Perspectives

Haïti Justice : Ordonnance rendue sur le dossier du massacre de la Scierie


vendredi 17 juin 2005

Port-au-Prince, 17 juin 2005, [AlterPresse] --- La juge instructrice Clunie Pierre Jules a communiqué le 17 juin au Parquet du Tribunal civil de Saint Marc son ordonnance relative au massacre de la Scierie, (localité de Saint Marc, à 96 kilomètres au nord de la capitale), perpétré le 11 février 2004 par des présumés partisans de l’ancien régime, suivant les informations diffusées dans la Presse haïtienne.

Le Parquet du Tribunal civil de Saint-Marc dispose légalement d’un délai de 5 jours pour analyser le contenu du document et produire ses conclusions concernant une ordonnance définitive ou une demande au cabinet d’instruction de compléter le document.

« La juge a déjà accompli l’essentiel de son travail. L’ordonnance pourra sortir dans un mois et, à la fin de l’année, le procès sera organisé si aucune des parties n’interjette appel », a estimé Samuel Madistin, l’avocat des victimes du massacre de la Scierie, joint au téléphone par AlterPresse.

« C’est un pas positif. Me. Clunie Pierre Jules est sur la bonne direction », a ajouté Madistin qui a salué le travail de la magistrate instructrice.

Les noms de nombreuses personnalités de l’ancien régime lavalas de Jean Bertrand Aristide sont cités dans le massacre du 11 février 2004, soldé par des dizaines de morts, dont des personnes brûlées vives, et une soixantaine de maisons incendiées.

Au moins une vingtaine de personnes avaient déposé des plaintes formelles auprès du Cabinet d’instruction de Saint Marc contre de hauts dignitaires du régime déchu, tels l’ex-Premier ministre Yvon Neptune, l’ex-ministre de l’Intérieur Jocelerme Privert et l’ancien député contesté Amanus Mayette.

Ces trois inculpés ont comparu à plusieurs reprises par-devant leur juge naturel. Neptune et Privert s’étaient eux-mêmes constitués prisonniers en 2004.

Au cours d’une de ses comparutions, l’ancien chef du gouvernement lavalas avait même mordu une agente pénitentiaire haïtienne qui avait décidé de porter plainte pour cette agression. On ignore la suite donnée à ce cas d’agression.

D’autres personnalités, comme l’ancien ministre de la justice Me Calixte Delatour et l’ancienne directrice générale de la Police Nationale d’Haïti Jocelyne Pierre, ont été toutes deux entendues en mai 2005 par le cabinet d’instruction dans le cadre dudit dossier.

Certains secteurs de la communauté internationale, en particulier des parlementaires étatsuniens favorables à l’ancien régime lavalas, n’ont pas cessé de multiplier des tractations en vue de l’élargissement sans conditions de l’ex-premier ministre Yvon Neptune.

Après l’évasion spectaculaire d’environ 400 détenus de la prison civile de Port-au-Prince dans l’après-midi du 19 février 2005, l’ancien chef du gouvernement lavalas a décidé, en maintes fois, d’observer une grève de la faim pour exiger purement et simplement sa libération.

Les autorités avaient procédé à son transfèrement vers un hôpital militaire de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), avant de le placer au sud-est de la capitale dans une résidence dorée qualifiée d’annexe de la prison civile de Port-au-Prince par le gouvernement provisoire. Les deux décisions avaient suscité une vague de protestations véhémentes de différents secteurs, dont des organismes de défense de droits humains.

Le 13 juin 2005, des parlementaires démocrates américains, membres du Black Caucus, proches de Jean Bertrand Aristide, avaient appelé à la révocation du ministre haïtien de la justice, Me. Bernard Gousse, pour avoir « fait garder en prison illégalement » l’ex-chef du gouvernement Lavalas. Vingt-quatre heures plus tard, Gousse avait présenté sa lettre de démission au premier ministre Gérard Latortue.

Au cours d’une visite effectuée le 7 mars 2005 en Haïti où elle s’était entretenue avec l’ancien chef de gouvernement lavalas dans sa cellule, une députée américaine Maxime Waters s’était permise d’exiger la libération sans conditions de Yvon Neptune, de Jocelerme Privert et de toutes les autres personnes, considérées par elle comme « prisonniers politiques ». A la même date, le gouvernement intérimaire avait déclaré persona non grata et interdit l’entrée sur le territoire national de l’avocat américain Ira Kurzban, ancien lobbyiste (aux frais de l’Etat haïtien) du régime lavalas, qui accompagnait la députée Waters. [do rc apr 17/06/05 18:00]