Perspectives

Haïti : Le Conseil des Sages formule des recommandations au gouvernement intérimaire


mardi 21 juin 2005

Par Djems Olivier

D’après une interview de Gotson Pierre

P-au-P., 20 juin 05 [Alter Presse] --- Le Conseil des Sages se dit scandalisé devant la montée du cycle de violence qui sévit dans la capitale haïtienne depuis le 30 septembre 2004 et recommande des mesures urgentes dans une feuille de route qui doit être soumise au gouvernement.

Danièle Magloire et Christian du Conseil des Sages dressent un tableau très sombre de la situation générale du pays, au moment où des consultations sont en cours en vue de changements au niveau de l’équipe gouvernementale. Ces changements pourraient être effectués d’ici au 23 juin au niveau des ministères des Affaires Sociales, de l’Intérieur, de la justice et du haut commandement de la police nationale.

Les activités sont paralysées, les actions policières ne sont pas planifiées, les enfants des rues ne sont pas pris en compte, de nombreuses armes illégales sont en circulation, les autorités intérimaires ferment les yeux sur cette crise aigue qui frappe la société, déplore le Conseil.

Sur le plan de la sécurité, le Conseil qualifie d’inefficaces les actions de la police. L’institution policière est dépourvue de moyens d’intervention. Il n’y a pas une coordination effective entre la police nationale et la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haiti (Minustah) en vue de mieux planifier les opérations dans les zones volatiles.

En même temps, le Conseil invite les autorités à éviter certaines dérives, comme la militarisation de la police, et à faire une utilisation rationnelle des armes de grand calibre.

Des mesures doivent être prises pour « contrôler les armes à l’intérieur de la police afin que ces armes ne se retournent pas contre la population », déclare Danièle Magloire.

Christian Rousseau souhaite une coopération entre la police et la force onusienne en vue de la maîtrise de ces armes et de la pacification du pays. « Il y a un appui concret que les troupes onusiennes peuvent apporter à la police », indique le professeur Rousseau.

Rousseau souligne que l’insécurité grandissante à la capitale n’est pas imputable à la situation socioéconomique précaire qui ronge certaines couches de la société haïtienne. Cependant, selon lui, la misère représente un terreau favorable à l’épanouissement des actes de violence. Rousseau souligne même une certaine « complicité » de certains résidents des quartiers de non droit avec les bandits armés.

La question de la justice est aussi abordée par le Conseil des Sages. Les Sages disent constater que le système judiciaire haïtien est dysfonctionnel, malade et engorgé. En ce sens, ils invitent le gouvernement à adopter des mesures visant des réformes au sein de l’appareil et l’avancement de certains dossiers.

« Depuis la chute du régime des Duvalier, il y a dans ce pays des problèmes non résolus. Nous avons actuellement des lois qui ne correspondent pas à la réalité haïtienne. Ce sont des lois qui ont été forgées par Duvalier », relève Danièle Magloire.

Au plan socio-économique, le Conseil des Sages prône le combat contre la corruption sous toutes ses formes et la création d’activités économiques dans les zones de non droit permettant aux riverains les plus démunis de subvenir à certains besoins, le rétablissement de l’autorité de l’Etat et l’adoption de mesures urgentes de protection civile face à d’éventuelles catastrophes naturelles.

Par ailleurs, Danièle Magloire et Christian Rousseau du Conseil des Sages souhaitent une amélioration de la capacité de communication du gouvernement avec la population. L’absence de communication est l’un des problèmes majeurs de l’équipe de Gérard Latortue, souligent-ils. La population n’a pas accès à l’information, ajoutent-ils.

« Par crainte d’être accusé de propagande, ce gouvernement fait une économie de communication. Et dans un pays oral comme Haïti, la communication est un élément indispensable », estime le Conseil des Sages. [do gp apr 21/06/2005 12:30]