández a cependant précisé que la politique migratoire de son pays « est interne et sera souverainement appliquée par son gouvernement ».

Selon le chef d’Etat dominicain, la République Dominicaine dispose du droit souverain d’examiner les cas d’étrangers sans papiers sur son territoire.

« Nous ne protestons pas quand ils nous envoient des ressortissants dominicains illégaux de Porto Rico et des Etats-Unis d’Amérique ».

Migration haitienne et crise en Haiti

Leonel Fernández a d’autre part lié la migration massive de ressortissants haïtiens en République dominicaine, à la crise qui sévit sur le territoire voisin.

« Si des emplois sont générés en Haïti, s’il y a des investissements, le besoin ne se fera pas sentir pour les ressortissants de ce pays de venir en République dominicaine », a fait savoir le président dominicain.

Plaidant en faveur d’une solution globale qui prenne en compte l’ensemble des secteurs d’Haïti, Fernandez a insisté sur les « bonnes » dispositions de son gouvernement à offrir sa médiation dans la recherche d’une solution durable, viable et consensuelle aux problèmes internes d’Haïti

L’important, a-t-il dit, est que la Communauté internationale assume ses responsabilités en ce qui concerne Haïti, dans le sens de fortifier ses institutions démocratiques, mettre en oeuvre une croissance économique et donner des réponses pertinentes à ses problèmes sociaux.

« Haïti ne pourra pas le faire seule, je crois que ce serait irresponsable de la part de la communauté internationale de croire que la République d’Haïti peut aboutir seule à cette perspective », a indiqué Fernandez.

Le discours de la Migration dominicaine, mis en pièce

Le fait par le chef d’Etat de la République Dominicaine de reconnaître que son gouvernement viole les droits humains des ressortissants haïtiens, rapatriés vers Haiti, pourrait être interprété comme un reproche voire un démenti des assertions de la direction nationale de la Migration dominicaine, qui a tenté, en maintes occasions, de nier les manquements en ce qui concerne le respect et la garantie des droits humains des personnes rapatriées de leur territoire vers Haïti.

A rappeler que le gouvernement de Leonel Fernandez a entrepris, à compter de mai 2005, des opérations massives de ressortissants à peau noire, suite à l’assassinat de deux ressortissants dominicains mis sous le compte de ressortissants haïtiens.

Cette nouvelle vague de rapatriements, effectués en violation des droits des personnes considérées comme sans papiers, continue de soulever la réprobation d’organismes de défense de droits humains, notamment haïtiens et dominicains. Un groupe d’artistes et d’intellectuels haïtiens avait appelé au boycott des produits en provenance de la République Dominicaine. [ jls rc apr 24/06/05 19 :00]